RÉVOLUTION D'ITALIE
(!«' Mars 1831)
Dans notre premier article sur les Concordats, après avoir peint l'état de servitude oii les princes ont réduit l'Église, nous annoncions que le jour de sa délivrance était proche. Nous appelions nos frères de France au spectacle des catholiques d'Irlande et de Belgique, redemandant, comme une liberté de la patrie, la liberté de leur conscience. Nous leur parlions de la Pologne, oii la foi mêle ses enseignes à l'aigle blanc, les religieux auxsoldats, les évéques aux nobles, où tous marchent ensemble pour Dieu et le pays contre le schisme et la spoliation. Une autre terre encore était nommée dans nos vœux : l'Italie. Car il est impossible à des chrétiens de l'oublier quand ils songent aux desseins de la Providence sur le monde. Là aussi des insurrections viennent d'éclater à Modène, à Parme, dans les légations, et ont apporté à notre nouveau Pontife, avec de pesants soucis, une preuve éclatante que les acclamations dont fut salué son avènement au Saint-Siège, partaient de l'amour des Romains, et non de l'enthousiasme passager d'une fête.
Oui, l'Italie est pensive et souffrante, comme nous le disions, mais d'un mal qu'il ne faut pas confondre avec celui que l'Irlande, la Belgique et la Pologne combattent en ce moment par des efforts divers dans leurs chances,
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mais dont l'héroïsme également juste, également sacré, ne laisse point de doute contre la sympathie qu'on leur doit. La cause de ces trois peuples n'aurait besoin d'être justifiée qu'autant que le joug de l'étranger, l'asservissemnit de la conscience et de la religion, la conjuration d'un S3ul contre les progrès intellectuels du genre humain, deviendront des choses inviolables, placées sous l'éternelle protection de celui qui a dit aux hommes : Rendez à Dieu ce qui est à Dieu. On a beau faire, on ne parviendra pas à sacrer l'injustice. Des hommes vaincus auront toujours le droit de ressusciter la victoire, tant qu'ils le pourront, et il ne suffira pas pour leur ôlCir à jamais leur patrie, de la leur donner pour exil. La terre d'un peuple se prescrit par une possessioii plus longue que la terre d'un homme; une bataille ne tue pas d'un seul coup la justice, un traité ne la refait pas dans un jour au gré du vainqueur. Elle reste avant comme après, sûre de trouver des armes contre des chiffons de papiers signés par deux ou trois princes avec le bout d'une épée Et quand ce n'est pas seulement le sol, leis lois, les intérêts, l'honneur, qui sont les victimes de la force, mais que la conscience et la religion subissent le joug, alors il vient du Ciel plus que des armes, et les peuples mêmes destinés à périren défendant leur liberté, laissent du moins au monde pour avantdernière page de leur histoire les livres des Macchabées. IT.mreuse l'Italie, si elle n'avait à craindre pour sa foi l'oppression de ceux qui veulent, disent-ils, la délivrer del'étranger ! Nous aimonsla libertéà cause d'elle-même; mais nous ne concevons pas de liberté sans celle de la conscience, et nous ne reconnaîtrons jamais comme ses amis ceux qui méditeraient d'autres ruines que la ruine des lois injustes. La liberté est indivisible, et l'histoire de nos malheurs l'a prouvé. Si nous filmes quarante ans le jouet du despotisme, si tant d'àmes généreuses désespérèrent sur l'échafaud de ce qu'elles avaient aimé toute leur vie, et dirent de la liberté, en regardant le peuple,
ce qu'André Chénier disait de son génie, en se frappant le front: « Pourtant il y avait quelque chose là! » c'est que nous méconnûmes, dès l'origine, que la liberté est un bien commun, l'héritage immortel de tous les fils d'Adam, et qu'elle est morte le jour oii un citoyen l'appelle sans qu'elle réponde, le jour oi^i Dieu l'invoque en vain du haut d'une croix. Cette expérience, nous l'avons faite assez cruellement, pour que nous gémissions de la voir subir à d'autres peuples, et on ne peut se dissimuler que l'Italie n'en fût menacée, si la Providence la livrait aux mains du vieux libéralisme qui fermente dans son sein. Nos idées nouvelles n'ont pu pénétrer encore dans les souterrains où l'on rêve sa liberté, oiionla jure en menaçantle Christ, cette tête innocente chargée jusqu'au bout des iniquités qu'elle n'a point commises. Nulle part plus qu'en Italie et en Espagne, ne règne le préjugé terrible que la religion catholique est hostile à la liberté, et nulle part les adorateurs de ce préjugé à demi-vaincu parmi nous n'ont une tentation plus foi te de le garder et de s'en venger. Car l'Eglise catholique y est riche encore, et quand on veut faire de la liberté dans un pays, en méprisant les choses révérées par le pays, il faut de l'or pour soudoyer la victoire. Chaque fois que les Procida de l'Italie passent devant nos églises et nos couvents, ils doivent se dire à euxmêmes, en mettant la main 'dans leur poitrine : la moitié de cela suffira bien.
