ENCORE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE
(27 .Juin 1831)
Plusieurs personnes de bonne foi ont peine à penser que la liberté de la presse, qui a fait tant de mal, disentelles, puisse être un instrument obligé de notre régénération sociale. Déjà nous avons démontré qu'en étouffant cette liberté, sans laquelle évidemment toutes les autres ne sont que mensonge, l'homme usurpait la place de l'être infini, qu'il se créait juge infaillible de ce qui est bien, de ce qui est mal, qu'en un mot l'homme se faisait Dieu. Nous envisagerons aujourd'hui cette même question sous une autre face, et nous ne laisserons pas aux plus incrédules de prétexte pour attaquer cette partie essentielle de nos doctrines.
Il n'est personne qui ne reconnaisse avec nous, que les vérités sociales sont profondément altérées : chaque philosophe, chaque chef de secte les a expliquées et commentées à sa manière; si bien que les vérités crues avec l'aveuglement le plus superstitieux par tel parti, ne sont pas plus vraies que celles que cherche à propager le parti contraire. Et qu'on ne s'en étonne pas : l'antique lumière du monde, la seule qui éclairât le chaos, le catholicisme a cessé de briller de tout son éclat : le monde est aujourd'hui sans boussole : il ne marche que sur des ruines; et si, au milieu de ce désordre effrayant, quelques voix gé-
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néreuses se font entendre pour ranimer ces ruines; faudra-t-il les étouffer parce qu'elles troublent le silence des tombeaux? Je concevrais ce scrupule, si la vérité, encore debout, avait à leur disputer son empire; mais, lorsque la mission de mort est accomplie, lorsqu'il ne reste plus rien à détruire, laisser à l'erreur la liberté de ses mouvements, et affranchir en même temps la vérité, jusque-là muette et enchaînée, c'est assurer à jamais le triomphe de celle-ci. Et quoi de plus manifeste que ce triomphe? Le besoin de foi qui dévore le monde l'atteste aux plus aveugles : parla-t-on jamais davantage de la liberté religieuse, tout en la respectant aussi peu? La religion opéra-t-elle jamais plus de miracles qu'aujourd'hui en Pologne et en Irlande? Vit-on souvent un peuple entier se lever en masse, comme en Belgique, pour la défense de ses droits religieux? Ne voyons-nous pas aussi, au milieu de nous, des hommes que presse le besoin de la foi, se forger des dieux pour y croire? Quoi de plus évident encore que la décadence du protestantisme, et le mouvement ascensionnel du catholicisme dans la plupart des pays qui avaient adopté la Réforme? La vérité est donc encore toute-puissante : les uns y croient, les autres la cherchent: et comment penser qu'elle tarde désormais à paraître? Mais, pour cela, il faut lui laisser l'usage de ces mêmes armes dont l'erreur s'est si longtemps servie avec fruit : il faut qu'on puisse la propager par toutes les voies de publicité possibles, qu'elle ait sa presse périodique, sa presse même de tous les jours, principal, je dirai presque unique moyen de propagation des idées, dans un siècle où les événements se succèdent avec une telle rapidité, qu'il ne reste à personne le temps de lire autre chose que des feuilletons et des brochures. Il s'agit d'un combat, et d'un combat à outrance entre la vérité et l'erreur : faut-il donc laisser à celle-ci tout j'avantage des armes?
