‹ Lacordaire journalisteChapitre 48 sur 114 · Lettre à M»'» de Praillv, ^8 mai · texte numérisé non relu

Lettre à M»'» de Praillv, ^8 mai

Cependant il se félicita bientôt de ce qu'il avait fait :

Chaque jour, ûcrivait-il encore à madame de Prai]]y, irie donne une certitude plus vive d'avoir suivi uae l)onne inspiration en me retirant de l'Assemblée. Cela devient pour moi d'une évidence telle, que je ne sens i)as les jugements défavorables dont j'ai été l'objet. Vous pouvez èlre assurée qu'un jour ce sera une des choses dont on me louera le plus. Du reste, en quoi que ce soit, il faut regarder le devoir et non l'opinion. Faire son devoir, au péril d'être blâmé, est un des mérites les plus réels de l'homme qui en est capable. Je suis en ce moment comme un homme qui était tombé dans un abime où il allait périr, et qui en a été tiré miraculeusement. J'ai reçu quelques lettres dans ce sens on ne peut pas plus touchantes; mais généralement rim})ression a été douloureuse. Peu d'hommes voient l'avenir. J'ai écrit deux ou trois lettres à peine, pour me justifier près de quelques amis; il vaut mieuxattendre la justification du temps.

Que de fois, mou Dieu, j'ai été mal jugé! Si vous saviez à Paris, dans les salons du parti de la régence et dans beaucoup d'autres lieux, ce que l'on dit de moi, vous en éprouveriez de la stupeur. Ce sont des orages qu'il faut laisser passer sans s'émouvoir. La solitude est d'ailleurs pour moi un préservatif qui est devenu plus complet depuis quelque temps i. »

11 y a, dans la première des lettres que nous venons de citer, une phrase qui va nous donner l'explication d'une autre résolution prise, vers la même époque, par Lacordaire : son départ de VEre nouvelle. Cette phrase est celle-ci : a Je ne pouvais siéger hors de la démocratie, et cependant je ne pouvais accepter la démocratie telle que je la voj^ais. »

Dès les premiers jours, Y Ère nouvelle eut un plein succès, auquel le talent de ses rédacteurs ne fut pas étranger ^. Lacordaire avait dit, au mois de mars : « Ces trois mois vont décider si les catholiques approuvent ou non notre conduite, et s'ils préfèrent une excitation fébrile à une chaleur mesurée par la raison et la charité ^ » En

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