Lettre à M. Foisset. Paris, 19 juillet
place l'Église très haut dans l'esprit des peuples, fait de l'Église uao société mâle, très adaptée aux siècles de liberté populaire, mais il scinde le monde, et est si mélaphvsiquement faux, que jamais un peuple de foi une n'aura la pensée de l'adopter. C'est un remède sublime, mais un remède. — Le premier moyen place l'esprit devant la chair, fait du corps social un être parlaitement un; c'est le système des papes depuis Char- Icmagne jusqu'à Henri IV, pendant plus de huit cents ans, et il est si simple, tellement modérateur du peuple et du pouvoir, qu'une nation vraiment chrétienne n'en a jamais compris d'autre et qu'elle se jette là même sans y penser. Du reste, il ne peut renaître que d'une manière autre que celle dont il a été exercé, et seulement quand les peuples et les rois demanderont à deux genoux, ce qui arrivera. »
Apres avoir ainsi discuté, Lacordaire cherche .ce qui est à faire. Il le trouve dans cette formule : « Oter rÉglise de l'état d'engrènement, pour la mettre à l'état d'indépendance absolue; en un mot, l'aifranchir. Le reste est un détail immense ^ »
Dans cette lettre sont en germe les idées que Lacordaire, quelques mois plus tard, développera avec une verve non exempte de virulence, dans ses articles de V Avenir. Mais en ce moment, il n'en sait encore rien luimême. Sa pensée est tout autre. Ce n'est pas en France qu'il cherchera rajDplication de ces théories, c'est en Amérique, « car, dit-il, j'étais persuadé que ma carrière sacerdotale n'aurait jamais en France son libre développement ^. ))
Cité devant le jury de la Seine ^ comme accusé d'excitation à la haine et au mépris du gouvernement, et de provocation à la désobéissance aux lois, il raconta au tribunal cette phase peu éloignée encore de son existence.
La parole du prêtre m'était confiée, et il m'était dit de la porter aux extrémités du monde sans que personne eût le droit de sceller mes lèvres un seul jour de nui vie. Je sortis du tem-