Mais la lutte ne sera pas désormais de longue durée : et lorsqu'elle sera finie, lorsque la vérité aura triomphé
(et qui peut en douter, pour peu qu'il lui reste de foi dans l'Ame?,! elle s'emparera tellement des esprits, que la presse n'épouvantera plus personne. Combien de livres impies, d'ouvrages scandaleux, recherchés avec ardeur, il y a cinquante ans, et qu'on ne lit plus aujourd'hui? tant sont déjà sensibles pour quiconque ne ferme pas les yeux à la lumière, les progrès de la vérité, et ses succès contre l'erreur? Prenons pour exemple les ouvrages de la plupart des philosophes du dix-huitième siècle : on se rappelle les efforts inouïs tentés? il y a quelques années, pour en propager la lecture dans toutes les classes de la société ; leur funeste influence est à peine sensible aujourd'hui, et ces mêmes efforts n'ont abouti qu'à prouver l'impuissance de Terreur, dans un siècle où la vérité, pleine de force, de vie et de liberté, peut la combattre corps à corps, et avec des armes égales. Pensez à ce que seront dans cinquante ans encore, des ouvrages à demi oubliés aujourd'hui : à peine se souviendra-t-on qu'ils ont vu la lumière. Il en sera de même de tout le mal qu'a pu faire la presse, mal accompli, je le répète, parce que l'œuvre de destruction est terminée, mais auquel il faut porter remède, en détruisant, à la face du soleil, les pernicieuses doctrines qu'il a enfantées. Aussi bien, en les comprimant par voie de censure, vous prouverez seulement que vous en avez peur: et qui ne voit qu'elles acquerront d'autant plus d'énergie, que vous en montrerez moins vous-même en reculant devant le combat? La presse est donc incontestablement aujourd'hui le meilleur moyen de faire le bien, de le faire sans injustice, et de le maintenir après l'avoir obtenu. Depuis qu'elle est libre, elle a fait, malgré ses nombreux écarts, moins de mal que pendant un mois de censure. Sous ce régime en effet le sens mystérieux de certaines phrases, les demi-mots, les réticences, et jusqu'au silence que chacun peut interpréter à sa manière, sont, à coup sûr, plus nuisibles que les déclarations les plus vives dont le bon sens du public Unit
toujours par faire justice. On se plaint de ce que les ennemis de l'ordre recourent à la presse pour publier et propager leurs doctrines : et plût à Dieu qu'ils y recourussent toujours, puisqu'on peut les combattre! S'ils ne le faisaient pas, ils conspireraient dans l'ombre, et vous ne sauriez qu'on a voulu vous blesser, que lorsque le coup fatal vous aurait déjà frappés.
On s'exagère d'ailleurs les dangers actuels de la liberté de la presse. A en juger par la disposition des esprits en France, il est sensible que la presse quotidienne a beaucoup perdu de son empire, et que la puissance des journaux n'est plus la même. C'étaient eux autrefois qui formaient l'opinion de leurs lecteurs : ce sont aujourd'hui les lecteurs qui façonnent à leur gré celle de leurs journaux; témoin ces deux feuilles de département consultant il y a quinze jours leurs abonnés, et leur demandant, avec une admirable naïveté, quelle opinion ils devaient professer, quelle ligne ils devaient suivre. Voyez aussi ces feuilles sans doctrines, merveilleux instruments de destruction, quand il y avait encore quelque chose à détruire, mais aujourd'hui impuissants à placer une pierre même dans le nouvel édifice social, flottant sans cesse au gré des vents, embrassant un système, pour le répudier demain, avançant parce qu'ils ont fait un pas de trop en arrière, et reculant ensuite parce qu'ils se sont trop tôt avancés; de quelque masque qu'ils se couvrent, quelque livrée qu'ils adoptent, vous n'apercevrez jamais dans leurs colonnes une lueur de véritable liberté. La plus stupide crédulité ne s'y laissera plus prendre, et l'on peut, dès aujourd'hui, prédire avec assurance que leur règne est fmi. Inutile de dire, (jue, parmi les organes des diverses opinions qui se partagent la France, il est encore des journaux qu'une noble indépendance honore ; loin de nous la pensée de vouloir flétrir leurs efforts et décourager leur zèle 1
C'e^t vainement, au surplus, qu'on veut prescrire con-
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tre la nature; il est aujourd'hui dans les usages, dans les habitudes de tous les Français, quels qu'ils soient, depuis le prince jusqu'au plus modeste ouvrier, de lire, et de lire les journaux. Il y aurait folie à espérer d'atta({uer utilement cette direction des esprits, et dès lors rhonnne de bien, au lieu de la déplorer, doit descendre dans l'arène, afin d'y combattre les mauvaises doctrines par les bonnes : il doit multiplier les organes de la vérité, au lieu de se retirer tout vivant de la scène du monde.
