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DE L'ORDONNANCE RELATIVE AUX AUWIONIERS DES COLLÈGES DE L'UNIVERSITÉ

(8 Août 1831)

L'Université s'amuse à faire des coups d'état sur son lit de mort. Les maiçnifiques seigneurs du conseil royal ont avisé qu'il y avait dans leurs collèges des aumôniers logés, nourris, chauffés, éclairés, payés et ayant de plus le rang de censeur, la chose les a prodigieusement surpris» et, tout considéré, ils ont fait une ordonnance. L'ordonnance prive les aumôniers du rang de censeur, elle les assimile aux professeurs de première classe, leur retire la nourriture commune et fixe leur traitement, selon la hiérarchie des collèges à dix-huit, quinze et douze cents francs, le logement leur est conservé. Il est bon de réfléchir un peu à cette ordonnance.

Rien n'est plus à plaindre qu'un aumônier de collège. En butte à la méfiance des maîtres laïques, inconnu des enfants qui ne l'aperçoivent qu'à l'autel, sans lien avec qui que ce soit, mais environné d'un respect froid et contraint, il erre comme une ombre triste dans une maison d'étrangers. Ce n'est ni un père, ni un professeur, ni un domestique, ni un prêtre parlant à des hommes avec l'indépendance de la foi, c'est quelque chose qui n'a pas de nom; invisible et seul pendant toute la semaine, il descend deux fois le dimanche dans une chapelle où on lui a amené son troupeau; à peine y connaît-il quelques enfants. Si à force de bonté évangélique, il a rendu sensible à sa position cette jeunesse réunie un moment, pour l'entendre, on ne se moquera pas de lui ! On le laissera passer avec une sorte de pitié charitable, et, pourvu qu'il ne soit pas trop long, les élèves s'en iront contents. Kn voilà

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pour huit jours, car je ne parle pas de l'office du jeudi qui ne coûte qu'une demi-heure de patience aux victimes de la messe universitaire. Dans l'intervalle, le pauvre prêtre envoie arracher quelques enfants à leurs études, pour leur dire : « la paix soit avec vous, je suis de ceux qui cherchent les brebis perdues d'Israël, pour leur donner la vie. Ego sum qui loquor tecian, voulez-vous me recevoir, ou faut-il que je m'en aille? » Les enfants répondent ce qui leur plaît à cet étranger qui leur parle et ils s'en vont. Ainsi se succèdent les jours et les années. Je ne dis rien des tracasseries de détail, des humiliations préparées à dessein, de tout ce qui tient au hasard des personnes et des choses, je m'attache à la situation telle qu'elle est en soi et je n'en connais pas qui joigne à un si profond dénuement des consolations humaines une si grande privation des joies divines. Le dernier curé de village est chez lui ; personne ne vient de force à sa messe, il connaît son troupeau, il a vu mourir les pères et naître les fils, il a fait du bien à quelqu'un dans ce nombre d'hommes au milieu desquels il vit, mais à qui un aumônier de collège a-t-il fait du bien? il assiste, comme un témoin du ciel, à la corruption de tout ce qu'il y a de plus aimable au monde, et, si par hasard, il sauve du vice quelque enfant plus heureux, il le voit disparaître au bout de peu de jours, et n'ose pas même le regretter, tant son innocence avait besoin de fuir.

Je plains les aumôniers de l'Université; mais j'accuse l'ingratitude d'un corps qui ne craint pas de dégrader de malheureux serviteurs et leur envie jusqu'à un vain titre dont on avait cherché à couvrir leur nullité. Si encore cette nullité ne servait à rien! or elle sert, elle sert à tromper les familles par un luxe extérieur de religion. On mène les parents à 1-a chapelle, on leur parle de l'aumônier, on dit ses vertus, son âge, ses talents; Il y a un prêtre enfin, exécrable hypocrisie combattue dans le cœur de riîniversité par la haine et par l'avarice, en sorte que,