lisse trompent. C'est ainsi que l'Espagne leura échappé, et qu'ils ont reculé le jour où des réformes nécessaires raviveront ce peuple, qui jouit des bienfaits d'une foi profonde, mais qui ne se souvient plus que l'homme voya geur a des destinées pour la terre comme pour l'éternité, et que les vaisseaux sortis de ses ports découvraient autrefois deux mondes. Une servile transplantation du dixhuitième siècle chez eux, une parodie de nos idées plus irréligieuses que libérales les a dégoûtés de leurs réformateurs, et continuant de dormir sous leur soleil, ils ont
à peine entendu le cri de la France que leur répétait Mina, quoiqu'il le leur jetât du haut des Pyrénées et en promettant que la liberté respecterait leur foi. La même cause retarde dans l'intérieur de l'Allemagne les progrès du vrai libéralisme, et les catholiques gémissant sous la main des princes, menacés de l'oppression par la liberté, préfèrent encore un jong de plomb au joug de la hache. Qui voudrait, en effet, acheter une charte au prix que nous a coûté la nôtre, et quel est l'homme, si ferme qu'il fût, qui pesant d'avance la liberté que nous avons et les quarante ans qui l'ont précédée, oserait toucher l'un des choix soumis à son conseil, et dire à Dieu: Soit! Dieu seul est capable de ces résolutions : il faut, pour les prendre, une pensée plongeant bien loin dans les mystères des siècles, la même pensée qui sacrifia sur le Calvaire à l'amour des hommes le premier né de l'éternité. Nul de nous n'a le droit de consentir à une si grande immolation et de jeter aux peuples les rêves de son esprit à travers le sang. Tant que ceux qui conspirent pour la liberté de l'Espagne et de l'Italie regarderont la foi catholique comme leur principal obstacle, les biens catholiques comme leur premier moyen, nous ne pourrons applaudir à leurs efforts. Nous reconnaîtrons ce qu'il y a de juste dans leurs plaintes, de sacré dans l'espérance des peuples; mais nous nous souviendrons qu'il appartient à des âmes plus pures déposer les fondements de la liberté d'un pays. Nous nous rappellerons Penn abordant aux rivages de l'Amérique et qui achetait de ses habitants les forêts destinées à porter son nom, méritant par cet acte de justice d'être l'un desaïeux de la liberté américaine. Nous aurons à l'esprit ceux qui arrachèrent à l'Autriche quelques vallées des Alpes, au quator::ième siècle, et qui plaçaient chacune de leurs victoires sous la protection d'une humble chapelle, hommes irréprochables dans la foi et dans la liberté. Nous redirons la Belgique faisant plus en quatre mois pour son affranchissement, que la France n'en a fait en quarante ans
pour le sien avec tant de peine et avec des malheurs qui ne semblent pas achevés.
Cependant l'Italie souffre. Plusieurs états y ont perdu 'eur antique nationalité, par la même injustice qui attacha la Belgique à la Hollande, et ce récent outrage a ranimé l'aversion que l'Italie porta toujours aux étrangers. Il a renoué le présent à l'histoire par la haine. De plus, le régime que les puissances de 1815 avaient établi en Europe, s'est étendu sur les conquêtes d'Italie, et a achevé de rendre iusupportable aux naturels un joug dont l'injustice n'eût pas même été pardonnée à un meilleur gouvernement. D'autres états, dont le territoire avait été respecté, se sont ressentis des idées oppressives où les puissances victorieuses avaient mis leur salut. La liberté intellectuelle a disparu de l'Italie, de cette terre oii elle avait reçu tant de fois un accueil si célèbre, et tandis que la littérature du dix-neuvième siècle commençait partout son règne, les lettres se sont éteintes dans la patrie de leur renaissance. Les écrivains y ont été poursuivis comme les fléaux de la société; la poésie elle-même, condamnée aux galères, a demandé vengeance à tous ceux que d'autres injures n'eussent pas encore ému, et un besoin universel d'affranchissement s'est éveillé dans les entraves oii les gouvernements avaient cru enchaîner ce que Dieu lui-même a laissé libre, la pensée de l'homme. Déjà Naples, placée plus loin de l'étranger, s'aperçoit que ses soupirs ont été entendus, et les promesses de son nouveau souverain lui donnent des espérances dont la réalisation sera moins une grande justice qu'une tardive habileté.