Un des points sur lesquels les opinions les plus divergentes d'ailleurs, paraissent aujourd'hui parfaitement d'accord, c'est la nécessité de rétablir sur les plus larges bases le système d'administrations provinciales. Or, rien de plus favorable que la liberté de la presse au développement de cette doctrine, que nous avons soutenue des premiers, et qu'ont depuis franchement adoptée les libéraux sincères, et la plupart des royalistes : voyez, en effet, chaque province, chaque département user aujourd'hui, avec la plus grande latitude, de cette liberté ; voyez s'établir dans leur sein des journaux de nuances diiïerentes, qui signalent à l'envi les besoins des localités, et les abus d'une administration à laquelle le pays demeure étranger. C'est par la presse locale que se formera l'esprit public des provinces, si nécessaire pour balancer, souvent même pour neutraliser l'influence funeste de la capitale : c'est par la presse locale qu'on recouvrera, et qu'on pourra conserver ensuite ces franchises provinciales, si nécessaires au bon ordre public, parce qu'en fournissant un aliment aux ambitions diverses qui se groupent aujourd'hui autour du pouvoir, elles le rendront inhabile à contrarier, par ses actes ou ceux de ses nombreux agents, les intérêts généraux du pays.
Et remarquons, en effet, que tout se lie dans notre système : un des torts de ceux qui l'attaquent est de n'en jamais considérer qu'une partie. Vu dans son ensemble au contraire, il n'est pas une libertéqu'il ne favorise, comir.e
iTn'en est pas qui ne soit impuissante pour le mal. Dans un gouvernement où la nation n'est rien, oii le pouvoir est tout, où les provinces, comme en France, sont perpétuellement sacrifiées au bon plaisir de quelques hommes qui habitent la capitale, la liberté de la presse se charge d'exploiter, au grand détriment du pouvoir, toutes les fautes de ses agents : elle blâme le ministre, le préfet et le garde champêtre : elle leur enlève la force morale dont ils ont besoin pour remplir leurs fonctions diverses : elle empêchera même qu'on leur sache gré de ce qu'ils pourront faire de bien ; et c'est ainsi que le pouvoir paralysé expie, dans l'impuissance, les désirs déréglés d'une ambition coupable. Mais nous appelons des mêmes vœux et la liberté de la presse et la décentralisation : or, avec celle-ci, aucun des abus que nous venons de signaler ne pourra se reproduire : le pouvoir abdiquant les attributions qui ne sont pas d'intérêt général, il est clair que la presse centrale aura beaucoup moins à faire : et quant à la presse locale, agissant à la fois sur quarante-quatre mille points différents, de quelle vaste conspiration pourrait-elle se rendre l'organe? Ajoutez à cela qu'une des conséquences de la décentralisation, à laquelle il faudra bien que le pouvoir consente sous peine de mort, sera de restituer aux provinces le droit de nommer à la plupart des fonctions publiques des localités : or, d'une part, les attaques contre ces fonctionnaires seront infiniment moins nombreuses, parce qu'élus dans l'intérêt bien connu de la province, il leur sera plus facile qu'aux agents du pouvoir de consulter toujours ce même intérêt avant d'agir : d'un autre côté, leurs fautes, s'ils en commettent, ne retomberont jamais sur le gouvernement, qui sera demeuré complètement étranger à leur élection.
Ainsi, la liberté de la presse est une nécessité des temps, une condition de la régénération sociale, le moyen le plus efficace pour la vérité de se produire au grand jour. De plus, elle ne peut, dans le système où nous nous plaçons,
engendrer aucun des abus qu'aurait à en redouter un gouvernement de centralisation. Il ne restera donc plus, nous osons l'espérer, le moindre doute dans l'esprit de nos lecteurs sur la nécessité de conserver intacte la plus précieuse de toutes nos libertés, puisqu'avec elle nous pouvons conquérir légalement toutes les autres.