LACORDAIRE JOURNALISTE Z é é

ces trois passions se surmontant tour à tour, tantôt l'université caresse, tantôt elle flétrit et dépouille ses prêtres, puis ne pouvant satisféiire en entier ni son avarice, ni sa haine, ni soutenir son hypocrisie, elle aspire avec de profonds gémissements à l'époque oii il n'y aura plus de relii^non que l'alphabet! Rien ne donne l'idée de cette situation, parce quejamais situation pareille n'avait existé. Comme toujours, le sacerdoce avait élé chargé de l'éducation des peuples, on n'avait pas vu un corps de laïques iiidilïeients ou déistes, être obligé de tendre la main à des prêtres pour leur mendier leur robe et s'en couvrir : or, un état contre nature amène des sentiments contre nature, l'honnêteté même indignée et ne sachant d'où vient le mal, ou craignant de le savoir cherche des remèdes furieux et tel universitaire qui eut toléré la religion, la déteste cordialement parce qu'il est obligé d'avoir un aumônier. Le mieux serait que chacun fût libre, mais un autre caractère de l'université est de haïr la liberté d'enseignement et cela même augmente encore sa haine contre la religion, car c'est la peur de la religion qui lui fait haïr la liberté. En un mot, il y a là un mélange de passions contradictoires qui confond l'esprit et qui pourtant explique l'ordonnance du conseil royal.

Le conseil royal accorde aux aumôniers le rang de professeurs de première classe, et sans doute, il a cru faire beaucoup, il a cru même agir logiquement, car enfin quel rapport existe-t-il entre un aumônier et un censeur et qu'est-ce qu'un prêtre, sinon un professeur de Religion? n'en déplaise pourtant à M. de Montalivet, il a pris pour de la logique une très claire impiété. Nous convenons qu'il n'existe aucun rapport entre un censeur des études et un aumônier, et c'est en cela même que leur assimilation était insignifiante. Mais donner le rang de professeur à un prêtre qu'est-ce autre chose que de flétrir son enseignement et le mettre dans l'esprit des élèves sur la même ligne que l'enseignement du grec et du latin. Si le conseil

royal ne connaît pas la puissance des noms, que sait-il en philosophie? qu'il recherche dans les langues les divers noms donnés aux hommes qui parlent de Dieu par l'ordre de Dieu et qu'il rassemble toute sa pudeur pour essayer de rougir une fois.

Ce n'est pas tout, voilà l'aumônier assimilé aux professeurs de première classe, en touchera-t-il le traitement? oui, le traitement fixe, c'est-à-dire le traitement avec lequel il est impossible à un professeur de vivre, s'il n'y joint le traitement éventuel. Nous n'avons pas le courage d'aller plus loin. L'Université termine dignement sa carrière. Avant de mourir elle a voulu tremper d'un peu dé fiel le pain déjà si amer qu'elle donnait au clergé en échange de ses services. Non contente de lui avoir ravi l'éducation des hommes, de lui disputer mém.e sa part de la liberté commune, elle lui relranche un reste d'hospitalité : elle s'est rappelé le temps oii le clergé de France revenu de l'exil courbé et mutilé, elle lui donna dans quelque coin de ses établissements un avare asile, rendant sacrée sa tyrannie naissante au moindre prix possible et s'enveloppantavec joie de ces bras de nos anciens prêtres qui ne pouvaient plus porter beaucoup d'or, à cause qu'ils avaient porté beaucoup de misères. L'Université s'est rappelé ce temps pour le faire revivre et moi je me le rappelle aussi! J'ai vu les prêtres dont l'Université soudoyait alors les dernières années, et que nous avions le malheur de ne respecter pas plus qu'elle, car l'enfance discerne merveilleusement, non pas la valeur réelle des hommes, mais la valeur qu'elle voit y attacher. Nul ne s'étonne que l'Université regrette une époque où elle était jeune et où il lui en coûtait si peu pour tromper les familles en se cachant derrière les cheveux blanchis d'un prêtre. On s'étonne seulement de lui voir oublier deux choses; c'est qu'elle a vieilli etque la liberté commence. On s'étonne aussi que l'Université trouve encore dans le clergé des prêtres capables de supporter ses injures et que nous n'abandon-

nions pas à son impuissance une race d'hommes sans pudeur qui ne paye les sacrifices que par des affronts.

