AU « COURRIER FRANÇAIS
(27 Novembre 1830)
Le CoiuTier français coïiUeni aujourd'hui un long manifeste contre l'Avenh^ qui se réduit à ceci : C'est que le Courrier français ne comprend pas ce que nous demandons et de quoi nous nous plaignons. 11 révoque en doute notre amour pour la liberté; il nous soupçonne de carlisme, d'anarchie, de tout excepté de jésuitisme; c'est la seule déYiomination qu'il ait oubliée. Nous ne répondrons pas au Courrier français avec le ton qu'il prend pour la première fois à notre égard; nous lui exposerons clairement ce que nous demandons et de quoi nous nous plaignons.
Voici ce que nous demandons. La séparation absolue de l'Église et de l'État, telle qu'elle existe aux États-Unis, dans ces États-Unis si vantés, oii Dieu fit naître des hommes qui comprenaient le cri de la liberté, soit qu'il sortît de la bouche d'un marchand ou de la bouche d'un capucin; la séparation de l'Eglise et de l'État, telle qu'elle existe en Irlande, même sous le joug insolent de l'Angleterre; la séparation de l'Église et de l'État, telle qu'elle existe en Belgique, dans cette Belgique que vous admirez tous les jours et que nous admirons plus que vous. Certes, nos vœux sont difficiles à comprendre, et nous n'avons pas nommé assez de fois ces trois pays, pour que notre pensée prît une forme visible même à ceux qui ne veulent pas voir!
Nous demandons la séparation absolue de l'Eglise et de l'Etat, parce qu'elle est dans la Charte que vous avez faite ; et nous voudrions bien à notre tour que vous nous dissiez comment vous entendez cette séparation, qui jus-
qu'il présent laisse l'Kglise catholique comme elle était avant le 7 août. Est-ce donc qu'on se joue des hommes et qu'on leur persuade qu'entre ce qui est uni et ce qui est séparé il n'existe aucune difïérence? Nous croyons, nous, qu'il en existe une, une très grande, et nous sommes allés d'abord droit au fait, droit à l'argent, afin que personne ne crût que nous réclamions les avantages de la séparation sans vouloir en supporter les charges.
Nous demandons que le clergé ne soit plus payé par l'État, et vous nous avez applaudi.
Nous demandons que nos églises soient inviolables comme la maison des citoyens, et vous nous dites encore que cela est juste.
Nous demandons la liberté de nous associer pour la défense de nos droits, et vous y avez consenti avec une courtoisie toute récente.
Nous demandons qu'on ne nous force pas de porter un habit plutôt qu'un autre, comme on y force les Juifs qui n'ont ni patrie, ni charte, et vous êtes sans doute de notre avis.
Nous demandons le droit de nommer nos évéques et de ne pas les recevoir de la main d'un ministre qui peut être ennemi de nos croyances, parce que cela est absurde, parce que les Saint-Simoniens ont nommé leur pape sans l'intervention de M. de Broglie ou de M. Mérilhou, parce que le chef de la prière ne peut pas être imposé à ceux qui prient par celui qui ne prie pas; et vous reconnaissez vous-même aujourd'hui que ce peut être là une conséquence de la liberté absolue du culte que réclame le Clergé. Vous auriez dû dire que réclame la Charte. Allez, vous aurez beau faire, la Charte est sacrée, elle est avant vous, elle sera après vous. Une fois la nomination de nos évêques rendue libre comme elle doit l'être, comme est l'est aux Etats-Unis, en Irlande, en Angleterre, en Belgique et dans la Charte, nous aviserons au moyen de composer notre épiscopat selon les lois de l'Église catholique. Le Pape
donnera, comme il la donne aujourd'hui, l'institution canonique à ceux qui ont notre confiance, au lieu d'avoir la vôtre ou celle des rois; car peu importe.
Nous demandons la liberté d'enseignement, parce que nous ne voulons pas que nos enfants soient élevés par vous, parce que le monopole de l'instruction est contraire à la liberté des cultes, à la liberté d'opinions, à la liberté domestique; parce que la liberté d'enseignement est dans la Charte que vous avez faite et jurée.