DE LA POSITION ET DU DEVOIR DES CATHOLIQUES PENDANT LA PROCHAINE SESSION
(11 Juillet 1831)
Avant quinze jours la session législative commencera. Le ministère sera maître des deux chambres, de la chambre des Pairs, par la dépendance oii l'a mise l'incertitude du sort qu'on lui prépare et de l'autre chambre par la majorité sortie d'une loi d'élections qui a constitué cent cinquante mille français sans qu'on sache pourquoi, les organes infaillibles des vœux et des besoins de trente millions d'hommes, français comme eux. Et ce ministère, qui sera le maître de deux chambres, qui, avec ces deux chambres, dont l'une ne représente rien, dont l'autre représente h peine cent cinquante mille citoyens pris au hasard, va estimer le reste des promesses de notre Charte, quel est-il ? Le même qui les a estimées si peu jusqu'à présent, qui à l'aide de ses devanciers dont il s'est fait solidaire, nous a donné une loi muiiicipale sans donner la vie et la liberté aux communes, une loi électorale sans élections pour l'immense multitude des français, une loi sur l'application du jury aux délits politiques impuissante pour enlever aux tribunaux de police correctionnelle la plupart des délits politiques; le même qui dictait naguères au Prince les innombrables discours où il était toujours question de la
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loi, et jamais de la liberté, sinon pour la définir l'obéissance à la loi, qui lui faisait promettre éternellement sa protection au culte calholique, comme si le Prince avait le droit de protéger un culte, et qui lui interdisait l'ombre d'une parole sur l'émancipation de l'enseignement, le même qui a violé l'église de l'Abbaye-aux-Rois pour y introduire des prêtres schismatiquns avec ordre d'offrir le Saint-Sacrifice sur le cadavre d'un excommunié, qui, tout à l'heure, va donner du pain au peuple avec les pierres de Saint-Germain-l'Auxerrois, afin qu'il ne soit pas dit que ce sont des forçats qui l'ont détruite, le même qui a chassé des enfants d'une école gratuite, eux et leurs instituteurs, qui a jeté hors de son domicile un français dont l'insolence avait été assez grande pour le transformer en lieu d'asile ouvert à la science et aux pauvres, et qui, depuis deux mois, tient les portes sous le scellé de peur qu'on ne renouvelle le crime, le même qui a misérablement sacrifié le trône de la Belgique aux Anglais, qui a trempé dans l'intervention des protocoles et dans l'abandon delà Pologne, également coupable pour s'être tu et pour avoir parlé, également avili au Foreing-Office, et dans les champs d'Ostrolenka, hermaphrodite honteux, mâle devant les faibles et fille devant les forts, le même qui, au lieu de planter en France la liberté de tous, héritier pâle de l'empire et de la restauration, faiseur de postiches politiques, va, enfin, après un an d'une révolution qui devait changer le monde, planter tout tremblant dans les décombres de la Bastille, une pierre effrayée et graver en des tables de bronze sur le sépulcre de Marat, une gloire dont il ne sait que faire, une gloire véritable, qui n'a duré qu'un jour et qui ne demandait plus à ces ingrats (ju'une faveur: l'oubli ! Tel est le ministère à qui sont confiés les débris d'une charte déjà mutilée, tels sont les hommes qui, assistés de deux chambres presque soumises, régleront en souverains la responsabilité des minis res, la liberté religieuse et la liberté d'enseignement et tout ce qui
se présentcraayantdeux faces, Tune tournée vers le passé ot Tautre vers l'avenir. Pour contre-poids au ministère et aux chambres, il restera l'émeute ayant faim ou (Minui dans ses carrefours, quelques bâtards de la république, iiombre d'un grand empereur, le portrait d'un prince enfant et, ce qui est plus puissant que tout cela, l'homme tel que Dieu Ta fait, l'homme destiné à être libre, parce qu'il est destiné à être chrétien, l'homme que la peur arrête quelquefois sur le penchant des siècles, quand il regarde en arrière ou à ses pieds, mais qui se souvient vite que son front a été fait pour regarder le ciel et sa race pour connaître, pour aimer, pour servir en liberté.