Il est vrai qu'il nous a été dit de tout souffrir. Cette maxime est certaine, et nous serions les derniers des hommes si nous trahissions notre ministère à cause d'un peu d'argent retiré ou de notre vanité blessée. Mais nous est-il ordonné de soutenir par notre présence une institution qui perd la jeunesse de notre patrie? Nous est-il ordonné de jeter sur une corruption de vingt ans un voile éternel? nous est-il permis de tromper les familles qui se fient en nous? et si ceux-là mêmes qui nous sont débiteurs d'une si longue indulgence que nous avons dévorée avec larmes, viennent frapper du pied notre douleur, n'est-ce pas un avertissement de Dieu qu'une si noire ingratitude? n'est-il pas temps que les aumôniers des collèges songent à la responsabilité qu'ils prennent sur eux et qu'ils exposent humblement à leurs évéques ce qu'ils peuvent dire des maux qui leur sont connus? Déjà les aumôniers des collèges royaux de Paris ont rempli ce devoir, ils ont tous ensemble l'année dernière, dans un mémoire célèbre^ révélé les tristes mystères de l'Université. Leur exemple, s'il avait des imitateurs, hâterait de quelques jours la chute du monopole, et fût-il sans résultat ecclésiastique ou légal, ce serait toujours un devoir accompli et le devoir sacré dans tous les temps l'est surtout aux jours oii la société ébranlée cherche à se rasseoir. Malheur alors à qui se tait.

DE LA NOiVIINATION DE IVI. REY A L'ÉVÈCHÉ DE DIJON

(21 Août 1831)

Quand Bonaparte crut fa religion catholique nécessaire au salut de la France et à sa propre élévation, il se conduisit envers elle en homme tout à fait supérieur : il voulut deux choses : que l'Église fût esclave et qu'elle fût respectée. Ces deux choses sont incompatibles par leur nature, mais elles ne l'étaient pas de son temps. Tout le monde était esclave même la gloire. L'Église pouvait l'être avec une sorte d'honneur, Bonaparte lui cacha d'ailleurs la servitude avec un art infini. Ce fut dans un traité entre la République et le Saint-Siège antérieurement h la restauration extérieure du culte, et en prenant pour base des idées et desusages consacrés dans l'Église de France, que l'habile consul posa les principes de sa domination sur le clergé! Puis, pendant que les Catholiques étaient dans l'ivresse, et portaient son nom jusqu'au ciel, il signa des articles organiques^ comme une interprétation du concordat, sûr que les plaintes du pape se perdraient dans la joie universelle. Car qui aurait pu les appuyer? les restes du Clergé français erraient à l'étranger; on avait à peine eu le temps de rapprocher çà et là quelques pierres de l'autel. Chacun leva les yeux et espéra des temps meilleurs. Une fois que Bonaparte eut assis les fondements de son pouvoir dans Tordre spirituel, et se conduisit dignement avec la religion, comme un prince qui n'a pas peur de passer pour bigot ou pour Jésuite et qui sait ce qu'il fait, il rappela de Rome le souverain Pontife, et le montra à tout Paris étonné d'attendre la bénédiction du Saint-Père sous les fenêtres des Tuileries. Lui-même le premier capitaine de son siècle, il reçut du Pape dans Notre-Dame l'onction impériale. Et ce n'était pas seulement

par SCS actes solennels qu'il cherchait à s'attacher la religion, je veux (lire la puissance dont une religion dispose toujours, c'était encore par une protection réelle, par des choix honorahles pour l'épiscopat. Nul de son vivant n'eût osé toucher à une croix et nul n'eût osé lui demander non plus un évéché pour un prêtre dont les mœurs ou la foi eussent attiré le mépris des Chrétiens. Que de fois il sollicita M. Emery, le respectaljle supérieur de Saint-Sulpice d'accepter les insignes de l'Episcopat ! avec quel soin il avait choisi pour ministre des cultes un homme dont le langage et la conduite pussent inspirer de la confiance au clergé! On voit en lisant les discours de ce temps-là que M. Portalis n'ouvrait jamais la bouche sans se souvenir qu'il occupait un emploi religieux, en quelque sorte, et qu'on attendait de lui une sainte gravité. Plus tard Bonaparte commit contre la religion des fautes irréparables, dont il eut bien des fois un amer repentir et même alors il était le seul qui en commît.