Quant aux Etats romains, nul gouvernement n'a épargné à ses sujets plus de maux que le leur; ils ont une place à part dans les quinze dernières années de l'Italie, et cette justice ne peut être refusée par personne aux trois pontifes qui se sont succédé avant Grégoire XVI, que leur conduite a été digne des jours difficiles oij ilsont
vécu, et qu'il n-'a pas tenu à eux d'élever le Siège apostolique jusqu'où leur pensée Tavait porté. Des réformes plus appropriées à leurs temps eussent pu être faites; elles occupèrent l'esprit de Léon XII et de Pie YIII pendant tout leur pontificat : mais les peuples n'ont pas seuls perdu la liberté, et l'Europe sait quels furent les chagrins qui agitaient sur sa couche Pie VIII mourant. Son successeur, élu la veille des insurrections de l'Italie, a déjà reçu dans les acclamations universelles une preuve que son choix n'a pas été destitué du secours promis au siège qu'il occupe, et d'autres témoignages lui ont appris que la grande majorité de son peuple n'était point insensible à la douceur du gouvernement romain, celui de tous, en effet, qui est le moins aperçu des gouvernés. Grégoire XVI continuera l'œuvre de ses prédécesseurs; toutes ses paroles annoncent qu'il a compris les besoins du monde, et il accomplira mieux sans doute les espérances soulevées de toutes parts en Europe, que ceux qui profanent déjà des couvents au nom de la liberté de l'Italie.
Nous ne craignons rien pour Rome. Nous désirerions à cause d'elle l'affranchissement de la Péninsule, si nous ne le désirions pas pour des peuples dont les droits sont blessés, l'avenir mis à mort. Rome a vu trop souvent l'ennemi à ses portes pour avoir peur de rien. Nulle puissance en Europe n'a une possession plus longue que la sienne, plus pacifiquement acquise, et si le droit des gens ne la défend pas. Dieu enverra quelque misérable mettre, dans le Capitole, une corde au cou de ces nouveaux Rienzi, qui n'oublient dans leurs complots que Dieu et que la liberté. Puisse l'Italie trouver un jour des libérateurs dignes d'elle, et ne pas acheter comme nous un affranchissement incomplet par quarante ans de malheurs! Puisse le dix-neuvième siècle mériter la conquête de l'Espagne et de l'Italie, et planter sur la coupole de Saint Pierre le drapeau sans tache des générations qui ne sont pas encore ! ! I
LACOKDAIKE JOURNALISTE 19'.>
D'UNE CIRCULAIRE DE WI. LE MINISTRE DES CULTES, AU SUJET DE LA PRIÈRE POUR LE ROI
(5 ]\rars 1831)
M. le ministre des cultes a adressé aux évêques de France, le 23 février, une circulaire par laquelle il leur enjoint d'ajouter aux versets de la prière pour le roi, lo nom de Louis- Philippe. Ce nom, d'après l'usage de l'Eglise, doit être prononcé dans l'oraison qui termine les verset?, et non dans le chant du « Domine Salvum. » Toute fausse interprétation est ainsi prévenue, puisque c'est le prêtre qui chante l'oraison et qui présente à Dieu le nom du souverain, tandis que c'est le peuple qui dit seulement : Dieu sauve le roi, el exauce-nous au jour où nous t'aurons invoqué pour lui! Les motifs de cet ordre gardé dans la prière pour le chef de YVAixi sont pleins de convenance et de grandeur. Il sied que le prêtre se réserve de nommer le roi, et qu'après les acclamations de la multitude, où sa personne n'est désignée que par l'amour commun, on entende sortir du fond du sanctuaire les syllabes révérées qui sont l'autre nom de la France. Une raison plus puissante encore le commande ainsi, et elle sera facilement saisie de ceux qui ont remarqué dans l'histoire, dans les camps, sur la place publique, qne jamais le peuple ne salue le souverain par son nom, si ce n'est dans les discordes civiles, et que même il revient très vite, par un instinct admirable, au seul mot vraiment populaire, énergique, qui exclut toute autre souveraineté que celle qu'il reconnaît : « Vivat imperator! » Vice le roi! Ce cri est un cri d'ordre et de paix, tandis que la désignation nominale du prince par le peuple est un signe infaillible de division, ijne preuve que le droit au trône est contesté, et par con-
séquent une faute politique que les armées ou les citoyens en masse ne commettent jamais. Il faut qu'il y ait au monde des ministres pour qu'une telle erreur tombe dans l'esprit de quelqu'un.