La session qui s'ouvre sous ces auspices décidera des plus grands intérêts des catholiques. Dans la session précédente, il n'a été question d'eux qu'en leur qualité commune de citoyens, et quelquefois aussi en leur qualité de victimes, lorsque leurs plaintes venaient rendre un dernier son sur des lèvres généreuses. Maintenant ils vont savoir ce qu'on entend faire d'eux. Ces catholiques, plus nuls que vils selon l'ancienne définition de l'esclavage, tout chargés des mépris prophétiques qui annoncent leur chute à chaque siècle qui se lève, dépouillés de leurs biens, possesseurs à titre précaire de l'autel même oiiils prient, sans écoles, sans prêtres renommés par leur science, chassés du pouvoir, vont demander à la civilisation maîtresse et reine de tout ce qu'ils n'ont plus, une seule chose, la liberté d'enseigner; il n'est plus possible de taire leur demande, il faut qu'on s'explique, qu'on leur réponde : oui ou non. Et selon l'une ou l'autre de ces réponses, la société change d'avenir.
Si fidèles à la Charte et bien conseillés par l'instinct qui avertit quelquefois les dépositaires de la puissance, ceux dont nous retracions tout à l'heure les actes, émancipent avec franchise l'enseignement, les catholiques leur devront un bien inestimable : la liberté, et le genre humain un bien plus grand encore : la vérité, je veux dire
sa manifestation par le choc libre de toutes les doctri nés, d'où il naîtra nécessairement ou le doute absol si rien n'est vrai dans le monde, ou la souveraineté d'u dogme si quelque chose de vrai a été dit à cette créatur qui se bat pour des idées depuis six mille ans. La scieiv du bien cl du mal est née de la liberté aux temps pnm tifs, etla liberté a gardé jusqu'à nous le privilège d'être 1 mesure de ce que savent les hommes dans le bien comm dans le mal. Supposez le genre humain esclave dès so berceau, que saurait-il ? Que savait à Rome l'esclave d naissance, labourant la terre pendant le jour, jeté le soi dans une fosse avec un peu de sel pour nourriture et ) lendemain dans un vivier pâture aux murènes de son ma tre ? Que saurions-nous du christianisme s'il était tomb du ciel dans un pan de la robe impériale et s'il avait pass de consul en consul aux générations? La liberté est 1 crible qui nous a conservé la foi, et qui en sera de nou veau la preuve, lorsque l'ayant enfin obtenue ou plutr arrachée nous pourrons dire aux vaincusde l'intelligenc et du Christ : qui vous empêchait d'être plus forts qu nous sur l'esprit des peuples? Nous étions pauvres t vous riches, petits et vous grands, ignorants et vous ce lèbres par la science, nous n'étions rien, vous étiez ton pourquoi êtes-vous tombés? La liberté a été jugée enti vous et nous, et votre règne est achevé, parce qu'elle I sera jusqu'à la fin, tel est le dé-fi que les catholiques poi tent au dix-neuvième siècle, la querelle que la libert d'enseignement doit décider.
