‹ Lacordaire journalisteChapitre 18 sur 114 · Avenii' du 31 mai · texte numérisé non relu

Avenii' du 31 mai

$0 LACOI'. DAIRR JOUUXAIJSTE

un i.njiiv('i'ii(jni('iil (]ui oserait din' en fa'^.e à des hommes: « Voici une maison, pJacez-v vos autels, des autels saints et libres; mais souvenez-vous que j'y l'crai oirrir tels sacrilices au'il me plaira par tels hommes que je voudrai ! » On n'acciplerait pas ime étable à ce i)rix. Et il s'agit de la religion, de ce qui l'ut dans tous les siècles le bien de la société, de ce qui est l'espéranoe et la vie d'une foule d'hommes ! Ah! nous sommes venus dans des temps dignes de pitié, jamais la conscience humaine ne fut outragée à ce point ^ !

On avouera que le raisonnement ne manque pas d'une certaine justesse.

Que le prêtre ne s'abaisse pas jusqu'à recevoir de l'État qui la lui jette comme une aumône, la solde de ses services; qu'il abandonne toutes les églises dont un gouvernement A^oltairien lui tolère la possession, et qu'il reconquière sa liberté d'action : voilà qui serait bien, suivant Lacordaire. Ce ne serait pourtant rien encore si, en même temps, le clergé ne recouvrait sa liberté de recrutement.

Gela regardait particulièrement les évèques; mais les évéques eux-mêmes, que feraient-ils s'ils continuaient à recevoir leur mandat de gouvernants aussi variables qu'impies ? Ne fmiraient-ils point, eux aussi, par courber en tremblant, la tête devant ceux qui les nommèrent et qui les payent? Et alors, que deviendra l'Église de France? C'est Aux évêques de France que Lacordaire adresse la véhémente expression de ses craintes, aux évêques de France qu'il déclare « tombés dans une position pire que les évêqu^es grecs, à la prise de Constantinople )>.

Il montre que dans le passé, chez d'autres nations, les églises ont péri « par l'intervention corruptrice du pouvoir dans la formation de l'épiscopat ; » et il continue :

Votre tour est venu maintenant, reliques sacrées de nos évoques, votre tour est venu de souffrircetto attaque sourde de l'autorité. Ils ont parcouru de l'œil vos tètes hlanchies dans les

\. Ar3niri\\\ 25 octobre 1831

LACOHDAIRE .1 OUKN A L I ST E .} /

misères précédi'Dles; ils ont f.uinplc; vos ar.iiécs et ils se sont réjouis; car, le tetiips de riionime est court. A mesure que vous vous éteindrez, ils placeront sur vos sièges des prêtres honorés de leur confiance;, dont la présence décimera vos rangs sans détruire encore l'unit';. Un reste de pudeur s'effacera plus tard de leurs actes; l'ambition conclura sous terre des marchés horribles, et le dernier de vous mourant pourra descendre sous le majtre-aulel de sa cathédrale avec la conviction que ses funérailles seront celles de toute l'Eglise de France.

Ouel sera en effet pour nous la garantie de leur choix? Depuis que la religion catholique n'est plus la religion de la patrie, les minisires de l'État sont et doivent être dans une indifférence légale à notre égard: est-ce leur inditïérence qui sera notre garantie? Ils sont laïcs, ils peuvent être protestants, juifs, athées : est-ce leur conscience qui sera notre garantie ?Ils sont choisis dans les rangs d'une société imbue d'un préjugé opiniâtre contre nous : est-ce leur préjugé qui sera notre garantie ? Ils régnent enfin depuis quatre mois: est-ce leur passé ([ui sera notre garantie? Ils n'ont ouvert la bouche que pour nous menacer ; ils n'ont étendu la main que pour abattre nos oroix ; ils n'ont signé d'ordonnances ecclésiastiques que pour sanctionner les actes arbitraires dont nous étions victimes; ils ont laissé debout les agents qui violaient nos sanctuaires, qui y faisaient pourrir des morts devant Dieu; ils ont souîîert qu'on fit de notre habit, sur tous les théâtres, le vêtement de l'infamie, tandis que leurs lieutenants généraux nous ordonnaient de le porter, sous peine d'être arrêtés comme des vagabonds sortis de leur l)agne ; ils ne nous ont pas protégés une seule fois sur un soûl point de la France ; ils nous ont offerts en holocauste prématuré à toutes les passions : voilà les motifs de sécurité qu'ils nous présentent ! voilà les hommes de qui vous consentiriez à recevoir vos collègues dans la charge de premiers pasteurs !

L'épiscopat qui sortira d'eux est un épiscopat jugé. Qu'il le veuille ou non, il sera traître à la religion, il sera parricide, jouet nécessaire des mille changements (|ui transportent le pouvoir de main en main, il marquera dans nos rangs toutes les nuances ministérielles et anti-catholiques que les majorités vont adorer tour à tour (îomme leur ouvrage. D'accord en un seul point, les évèiiues nouveaux plieront leur clergé à une soumission tremblante devant les caprices les plus insensés d'un ministre ou d'un préfet; et, dans cette iîabel, la langue de la servilité est la seule qui ne variera pas. Les âmes basses ne manquent jamais à ceux (pii les cherchent; ils en trouveront, ils

en formeront... Que cniignez-vous? n'ètes-vous pas évoques? Vous êtes Français aussi...

En terminant cet article que d'aucuns ont trouvé hardi, Lacordaire protestait de son respect ù, l'épiscopat, de sa filiale soumission à l'autorité de Rome qu'il prenait à témoin de sa protestation : « Nous la porterons pieds nus, s'il le faut, à la ville d( s Apôtres, aux marches de la confession de saint Pierre, et on verra qui arrêtera sur la route le pèlerin de Dieu et de la liberté \ »

On comprend que de semblables paroles suscitassent dans le clergé de France un certain enthousiasme, dans l'épiscopat quelques plaintes, et chez le gouvernement une fureur qui se traduisit bientôt en poursuites. Appelé devant les tribunaux comme prévenu d'avoir extilé à la haine et au mépris du gouvernement, Lacordaire fut acquitté après un mémorable plaidoyer qu'il lit lui-même...

Cette question des nominations épiscopales, question de première importance pour le bon gouvernement de l'Eglise, lui tenait profondément à cœur Aussi, plus lard y revint-il encore.

Il s'agissait de la nomination d'un certain M. Rey, à l'évêché de Dijon. L'Avetw'o.n annonçant cette nomination avait dit qu'il remplissait « un pénible devoir » et avait ainsi conclu :

11 est temps que l'indignation des catholiques se fasse jour ; nous ne pouvons qu'exhorter le clergé et les fidèles du diocèse que menaceraient les élus du pouvoir actuel, à déposer aux pieds du Souverain Pontife, dans d'unanimes protestations, l'expression de leur douleur et des espérances que leur inspire l'immortelle sagesse du Saint-Siège 2.

Deux jours après, Lacordaire revenait à la charge, et dans une éloquente invective, faisant une comparaison entre les procédés de Napoléon et ceux des ministres du gouvernement de Juillet, de M. de Montalivet entre au-

Page 1