Lettre à M. de Saint-Beaussant, 4 mars
moins de trois mois, VEre nouvelle comptait trois mille deux cents abonnés, et se tirait à quatre mille cinq cents exemplaires. C'est ce qu'av^ait demandé Lacordaire : « Si, en trois mois, nous n'arrivons pas à trois mille abonnés, je regarderai la bataille comme perdue *. » La bataille était gagnée de haute lutte, car, en juin, la vente au numéro montait à dix mille, à Paris, et certains libraires de Rouen, d'Orléans et d'autres villes en prenaient chaque jour cent et deux cents exemplaires.
Ce n'est donc pas l'insuccès qui a poussé Lacordaire à quitter un journal dont il disait vouloir faire «un organe pour la quatrième phase du xix'' siècle ^. »
Il n'avait plus foi dans la République et il lui répugnait d'afficher, dans VEre nouvelle, des opinions qui n'étaient pas les siennes. « Depuis le i5 mai, écrit-il plus tard, mon dessein était arrêté de me retirer de VEre nouvelle^ aussi bien que de l'Assemblée, et pour la même raison. Mais la chose n'était pas aussi pressante, et il fallait attendre une occasion favorable. Elle a été amenée peu à peu. Ma réserve, en fait de démocratie et de République, allait peu aux plus ardents de nos collaborateurs, et donnait au journal une allure incertaine et vague; il y avait des tiraillements; nous sentions tous qu'il fallait donner une plus forte impulsion, et l'état de mon esprit ne le permettait pas "\ »
Il eut beaucoup de peine à faire accepter et insérer une sorte d'article -programme intitulé : A nos abonnés, et qui trace les devoirs des journalistes et des abonnés au xix° siècle. Il s'en j^laignit amèrement dans une lettre qu'il adressa A Messieurs les Béclacleurs- Fondateurs de VEre nouvelle ^ :
J, Lettre à M'-e de Prailly, 25 avril 18i8.