Nous demandons et nous avons demandé ces choses, nous les demandons tous les jours; et vous aurez beau dire que vous ne comprenez pas vos propres paroles et vos propres actes; vous aurez beau dire que notre style est un pathos d'Apocalypse, l'apocalypse de la liberté s'éclaircit tôt ou tard, et les peuples l'entendent à la fin malgré les courtisans de la servitude. Il vous eût été glorieux de nous comprendre et de croire en nous; nous pensions vous avoir donné des gages de notre franchise : mais puisque vous nous repoussez au moment même où la justice nous demande compte de l'indépendance de notre langage, nous laisserons à votre porte le bâton du pauvre que vous avez brisé, la besace du malheureux que vous avez foulée à vos pieds. Assez d'autres nous accueilleront et nous rendront justice. Le cri du cœur est impossible à feindre, et le bruit de l'orage ne l'empêche pas d'être entendu au loin. La Belgique se forme à côté de nous, et nous aurons bientôt à vous montrer de près ce que c'est qu'une religion séparée de l'État, ce que sont des hommes catholiques et libéraux. L'un de ces nobles enfants belges combat déjà à nos côtés ^ ; vous n'avez pas craint de le mêler à vos soupçons d'hypocrisie; le banni de la Hollande, de la Prusse, de l'Allemagne, de la France, celui qui n'avait pas d'asile il y a quatre mois, à cause de la
i Ad. Bartels, ex-banni belge. — C'est ainsi qu'il signait à l'Avenir,
liberté, vous le proscrivez à votre tour, afin que toute la terre sache qui vous êtes et qui nous sommes.
Voilà donc ce que nous demandons.
Ce dont nous nous plaignons maintenant, c'est de n'avoir rien obtenu de tout ce que nous demandons.
La patience nous a échappé aux premières nominations épiscopales qui ont été faites, et si vous cherchez à savoir pourquoi, c'est que la question de la liberté religieuse est tout entière dans celle-là, et le pouvoir s'en est aperçu aussi bien que nous. Nous avons déjà dit des choses aussi fortes : pourquoi n'avons-nous pas été saisis plus tôt? En vérité, le Courrier français se moque, et son étonnement affecté nous révèle que tout le monde nous a parfaitement compris, et lui beaucoup mieux que les autres. Toutefois, qu'il y pense encore; qu'il écoule bien nos accents, et que la franchise avec laquelle nous reconnaissions ce matin les. fautes d'une grande partie de l'Église de France, lui révèle des hommes qui n'ont à dissimuler avec personne, et qui par conséquent, sont purs, vrais, dignes de conquérir un jour leur libcFté.
D^UNE CIRCULAIRE DE M. LE MINISTRE DES CULTES AUX ÉVÊQUES OE FRANCE, ET D'UN ARTICLE DE FIGARO
(23 Décembre 1830)
Tandis que la France était préoccupée du plus grand des procès S M. le ministre des cultes a craint que les catholiques ne prissent trop les choses au sérieux, et il a adressé une circulaire à leurs évêques. Figaro a compris
1. Il s'agit du procès intenté aux anciens ministres de Charles X.
les intentions de S. E. et s'y prêtant de très bonne grâce il a composé un article à l'appui de la circulaire.
Voici le résumé de leurs efforts communs pour distraire les catholiques de France.
Le ministre s'est fait fait apporter le Bulletin des Lois, et, comme tout s'y trouve, il y a trouvé un article de loi ainsi conçu : « Aucune fête à l'exception du Dimanche, ne pourra être établie sans la permission du gouvernement. » Aucune fête! cela est positif, cela est légal. Mais qu'est-ce qu'une fête? Une fête, c'est quelque chose qu'on annonce au prône, quelque chose qui fait sonner les cloches, qui attire le peuple ;\ l'église, où on lui dit une messe avec des ornements plus beaux que de coutume, à la lueur de six grands cierges. Evidemment, voilà ce que c'est qu'une fête, et ce que la loi défend. Pourquoi la loi le défend-elle ? Parce que les cultes sont libres, conformément à l'article 5 de la Charte constitutionnelle. Écrivons :
« Monseigaeur, en défmitif, les fêtes conservées sont celles de Noël, l'Ascension, l'Assomption et la Toussaint. Aucune aui^re ne doit être annoncée ou interrompre les t):n::ux journaliers, les foires ou marchés, etc.