L'Église catholique qui a le sens des choses de la terre, comme le sens des choses éternelles, a donc interdit au peuple de nommer le souverain en priant à haute voix pour lui; elle lui a permis seulement de pousser trois fois cette clameur nationale : Dieu sauve le roi, et exaucenous au jour où nous C aurons invoqué pour lui! Puis, elle a enjoint au prêtre, représentant de la pensée et de la prière communes, chargé de supplier Dieu pour tous les hommes, homme de paix dont la parole réconcilie tout, elle lui a enjoint de prononcer le nom du magistrat régnant et de faire taire un moment les haines, les affections, tous les sentiments privés devant la nécessité suprême qui a donné un chef au pays. Supposez, au contraire, que le peuple lui-même désigne le souverain par son nom, je vous prie d'en examiner les conséquences avec un cœur vrai.
Dans les temps de dissensions civiles, il ne reste aux citoyens qu'un asile commun, le temple, qu'un lien toujours vivant, la prière, qu'une paix, celle qui descend de Dieu sur l'autel. Là s'oublient, pendant quelque temps, dans des chants pacifiques, au parfum de l'encens, les passions qui grondent au dehors, et l'on voit des citoyens divisés par des espérances qui leur sont réciproquement horribles s'agenouiller ensemble, répéter ensemble : Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! ^"\\ est en ce monde un spectacle divin, je vous en adjure, s'il est une harmonie divine en cette terre de péché, n'est-ce pas l'assemblée d'un peuple priant ainsi, chantant ainsi lapaix du fond de son cœur, malgré les discordes du pays? Et s'il est une fureur déplorable, n'est-ce pas de jeter à ce peuple des chants politiques, au lieu de ces hymnes de tous les temps qui n'offensent personne, et qui ne rappel-
lent aux chrétiens que les dures nécessités de la vie tempérées par les miséricordes du Seigneur leur Dieu? Or, il est incontestable que le nom du prince n'est pas un nom béni de tous, et cet amour universel étant même impossible après une révolution qui a chassé du trùne une ancienne famille, obliger le peuple à chanter le nom du prince ou à se taire, c'est l'obliger à faire un acte de parti dans le lieu oii il était venu se réfugier contre le souvenir des partis. C'est faire du temple une place publique, oii les citoyens protesteront par leurs clameurs ou par leur silence de leurs opinions, où ils se compteront, où le sang pourra couler un jour, et comme le rendez-vous devant les autels est un devoir sacré, il s'ensuivra que la cloche de la prière appellera les chrétiens à des scènes de meurtre, au nom de Dieu.
Mais supposons que jamais ces craintes ne se réalisent, que jamais les saturnales de Saint-Germain ne se renouvellent plus épouvantables encore, il est toujours certain que vous commandez aux fidèles une prière que tous peuvent ne pas vouloir chanter, et que l'Église deviendra sinon un théâtre de divisions armées, du moins une arène politique et un lieu d'inquisition où la police devinera sur les lèvres du chrétien les secrets de son cœur. De même qu'on s'informe aujourd'hui si un prêtre chante la prière du roi, on s'informera si tel catholique la chante, s'il ne substitue pas le nom d'un proscrit à un nom couronné. On fera du temple une caverne d'espions. Et quand la police respecterait Dieu, elle qui ne peut quelque chose qu'autant qu'elle ne respecte rien, de quel droit imposet-on à des Français l'obligation de chanter le prince? Car, Dieu sauve le roi est le chant du peuple et non du prêtre; les chantres ne font qu'accompagner le peuple et régler sa voix. Certes, voilà une liberté nouvelle dont la France ne se doutait pas! Bientôt, sans doute, on nous forcera de chanter au théâtre le « God save the King » et, comme au temps d'un empereur célèbre, des soldats viendront nous
éveiller pour applaudir, si nous dormons. Les Néron n'existent plus sans doute ; mais il existe des ministres qui feraient croire que le ridicule deviendra aussi fameux, dans l'histoire du despotisme, que la cruauté.
