III. — « La démocratie, en entenjant parce mot vague la si
Louis-Philippe venait de tomber: les esprits, incertains, ne savaient que faire, parce qu'ils ignoraient oij était le devoir, où était le salut. Lacordaire s'explique très bien là-dessus :
(( Rélablir uue mouarchic tempérée après les deux terribles chutes de 1830 et de 1848 n'était pas possible, fonder la république dans un pays gouverné depuis treize à quatorze siècles par des rois paraissait impossible aussi; mais il y avait celte différence entre les deux situations, c'est que la monarchie venait de tomber et que la république était debout. Or ce qui est debout a une chance de plus pour vivre que ce qui est à terre, et encore qu'on u'eùt pas l'espérauce d'asseoir à jamais le nouveau régime, on pouvait du moins l'étaycr franchement comme un abri, et s'en servir aussi franchement pour donner à la France quelques-unes des institutions dont l'absence avait très évidemment causé la ruine de deux trônes et de deux dynasties 1. »
Voilà qui est très bien dit, et pourrait être utilement médité par beaucoup de gens à notre époque.
Lacordaire ne savait néanmoins lui-même quel parti prendre.
« Pendant que je délibérais avec moi-même, M. rai)bé Maret et Frédéric Ozanam frappèrent à ma porte ; ils venaient me dire que le trouble et l'incertitude régnaient parmi les catholiques; que les points de. ralliement disparaissaient dans une con-
tuation sociale présente du peuple français, la démocratie ne pourra subsister si elle n'accorde à la loi divine chrétienne au moins pleine et entière liberté d'action.
IV. — « Les principes modernes sur l'éjiralité devant la loi, le libre accès à tous les em[)lois, le j)ayem('nt de l'impôt par tous ceux qui possèdent, la non distraction du juge naturel, me paraissent chrétiens en tous temps et tous lieux. La liberté de la presse, celle de l'enseignement et des cultes, nécessaires aujourd'hui, ne peuvent être définitivement jugées, quant à leur valeur absolue, que par une expérience de i)lusicurs siècles.
V. — « Le gouvernement de rÉj^lise et celui des ordres religieux anciens sont les gouvernements les plus parfaits qui existent. Mais on ne pourra jouir de leurs avantages, en les imitant dans l'ordre temporel, qu'en s'attachant à la source, c'est-à-dire àl'Éfflise de Jésus-Christ. » i
i. Testament, ch. x.
LÂCORDAIHE JOURNALISTE 63
fusion qui pouvait devenir irrémédiable, nous rendre hostile le régime nouveau et nous ôter les chances d'obtenir de lui les libertés ({ue le gouvernement antérieur nous avait obstinément refusées. « l^a république, disaient-ils, est bien disposée pour nous, nous n'avons à lui reprocher aucun des actes d'irréligion et de barbarie qui ont signalé la révolution de 1830. Elle croit, elle espère en nous : faut il la décourager? Que faire d'ailleurs, et à quel autre parti se rattacher? Qu'y a-l-il devant nous, sinon des ruines, et qu'est-ce que la ràiniblique, sinon le gouvernement naturel d'une société quand elle a perdu toutes ses ancres et toutes ses traditions? » Mes deux interlocuteurs ajoutaient à ces raisons de circonstances d'autres vues plus hautes et plus générales, puisées dans l'avenir de la société européenne et dans l'impuissance où était la monarchie d'y retrouver jamais des principes de solidité. Je n'allais pas de ce coté aussi loin qu'eux; la monarchie tempérée me paraissait toujours, malgré ses fautes, le plus souhaitable des gouvernements, et je ne voyais dans la république qu'une nécessité du moment qu'il fallait accepter avec sincérité jusqu'à ce que les càoses et les idées eussent pris naturellement un autre cours. Cette divergence était grave et ne permettait guère un travail commun sous un même drapeau. Cependant le péril pressait et il fallait s'abdiquer dans un moment aussi solennel, ou bien élever franchement sa bannière et apporter à la société ébranlée jusque dans ses fondements le concours de lumières et de forces dont chacun pouvait disposer. Just[ue-là, dans tous les événements publics, je m'étais nettement posé; devais-je parce que les difficultés étaient plus sérieuses, me rejeter dans l'égoïsme d'un lâche silence? Je pouvais me dire, il est vrai, que j'étais religieux et me cacher sous mon froc comme derrière un bouclier; mais j'étais religieux militant, prédicateur, écrivain, environné d'une sympathie (jui me créait des devoirs autres que ceux d'un Trappiste ou d'un Chartreux. Ces considérations pesaient sur ma conscience. Appelé par des voix amies à me prononcer, pressé par elles, je cédai enfin à l'empire des événements, et quoiqu'il me répugnât de rentrer dans la carrière de journaliste, j'arborai, avec ceux qui s'étaient offerts à moi un drapeau 011 la religion, la république et la liberté s'entrelaçaient dans les mômes plis i.
Il en écrivait à madame Schwetchine en des termes élevés :