» I.-0 fêtes patronales, dont la célébration a été constamment en usage, ne sauraient justifier (les jours oii eli^.s sont indiquées dans le calendrier) des offices publics, ou un cérémonial ordinairement employé quand le peuple est réur.l, ces jours étant entièrement assimilés aux autres jouis Je la semaine. Dans ce cas, la fête doit continuer à être renvoyée au dimanche qui suit. »
Le ministre signa et Figaro reprit la plume pour ajouter l'apostille suivante : « Les paysans ont été très contents de cette circulaire, qui ne les force plus à rencontrer trois dimanches dans la semaine. Les jeunes filles en sont désolées: ce sont des occasions perdues pour faire briller leur toilette. »
Je ne croyais pas, dit le ministre, avoir si bien fait. La
LACORDAIRE JOrRXALISTE 170
loi de 1802 est remise en vigueur, la liberté des cultes fleurit, les paysans sont contents, lesjeunes filles désolées : voilà qui est légal, constitutionnel, populaire et moral. C'est beaucoup pour une simple circulaire.
La circulaire partit avec Figaro pour les quatre-vingts cvêchés et archevêchés de France, et voici ce qui arriva. 11 y avait, autour d'une table, six chanoines, deux vicaires généraux et un secrétaire ; l'évcque était au coin de la cheminée, du côté droit ; le valet de chambre entre et dit: De la pari de son Excellence le ministre de l'instrnclion publiqne et des cultes. Dieu soit béni ! répondit l'évé,que. Qu'est-ce que nous veut notre cher fils le ministre de l'instruction publique et des cultes de France! Boni une circulaire; c'est une circulaire qu'il nous envoie, dans sa sollicitude pour toutes les Églises. Dieu soit béni! Quand le feu roi Louis XVIII de sage mémoire, institua cet admirable ministère de l'instruction publique et des cultes, — je me trompe — del'instruction publique et des afl'aires ecclésiastiques, ce fut un bien beau jour, un jour éternel... Voici quelque chose encore : Figaro! Figaro!... une circulaire, cela s'entend; mais Figaro, nos très chers frères, auriez- vous quelques données à cet égard? — Ce sera probablement, répondit le plus vieux des chanoines, quelque chef de division au ministère de l'instruction publique et des cultes. — Il le faut bien, répliqua l'évêque.
L'évêquelut. Après avoir lu, il réfiéchit, et, après avoir réfléchi, son opinion fut formée. — « Par le saint de ma cathédrale, dit-il, je n'ai jamais rien lu d'aussi gai et il faut convenir que nous avons un ministre qui est le plus aimable homme du monde. Prendre la peine de nous divertir au bord du précipice où est l'Europe! nous donner b^ change avec une fertilité d'esprit si pieuse ! Voyez plutôt nos très chers frères. » lis lurent tous et tous convinrent qu'on pouvait enfin sérieusement espérer queUjuo chose de la révolution de 181^0.
« Ne serait-il pas louable, reprit l'évêque, de répon-
dre à la saillie de notre ministre par quelque imagination qui lui ferait plaisir? On supposerait, par exemple, qu'on a pris sa circulaire et Figaro au grand sérieux, et on lui adresserait sur l'une et sur l'autre des observations respectueuses. » Cette idée fut reçue avec applaudissement. L'évéque se leva, les deux vie ares généraux se levèrent, les six chanoines se levèrent, le secrétaire se leva : tout le monde fut levé. On rit, on causa, on oublia le Palais du Luxembourg et le grand duc Constantin, la Sainte- Alliance et la Yistule, et quelques jours après le ministre de l'instruction publique et des cultes reçut la lettre suivante :
« Monsieur le Ministre,
» La loi est la divinilé politique des peuples, car ce sont les peuples qui la font. Or, les peuples ont fait une loi qui déclare qu'aucune fête, à l'exception du Dimanche, ne pourra être établie sans votre permission ; et, puisque les peuples l'ont voulu, il n'y a rien à dire. Nous supplions pourtant Votre Excellence d'excuser de légères pensées qui sont venues se mêler au respect religieux que nous portons à la volonté des peuples.