Et voyez à quoi s'expose le gouvernement! Dans les pays qui ont conservé le plus d'attachement pour le passé, ~[m empêchera le peuple de sortir au moment où l'on entonnera l'hymne autrefois sacré, aujourd'hui politique? Qui empêchera le peuple de garder tout à coup un profond silence, après avoir accompagné jusque-là le sacrifice de ses accents religieux? Il respectait la voix du prêtre s'élevant solitaire au-dessus des passions de tous, consacrant la liberté de tous par un hommage unique placé sous la protection de l'holocauste encore fumant : nul chrétien ne se sentait blessé ; il se retirait en lui-même et y faisait, un instant, le sacrifice de ses affections à celui • qui sacrifia son Fils pour le salut de la grande patrie de tous les hommes. Mais maintenant que la prière est un ordre intimé aux fidèles par un ministre, qui subira ce joug humiliant? se trouvera-t-il même partout des chantres qui consentent à représenter la voix du peuple et à la faire monter malgré lui vers le Ciel, d'oii elle est descendue libre et sacrée comme la voix de Dieu? Ahl que tant de misères fatiguent à la longue!
Le ministre, nous le voulons croire, a eu de bonnes intentions, quoique les motifs de sa démarche, énoncés dans la circulaire du 23 février, soient d'une bien remarquable nullité. 11 a pensé que l'addition du nom royal au Domine salvum empêchera des inlerpré talions fâcheuses sur les sentiments du clergé pour le roi des Français et les institutions du pays. Quoi ! un prêtre prie publiquement pour le roi, en le désignant par son nom, et il est nécessaire qu'il prononce ce nom quatre fois au lieu d'une pour qu'il ne reste aucun doute sur ses sentiments! Mais sur quels sentiments. Un prêtre, par hasard, est-il obligé d'aimer le prince? La Charte lui fait-elle un devoir do cet
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amour? Il doit soumission aux lois, rien dri plus, et il n'a rien de plus à prouver. En vérité, les ministres nous disent des choses bien extraordinaires ; et si le despotisme se justifiait à force d'être absurde, ils seraient d'une innocence élcrnelle. M. le ministre des cultes aurait dû s'adresser une question avant de signer sa circulaire : Pourquoi l'Eglise catholique nomme-t-elle le souverain dans l'oraison que prononce le prêtre, et ne le nomme-t-elle pas dans les versets que chante le peuple? Moi, homme lie ce siècle, qui n'ai jamais réfléchi aux choses de la religion, ne dois-je pas craindre, en voulant détruire cet ordre établi, de commettre quelque faute contre le sens commun? Une règle si ancienne ne doit-elle pas avoir un motif caché, précisément parce qu'il semble indifl'érent d'en suivre une contraire? Si M. le ministre des cultes s'était ainsi interrogé, il aurait peut-être compris le mot de l'énigme, et n'eût pas fait un acte qui, s'il n'était repoussé par une résistance invincible, pourrait coûter plus de sang à la France, dans le cours des révolutions futures, qu'une ordonnance de persécution. Déjà on a vu des piquets de gardes nationales se précipiter, il y a quelques mois, au lutrin d'une église, en chasser les chantres, et y entonner le Sauve le roi Louis- Philippe. Ce qu'ils ont fait alors, d'autres le feront un jour avec un droit plus apparent ; nous aurons dans nos églises le coté gauche et le côté droit, le côté de la victoire et celui de la défaite ; et. comme rien n'est plus instable que la fortune, plus cruel que la haine née dans le sanctuaire, le sang n'y manquera pas après le sacrilège et l'injure.
Il est un autre point de vue sous lequel la circulaire de M. le ministre des cultes est encore un monument déplorable. La liberté de conscience y est violée avec une hardiesse vraiment trop pleine de mépris. On nous avait bien ordonné de prier jusqu'ici ; mais on ne nous avait pas signifié la formule de la prière, etcassé d'un trait déplume nos usages les plus anciens. Oue reste-t-il maintenant
sinon de porter le rituel et le pontifical à M. le ministre, afin qu'il voie les changements que commande d'y faire la civilisation? Car, s'il est dans son droit de régler la prière, nous ne voyons pas ce qui reste logiquement au pouvoir de nos évéques. Rien sans doute, rien que la liberté, la seule chose qui soit logique après qu'on a perdu tout ce qu'on tenait de Dieu. Nous la saluons de loin encore, heureux que les folies ministérielles hâtent tous les jours sa venue, et que Dieu l'ait mise derrière les plus grands maux, comme il a placé au fond du sépulcre l'éternelle vie. Gloire à ce Dieu que nous servons! Tandis que tout se décourage autour de nous, le pouvoir, le peuple, le passé, l'or, la guerre et la paix, il révèle aux catholiques leur force, et, à la place de leurs croix abattues sur des ruines de quarante ans, il plante quelque chose qui n'a pas encore de nom, mais que découvrent avec une anxiété mêlée de joie ceux qui désespèrent du monde et ceux qui n'ont jamais désespéré de Dieu.