‹ Lacordaire journalisteChapitre 58 sur 114 · Lettre à M. du Saiiit-Bciiussant, 3 janvier · texte numérisé non relu

Lettre à M. du Saiiit-Bciiussant, 3 janvier

Si j'avais été légitimiste ou orléaniste, on m'aurait comblé d'éloges, j'aurais eu des journaux pour me louer et me soutenir; au lieu (ju'en hutte à toutes les coteries, je n'ai jamais trouvé pour appui que des âmes rares, et une sorte de sympathie vague qui s'attache aux hommes isolés de tout. Ce ([ue l'on appelle de la politique en moi, c'est de dire la vérité, la vérité la plus générale, aux riches, aux pauvres, aux croyants, aux incroyants. .le n'ai pas même lait de politique dans V Avenir : car ce n'est pas de la politique que de réclamer la liberté de lÉglise; ce n'est pas de la politique que de dire aux incrédules de respecter les droits de l'institution religieuse, et aux croyants de consentir à ce que l'erreur lulte contre eux à ciel ouvert. Un seul moment de ma vie, j'ai été sur le bord d'un rôle politique, et je m'y suis senti tellement malheureux et mal placé, que j'en suis descendu à toutes jambes. Lisez ma Vie de Salut Dominique, mes Goulerences, mes Oraisons funèbres : où y a-t-il vraiment de la politique? Il n'y eu a nulle part, mais partout l'accent d'une àme qui n'appartient qu'à Dieu et qui ne se veut donner qu à lui. Un jour, quand on me lira, si ou me lit un jour, on cherchera curieusement dans des coins de phrases quelques allusions aux choses du temps, et on sera surpris de trouver si peu ce que le vulgaire aura cru si abondant. Toutes mes idées politiques se réduisent à ceci: en dehors du Christianisme, il n'y a point de société possible, si ce n'est une société haletante entre le despotisme d'un seul et le despotisme de tous. Secondairement, le christianisme ne peut reprendre son empire dans le monde que par une lutte sincère où il ue soit ni oppresseur ni opprimé. Je vis là dedans, et suis étranger à tout le reste. Je crois que c'est absolument l'état des premiers chrétiens dans les catacombes >. »

Lacordaire cessa d'écrire dans les journaux, mais il ne quitta pas la plume. N'est-ce pas lui, d'ailleurs, qui a écrit :

(( Il faut se garder de quitter la plume. Sans doute c'est un rude métier que celui d'écrire; mais la presse est devenue trop puissante pour y abandonner son poste. Ecrivons, non pour l'immortalité, mais pour Jésus-Christ. Grucilions-nous à notre plume. Quand personne ne nous lirait plus dans cent ans, qu'importe? La goutte d'eau qui aborde à la mer n'en a pas. moins contribué à fiure le fleuve, et le fleuve ne meurt pas.

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