)) Nous avons été surpris que les peuples eussent fait une loi comme celle dontilestquestion dans votre circulaire et dans Figaro, voici pourquoi : c'est qu'une fête ne peut pas avoir lieu sans que les peuples le veuillent, et que, quand une fois les peuples le veulent, il est étrange qu'ils aient besoin de s'en demander à eux-mêmes la permission dans Votre personne qui est l'organe de la loi, c'est-à-dire l'organe de leur volonté. Une fête, ce sont les peuples qui s'amusent sur une place ou qui chantent dans une église; car votre Excellence comprend qu'une fête n'est pas dans un orgue, dans une chasuble et dans six grands cierges. Une fête, ce sont donc les peuples s'amusant, chantant ou priant, et comment peut-il se faire qu'ils se soient astreints à vous demander la permission de s'amuser, de chanter ou de prier, quand la chose leur plaira?
» J'ai un jeune secrétaire qui a lu Jean Jacques Rous-
seau. Il est allô en chercher un volume dans sa bibliothèque; ce volume s'appelle le Con(rat social, et nous y avons tous lu ce qui suit : Si le peuple veut se faire du mal à lai même, qui est-ce qui a le droit de l'en empêcher? A plus forte raison, M. le ministre, si le peuple veut s'amuser, chanter et prier, qui est-ce qui a le droit de l'en empêcher?
» Il est vrai que Figaro qui paraît être un employé de votre ministère et qui, dans tous les cas, est un honmie d'esprit, suppose qu'on pourrait forcer le peuple à être d'une fête dont il ne voudrait pas être, et que c'est pour prévenir cet abus, qu'il a besoin de vous demander la permission de s'amuser quand il en a envie. Ce raisonnement est au moins spii'ituel.
» Une aulre considération a frappé les jeunes gens de mon séminaire et je crois qu'il est de mon devoir d'en faire part à Votre Excellence. Ils disent que la Charte de d830 a consacré le principe de la liberté des cultes, et qu'une fête étant un objet de culte lié à tout ce qu'il y a de plus intime dans la conscience, personne ne peut empêcher les citoyens de célébrer une fête quand ils en ont la dévotion. L'un d'eux, qui est mon premier élève en théologie, un garçon de mérite, ajoutait ceci : « Supposez, monseigneur, qu'après que Votre Grandeur m'aura confié une partie de son troupeau, mes ouailles me demandent une grand 'messe pour le jour de Saint-Barnabe. Ils aiment saint Barnabe, et ils en sont bien libres; je l'aime aussi et j'en suis bien libre; des citoyens peuvent entrer par les portes, et ils en sont bien libres; j'ai une chasuble bien propre, et j'en suis bien libre; je monte à l'autel et j'y reste une heure, j'en suis bien libre. Cela étant, monseigneur, et cela ne pouvant cesser d'être que par une violence extérieure et illégale. Votre Grandeur conçoitelle comment la loi peut m'empêcher de célébrer la fête de saint Barnabe, qui était un grand homme et qui est mon patron ? »
Je VOUS avouerai, monsieur le ministre, que quoique un évèque doive toujours avoir raison, même quand il parle à son premier élève en théologie, j'ai éprouvé un moment d'embarras. Heureusement /T^«ro m'est revenu à l'esprit, et quoique Je le soupçonne de ne pas faire ses Pâques, je me suis appuyé sur son autorité. « Ne voyez-vous pas, répondis-je au jeune homme, que les paysans ont été très contents de la circulaire de M. le ministre des cultes, et que les jeunes filles en sont désolées? Quels indices plus sûrs pouvez-vous avoir de la légalité et de l;i constitutionnalité de II chose? » — «■ Pardonnez, monseigneur, me répliqua-t-il en rougissant; mais je tire de Figaro même un nouvel argument en faveur de mon opinion. Car, fie quel droit M. le ministre des cultes fait-il des circulaires qui désolent les jeunes filles du royaume? Cela est évidemment contraire à la Charte et à la liberté des cultes. »
