‹ Lacordaire journalisteChapitre 24 sur 114 · Avenir du 11 juillot · texte numérisé non relu

Avenir du 11 juillot

mérite, et beaucoup dont le caractère est honorable ^ » Comme on a pu s'en convaincre à la lecture des citations que nous avons fnites, Lacordaire poussait parfois la véhémence à la hauteur de l'invective. Il savait aussi varier son talent: il a trois ou quatre articles dans lesquels il se montre chroniqueur habile, — dans le sens attribué à notre époque à ce qualificatif. Le sarcasme, l'ironie fine ne lui étaient pas inconnus^. Et si, à maintes reprises, il a la dent dure et le mot cru, il n'en garde pas moins la noblesse et l'élégance de la forme. Son style, que d'aucuns regarderaient aujourd'hui comme « ampoulé » ou « emphatique », se ressent de la jeunesse de l'écrivain et du goût de répoque; malgré tout, à la lecture — surtout à la lecture à haute voix — il produit encore une grande impression. Qu'était-ce donc, en 1830, quand ces phrases enflammées arrivaient chaque matin dans les presbytères de campagne ?... On comprend alors les sentiments d'amour et de haine qu'il dut susciter. C'est le propre, d'ailleurs, des idées et des hommes qui ont quelque valeur.

Que pensait Lacordaire de l'Avenir et partant, de luimême? Il a donné son appréciation mûrie par le temps et l'expérience, dans son Testament, imprimé en tête de ses lettres à M. Foisset ^.

« ]J Avenir, dit-il, commit des fautes; il ne marqua pas d'une manière assez précise la limite de ses opinions, et il parut toucher à l'excès des pensées par l'excès du laûgage. La liberté, comme tout ce qui est de la terre, a des limites. S'il s'agit de la presscj elle ne saurait avoir le privilège de l'injure, de la diffamation, do la calomnie, ni de l'immoralité; s'il s'agit de la coDScience religieuse, elle ne saurait demander d'ériger des temples publics aux passions les plus honteuses du cœur de l'homme; s'il s'agit des rapports de l'Église avec l'Etat, ils ne

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