Si le ministère et les chambres refusent aux cathol ques cette liberté, comme ils ne pourront le faire directi ment, à cause des ordres positifs de la Charte et de l'op nion publique déjà vivement prononcée pour son exéci tion, on la leur enlèvera par des subterfuges qui s réduiront, quoi qu'on tente, à mettre hors la loi le cuit; de la majorité des Français et ces Français cux-mêmc avec lui. Car un culte n'est une réalité que dans la pei
sonne de ceux qui le pratiquent, et les injures, les proscriptions n'atteignent ni le bois ni la pierre, mais les croyants seuls. Il est vrai qu'entre le temple et les croyants, il existe quelque chose que l'on appelle un prêtre, ce qui n'ôte rien à la force du raisonnement, car mettre le prêtre hors la loi, c'est y mettre son culte, et par conséquent les Français qui le professent par lui et comme lui! Toute entrave apportée à la liberté d'enseignement par voie d'exception contre les catholiques sera donc, outre la violation de la liberté, l'établissement formel d'une classe de citoyens privés du droit commun, et pourquoi? parce qu'on aura peur, non de leurs armes, ou de leurs richesses, mais de leur pensée, espèces de rois de l'intelligence tondus et cloîtrés pour qu'ils ne régnent plus, jusqu'au jour oii le peuple se demandera d'oii vient qu'on tremble ainsi devant leur prison. Car le remède sort toujours du mal et par la même raison que la liberté sauve la foi, l'oppression la sauve aussi, l'oppression est la sœur de la liberté, elles sont les deux pcMesdu monde et dans ce cirque immense où la vérité court sans cesse haletante et alîaiblie par ses victoires, elle n'a que CCS deux points de repos aux deux extrémités de sa course, l'oppression et la liberté.
Or, quelque parti que prennent le ministère et les Chambres, il j aura pour lès Catholiques oppression ou liberté, c'est-à-dire que la vérité sera parvenue de nos jours en parcourant l'ellipse immense des siècles à l'une des bornes où elle se rajeunit. Si on fait le catholicisme esclave, il sera clair à tous qu'il est victorieux puisqu'on le craint à terre, tout meurtri qu'il soit des coups de la réforme, sillonné des foudres du ,£^énie, dépouillé par les rois et par les révolutions. Si on le laisse libre, l'avenir prononcera et on peut dire, en voyant l'effroi que l'idée de notre liberté cause à nos ennemis, que l'avenir a déjà prononcé. En un mot, la religion du Christ, l'unique objet de nos pensées parce qu'elle renferme et bénit tout ce
qui est de l'homme, la religion par qui l'Europe échut à la liberté de préféreace à tant de mondes moins corrompus, cette épouse, cette mère, cette sœur de tout fils d'Adam qui porte une âme fière dans un corps chaste, la religion du Christ est parvenue au moment où il ne restera plus qu'elle qui aime sincèrement la liberté et où l'on ne verra de ressource contre sa toute-puissance naturelle que l'oppression des esprits. C'est un pas de géant, exullavit ut gigas ad currendam viam. Toutefois, les catholiques ne doivent pas s'endormir. La religion va toute seule^ cela est vrai, elle va, comme Dieu, mais il nous est ordonné de la suivre. Tout catholique est soldat, et voici l'heure de s'en souvenir. Nous conjurons nos frères par l'amour qu'ils portent à Dieu et à leurs enfants, de conspirer ensemble contre le monopole qui corrompt les générations chrétiennes depuis vingt années, qui opprime la liberté d'un grand peuple avec une persévérance infatigable comme s'il était le vautour chargé de nous punir, en rongeant nos entrailles, d'avoir dérobé le feu du ciel. Que d'innombrables pétitions apprennent aux chambres, aux mandataires des cent cinquante mille, que la volonté de nous tous est d'avoir ou de prendre notre liberté, afin que s'ils la refusent, ce soit à bon escient et que s'ils la défigurent ce soit à bon escient aussi! Nous-mêmes nous ne nous épargnerons pas à la besogne et nous pouvons promettre aux catholiques que si le Monopole survit à la Charte, il se passera quelque chose où l'Université ne regrettera pas de vivre, parce qu'elle prend la vie à tout prix, mais où il y aura contentement pour ceux qui aiment la justice.
Quant au pouvoir qui va statuer sur la liberté d'enseignement, il statuera aussi sur son sort. Et voici le sort : quiconque donnera au catholicisme des dignités, de l'or, de l;i puissance périra; quiconque lui donnera ieau et le feu, c'est-à-dire la liberté commune, vivra et régnera.