Lettre à M'«e de Prailly, 7 septembre i
me sens déjà récompense dans ma conscience. L'amour-propre peut avoir des regrets, le cœur n'en a pas i. »
En quittant V Ere nouvelle, il y restait cependant attaché « d'une manière négative, mais sans action, sans collaboration effective, sans responsabilité » '^. Cela pouvait ne pas être sans inconvénient pour lui, étant surtout donnée l'allure que prit alors le journal. 11 tint à s'en expliquer avec l'abbé Maret le 21 septembre 4848 dans une lettre très noble reproduite par l'abbé Bazin ^
« Monsieur l'abbé et très cher confrère, je lis tous les jours attentivement VÈre nouvelle, et le caractère plus ouvertement démocratique et républicain qu'elle prend de jour en jour m'oblige à vous ouvrir mon cœur à fond, afin que vous ne vous fassiez aucune illusion sur ma vraie situation à votre égard et à l'égard de cette œuvre.
» Vous le savez, je l'ai dit à la tribune, je vous l'ai dit à vous-même, et vous avez pu vous en apercevoir en cent occasions, je n'avais, avant le 24 février dernier, aucun penchant, aucune théorie, qui me portassent vers la démocratie et la république. J'étais sincèrement monarchiste constitutionnel, persuadé que cette forme de gouvernement était neuve encore, mal assise et gâtée par des gouvernements et des partis dont aucun, depuis 1789, n'avait réellement voulu la liberté de l'Église et de la vérité. Je méprisais parfaitement le régime issu de 1830, qui s'était avancé de jour en jour dans les voies de riij'pocrisie, de la félonie et de l.i corruption la plus révoltante ; j'augurais et j'espérais sa chute. Elle vint, j'en fus ravi. J'estimai dans la révolution de 18t8 un acte de haute justice, qui nous sauvait à tout le moins d'une lente et honteuse décomposition. Les bons sentiments du peuple, son respect pour la religion, sa retenue dans le triomphe, m'inspirèrent quelques sentiments de confiance, et je pensai que l'essai de la Ibrme républicaine était possible en France dans dés conditions meilleures qu'en 1792. J'acceptai sincèrement cet essai, et lorsque vou^ vîntes me voir avec M. Ozanam, pour me proposer la fondation d" un journal qui inclinât dans une certaine mesure vers la démocratie, j'y donnai les mains comme à une œuvre utile au