« J'en étais là, M. I3 ministre, lorsque le premier sacristain de ma cathédrale demanda à cire introduit: je l'avais mandé moi-même pour lui transmettre vos ordres. C'était la veille d'une fête de dévotion, et je lui enjoignis, sous peine d'excommunication //9So fado de prendre garde à ce que le lendemain on se permît des offices publics et un cérémonial ordinairement employé quand le peuple est réuni. Je le lui répétai deux fois. Sa figure prit une teinte comme d'un homme qui veut rire et qui n'ose pas. « Qu'as-tu? lui dis-je. » — « Mon Dieu, monseigneur, ce que j'ai, puisque Votre Grandeur le permet, c'est que je n'entends pas. Comment Votre Grandeur veut-elle qu'on dise une simple messe sans /e cérémonial ordinairement employé quand le peuple est réuni? Votre Grandeur voit bien que le cérémonial ordinairement employé quand le peuple est réuni, est le cérémonial de tous les jours. Le cérémonial des fériés. Il faudrait que ce monsieur spécifiât combien on mettra de cierges sur l'autel, la couleur et la valeur des ornements, la durée delà messe, si on sonnera la pc-
titc OU la grosse cloche. Autrement, je ne réponds plus de la sacristie à Votre Grandeur. »
» Là-dessus, M. le ministre, j'ai assemblé mon chapitre ; et, après trois heures de délibération, nous avons résolu d'adresser humblement à Voti'e Excellence, les questions suivantes :
» I. Si mes curés recommandent à leurs ouailles, dans le secret de la confession, de venir à l'église les jours de fêtes supprimées par la loi, comment faudra-t-il que je fasse pour le savoir et pour vous en donner avis?
» II. Si le peuple se présente à l'église les jours de fêtes supprimées, devra t-on lui fermer les portes, puisque votre circulaire défend les offices publics, ou le curé dcvra-t-il seulement s'abstenir de célébrer la messe?
» III. Si le prêtre peut dire sa messe, les portes ouvertes, et que le peuple veuille chanter dans l'église, comment s'y prendra-t-il pour l'en empêcher?
» IV. Sera-t-il permis de lire ou d'expliquer l'évangile au peuple ce jour-là?
» V. Pourra-t-on sonner la petite cloche qui annonce la célébration de messes basses?
» VI. Si rien de tout cela n'est autorisé par la loi et par Figaro, comment les cultes sont-ils libres, et si les cultes ne sont pas libres, comment la Charte est-elle une vérité ?
» Tels sont, M. le ministre, nos doutes respectueux, et j'espère que Votre Excellence ne trouvera dans leur expression rien qui ne soit digne d'un Français persuadé de la vénération sans bornes qui est due aux lois, surtout lorsqu'elles ont le bonheur d'être interprétées par un ministre ami de la liberté. »
Le hasard amis cette lettre dans nos mains, et, comme la patrie est décidéaient sauvée, nous avons cru qu'après en avoir remercié Dieu et la garde nationale, nousdevions aussi à M. le ministre des cultes et à Figaro quelques signes de gratitude. M. le ministre des cultes n'a peut-être pas voulu faire une plaisanterie, comme l'a pensé ce bon
évêque avec son chapitre; mais à coup sûr ce qu'il a fait est innocent. 11 a cru que nous en étions au temps où les fêtes religieuses étaient des fêtes civilement obligatoires, qui interrompaient les travaux journaliers.^ les foires ou marelles, — L'autorité laïque avait incontestablement alors le droit de se mêler d'une chose qui avait des effets civils : aujourd'hui le dimanche même n'interrompt les travaux des citoyens qu'autant qu'ils le veulent : et la conscience de chaque Français est l'unique juge de ses fêtes et de son repos. M. le ministre des cultes aurait un autre rôle à jouer que celui auquel il se prête avec une illusion plus voisine du ridicule que du despotisme. Le despotisme est impossible aujourd'hui, même contre un simple sacristain ; et le dernier chantre de village, appu3'é de la force des choses, se jouera, pour peu qu'il le veuille, des méditations actuelles de Merilhou. Un autre rôle est à jouer pour un ministre des cultes, s'il voulait comprendre qu'il n'est que le protecteur né de la liberté de conscience, s'il voulait aider à l'affranchissement de l'église catholique par un amour vrai de nos institutions libérales, et par un pressentiment profond du sort qui est réservé au christianisme dans la nouvelle ère sociale dont la seconde aurore a commencé cette nuit. Ce rôle serait plus grand et plus populaire que celui de premier marguillier de France.