Ce retour sur une époque déjà loin de nous était nécessaire pour apprécier la conduite du gouvernement actuel dans ses rapports avec le catholicisme; il est diflicile d'imaginer un contraste plus grand. Bonaparte nous avait offert la sécurité et le respect en échange d'une servitude qui était commune à tout le monde et qui était mieux déguisée pour nous que pour les autres, à cause du régime gallican auquel les précédentes cours nous avaient habitués. Ceux-ci nous offrent la chute de nos croix, l'enlèvement de nos statues, le pillage de nos églises, l'abandon de nos droits à la merci des passants, la souveraineté spirituelle de nos maires, enfin les discours et les évêques de U. de Montai! vet en échange d'une servitude que personne n'a plus à supporter. Evidemment le marché n'est pas acceptable, (juand on veut faire comme Napoléon, il faut avoir, outre le désir de la tyi-annie sa puissance pour protéger et sa gloire pour consoler la servitude. Qn^^iid on veut faire comme Napoléon, il ne faut pas avoir ])eur

d'une messe, il faut y venir avec ses ministres ses maréchaux et ses soldats, regarder autour de soi et si l'on trouve quelque prêtre de vertu et de talent lui faire la cour et lui dire du ton de Napoléon ;\ Maury : Vous êtes archevêque de ma bonne ville;... alors, si Dieu le permet, , on peut séduire un clergé ! mais trembler d'être vu faisant un signe de croix, se cacher dans sa chambre dès qu'un homme crie contre une église, avoir des ministres qui demandent du respect pour le sanctuaire au nom des beauxarts de la Grèce et de Rome, chercher à la trace des bassesses quelque prêtre bien servile et bien méprisé, ou tout au moins suspect, pour lui envoyer confidentiellement, deux mois avant d'oser le dire, une mitre aux trois couleurs nationales et croire que tout cela aidant, on trouvera un clergé assez bête pour se mettre sous les quatre pattes du trône, c'est une folie à faire mourir de plaisir la postérité.

Toutefois je m'empresse de reconnaître qu'il est impossible au ministère d'agir autrement; les hommes ne font pas de merveilleuses choses de leur plein gré : quand on les voit descendre à une certaine profondeur dans la niaiserie on peut être sûr que ce n'est pas absolument leur faute, et qu'ils sont dans une position contraire aux lois générales de l'humanité; il est vrai qu'il dépend d'eux d'en sortir, mais ordinairement par un sacrifice que leur intelligence ne comprend pas, ou que leur cœur refuse d'accomplir. Bonaparte, dans le moment oii il a vécu, dans l'état où étaient les esprits et encore à cause de son prodigieux ascendant personnel, pouvait trouver des prêtres vertueux et respectés pour remplir les sièges vacants. En outre il n'avait rien à craindre du talent et de la vertu. Aujourd'hui si pures que fussent les intentions du ministère dans le choix des évêques, il est impossible qu'un prêtre honorable accepte un évêché de la main du pouvoir et j'en donnerai plusieurs raisons. La première est que jamais l'Eglise n'a permis à des hommes qui ne fai-

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saient pas profession du christianisme de nommer les successeurs de l'apostolat de Jésus-dhrist. Le Concordat luimême est formel à cet égard. On sent qu'une religion qui accepte ses chefs de gens qui ne croient pas en elle est nécessairement au dessous du mépris. Or c'est dans cette position d'hommes non croyants que la Charte a placé nos ministres par rapport à la foi catholique et par rapporta toute autre foi. Ensuite, siérait-il à un prêtre, après qu'il a vu le trône de France assis naguère au lieu même 011 Dieu avait un autel, de venir s'agenouiller devant ce trône et d'y recevoir le nom que les apôtres avaient reçu de Dieu ? siérait-il à un prêtre?... Mais l'infamie ne sied à personne et surtout à ceux auxquels il a été dit : Vous êtes la lumière du monde. »

Au lieu donc qu'on pouvait ployer le genou devant l'illustre capitaine qui avait accablé l'anarchie et l'étranger et dans les mains duquel les mains d'un évêque retrouvaient encore les traces de l'onction sacrée, on ne peut aujourd'hui que s'incliner devant l'homme qui n'est rien s'il n'est pas l'homme de la liberté et se plaindre qu'il veuille donner des évêques à un peuple dont il n'a pas protégé la religion et qui a le droit de n'avoir que celle qui lui plaît, tant qu'il lui plait, connue il lui plaît sauf i\ en répondre à Dieu. Ces vérités sont senties de tout prêtre qui a un peu de cœur, et c'est pourquoi un prêtre qui a un peu de cœur n'acceptera de M. de Montalivet l'épiscopat qu'il eût accepté de Napoléon. Et y en eut-il un à qui sa conscience fît illusion à cet égard, ce n'est pas lui qu'irait chercher le ministère. Le ministère comprend bien que le catholicisme échappe au pouvoir par la liberté, que tous les efforts du monde en faveur de la liberté prolitent au catholicisme et bientôt au seul catholicisme; parce que la nature des choses fait que tôt ou tard la vérité est la seule chose opprimée et la seule par conséquent qui ait besoin de liberté. Or, en pareille situation, ceux qui ont peur de la liberté, à cause de la vérité, ne veulent pas

