Lettre à M'»' de Prailly, l^-- juillet
au sein du conseil de rédaction. C'est à la suite de l'une d'elles qui eut lieu le 47 août d848, que Lacordaire se décida à prendre sa retraite. Il choisit pour prétexte la nécessité du ciutionnement imposé au journal; et l'abbé Maret prit la direction de VErc nouvelle. C'était le 2 septembre 4848.
La correspondance de Lacordaire à cette époque, se ressent de la satisfaction profonde qu'il éprouve :
(( Tout s'est bien passé entre nous. Loin que ma retraite affaiblisse le journal, je crois qu'elle le fortifiera en lui donnant une assiette définitive, et aussi en lui permettant des allures plus vives et plus décidées. Dans tous les cas, je suis tranquille, parce que ma persuasion est d'avoir accompli mon devoir, soit en fondant, soit en quittant l'Ère nouvelle. J'ai repassé devant Dieu ces six mois qui viennent de s'écouler, et, à part les fautes de détail, il me semble que j'ai fait dans ces terribles circonstances ce que la religion et le patriotisme exigeaient de moi. Ma vocation n'a jamais été politique, et pourtant il était impossible de ne pas toucher transitoirenient à ce grand écueil, ne fût-ce que par l'erreur du dévoûment, ne fût-ce aussi que pour en faire la douloureuse expérience. Elle est faite aujourd'hui, et sans que tout ail été perdu pour le bien. Vous ne sauriez croire dans quelle paix je me retrouve, et combien je comprends mieux ce que Dieu demande de moi pour le reste de ma vie. Eussé-je même perdu beaucoup dans l'esprit des hommes, qu'est-ce que cela si l'on n'a rien perdu devant Dieu 1. »
« J'étais nécessaire peut-être à la fondation du journal, écritil quelques jours après, j'étais au moins inutile à son heureuse continjatiou. Nul homme n'est moins journaliste que moi; j'ai une trop grande répugnance à attaquer les personnes, et une réserve excessive en tout ce qui peut devenir un sujet de polémique. Outre que ces quah'tés ou ces défauts sont dans ma nature, ils résultent encore des habitudes de la vie religieuse, qui exigent un extrême tempérament, et l'avenir jugera si j'ai fait prudemment et dignement, si je n'ai pas sacrifié la gloire et la popularité à mes vrais devoirs, si je n'ai pas donné au clergé de France un exemple utile, dont il se félicitera plus tard. Mais, quel que soit le jugement dernier des hommes, je