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Lacordaire reprit ses conférences de Notre-Dame le

« Nous autres, Français, a-t-il écrit, quand nous nous faisons moines, c'est pour l'être jusqu'au cou !, » Moine, Lacordaire l'est « jusqu'au cou ». Il l'est avec enthousiasme, avec fièvre. C'est en véritable artiste qu'il sent la poésie des cloitres, et qu'il en parle. « L'on a bâti sur terre bien des palais, mais l’art et le cœur de l'homme ne sont jamais allés plus loin

que dans la création des monastères * » Ce n'est

décembre 1843. Sa réapparition dans cette chaire illustre avait eu lieu le 14 février 1841, à l'occasion du discours sur « la Vocation de la nation française ».

1. Lettres à des jeunes gens, publiées par l'abbé PERREYVE, 11° édit., Paris, Chapelliez, lettre XVII‘, p. 134.

2. Vie de saint Dominique, ce. vi. Ces mots terminent la description célèbre d'un cloître tel qu'il y a tant en Italie. Nous nous permettons de la reproduire ici, en partie, comme l'un des morceaux les plus achevés que Lacordaire nous ait laissés : « Un cloître est une cour entourée d'un portique. Au milieu de la cour, selon les traditions anciennes, devait être un puits, symbole de cette eau qui rejaillit dans la vie éternelle. Sous les dalles du portique, on creusait des tombeaux ; le long des murs on gravait des inscriptions funéraires ; dans l'arc formé par la naissance des voûtes on peignait les actes des saints de l'ordre ou du monastère. Ce lieu était sacré ; les religieux mêmes ne s'y promenaient qu'en silence, ayant à l'esprit la pensée de la mort et la mémoire des ancêtres. La sacristie, le réfectoire, de grandes salles communes règnaient autour de cette galerie sérieuse, qui communiquait aussi à l'église par deux portes, l'une introduisant dans le chœur, l'autre dans les nefs. Un escalier menait aux étages supérieurs construits au-dessus du portique et sur le même plan. Quatre fenêtres ouvertes aux quatre

[60] pourtant pas par ses côtés pittoresques que la vie du cloître le ravit surtout, c'est parce qu'elle satisfait cette soif de sacrifice qui le tourmente et qu'il peut y travailler plus efficacement à ce renouvellement intérieur auquel il aspire. Lors de l'une de ses conférences de Notre-Dame, au cours d'un développement

magnifique sur la charité, Lacordaire s'était écrié

angles des corridors y répandaient une abondante lumière ; quatre lampes y projetaient leurs rayons pendant la nuit. Le long de ces corridors hauts et larges, dont la propreté était le seul luxe, l'œil ravi découvrait à droite et à gauche une file symétrique de portes exactement pareilles... Au son d'une cloche, toutes ces portes s'ouvraient avec une sorte de douceur et de respect. Des vieillards blanchis et sereins, des hommes d'une matûrité précoce, des adolescents en qui la pénitence et la jeunesse faisaient une beauté inconnue au monde, tous les temps de la vie apparaissaient ensemble sous un même vêtement. La cellule des cénobites était pauvre, assez grande pour contenir une couche de paille ou de crins, une table et deux chaises ; un crucifix et quelques images pieuses en étaient tout l'ornement. De ce tombeau qu'il habitait pendant ses années mortelles, le religieux passait au tombeau qui précède l'immortalité. Là même il n'était point séparé de ses frères vivants et morts. On

ait, enveloppé de ses habits, sous le pavé du chœur ; sa poussière se mêlait à la poussière de ses aïeux, pendant que les louanges du Seigneur, chantées par ses contemporains et ses descendants du cloître, remuaient encore ce qui restait de sensible dans ses reliques. O maisons aimables et saintes ! On a bâti sur terre d'augustes palais ; on a élevé de sublimes sépultures ; on a fait à Dieu des demeures presque divines ; mais l'art et le cœur de l'homme ne sont jamais allés plus loin que dans la création du monastère. »

avec un accent extraordinaire, prophétique, et comme

si le voile de l'avenir se fut tout à coup déchiré à ses

yeux: « Seigneur, donnez-nous des saints! Notre

monde ébranlé penche vers de grands abimes.. »

Voici d'ailleurs tout le passage :

«Mais, tandis que je vous parle de charité, il me vient un doute: 6 mon Dieu, sommes-nous charitables comme nous devrions l'être? Y a-t-il parmi vous, qui êtes jeunes, des âmes ardentes, des âmes tendres pour Dieu et pour le pauvre ? Ne voyezvous pas qu'autour de vous la ‘douleur augmente, la mesure se comble, et le monde penche sur d'effroyables abimes? O mon Dieu, donnez-nous des saints! Il y a si longtemps que nous n'en avons vus ! Nous en avions tant autrefois! Faites qu'il en renaisse de leurs cendres : exoriarc aliquis ex osstbus '!»

Or, c'est en lui d'abord et par lui qu'il veut voir se réaliser ce noble souhait sorti de ses entrailles ; il veut devenir l'un de ces hommes qui, à force de sainteté, retiendront le monde et l'empêcheront de rouler dans la ruine et dans la nuit. La sainteté, voilà son

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