donner à l'une et à l'autre l'appui d'un homme vertueux; ils n'ont plus qu'une espérance, c'est de corrompre; plus qu'un soin, c'est de chercher dans la fange des insectes bénis et h vendre; plus qu'une joie, c'est d'en avoir trouvé un. Puis, si vous tenez à deviner toute l'énigme, vous apercevrez peut-être au fond de cette crainte de la liberté, je ne sais quel plaisir de mettre une mitre sur une tête quand on ne croit à rien et de la mettre sur une tête indigne pour que le plaisir soit plus grand. Tel ministre est assis dans son fauteuil, il songe à l'Église de France, et se tournant avec fatuité vers un familier : Que pensez-vous d'un tel pour un tel siège? On dit qu'il est.., mais, ma foi celam'est bien égal. Et ceci, catholiques, c'est de l'histoire.

Quant à M. Rey, le Moniteur nous a exposé ses titres ce matin: il est né en 4773, il est chanoine de l'église d'Aix depuis 23 ans, il a été élevé deux fois par le chapitre aux fonctions de vicaire général, M. de Fontanes estimait beaucoup sa Théologie gallicane, et enfin il est constitutionnel. C'est la traduction officielle de ce que nous disions hier de lui, et pour nous M. Rey a encore un titre de plus, il a été nommé évéque de Dijon par M. de Montalivet. Le pape appréciera ces qualités.

J'ai tort de pnrler du pape, le Temps ne pardonne pas qu'on proteste auprès de lui contre une décision du gouvernement français, il craint des communications illicites qui nous exposeraient en dernière analyse aux peines portées contre ceux c/ui lient des rapports coupables avec un souverain étranger, et il nous avertit qu'il faut prendre garde que l'indépendance ne dégénère en trahison. Tels sont les conseils que le Temps nous donnait aujourd'hui à propos de la nomination de M. Rey. Nous pourrions renvoyer ce journal au Concordat, il y verrait que le Souverain Pontife i\ le droit d'examiner l'évéque élu, et de lui refuser l'institution canonique, chose qui est tout à fait impossible, s'il est interdit aux catholiques français d'éclairer la

religion de leur Père commun. Mais nous n'avons pas coutume de nous défendre par les armes que nous tenons du despotisme. La liberté se protège elle-même. C'est au nom de la liberté que nous réclamons la séparation de l'Eglise et de l'État et que nous refusons notre confiance aux évéques que l'Etat veut nous imposer. Une décision du gouvernement français ne peut sans doute nous contraindre à croire à un symbole, à recevoir des bénédictions. Une décision du gouvernemenl français ne peut sans doute créer un successeur des apôtres saint Pierre et saint Paul. C'est pourquoi quand nous protestons devant le Saint-Siège que le symbole d'un homme nous est suspect, que ses bénédictions nous font peur, que nous n'en voulons pas pour successeur des apôtres saint Pierre et saint Paul, nous ne protestons pas contre une décision du gouvernement français, à moins que les décisions du gouvernement français ne prescrivent des symboles qui ne doivent pas être suspects, des bénédictions dont on ne doive pas avoir peur et ne fassent des successeurs des apôtres saint Pierre et saint Paul ce qui est plus que douteux jusqu'à présent. On ne proteste pas contre ce qui n'existe pas. Qu'est-ce qui existe donc quand un évêque est nommé par l'État? Rien, si ce n'est une prière par laquelle M. de Montalivet dit au vicaire de Dieu : Très saint Père, M. de Montalivet ne croit pas que vous puissiez faire qu'un homme cesse d'être un homme, mais nous, nous le croyons et comme cette croyance fait que nous sommes seuls intéressés à la chose, nous conjurons votre paternité qu'elle laisse cet homme n'être qu'un homme. Là-dessus le Temps s'écrie : Trahison !

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