‹ Lacordaire [microforme]Chapitre 4 sur 22 · L'ORATEUR · texte numérisé non relu

L'ORATEUR

BEA ACORDAIRE à été, pour ses contempo-

A rains, et demeure pour nous le type de l'orateur.

La carrière qu'il avait choisie d'abord — le barreau — montre bien quelles dispositions il se sentait. Il voulait avoir l'occasion d'exercer et de cultiver ce talent de parole qu'on lui avait reconnu au cours de ses études. Et la plaidoierie l'attirait, moins en elle-même, car il n'avait pas l'esprit processif, et les chinoiseries légales ne pouvaient plaire beaucoup à son âme peu amoureuse de distinctions, de détours et de subtilités, — que parce qu'il y trouverait motifs à de beaux discours. Et j'ose avancer que dans son intention le barreau n'était qu'un premier stage d'où il s'élèverait, au temps voulu, à la sphère politique où les grandes affaires fournissent de si beaux thèmes à quiconque a le verbe sonore. Mais une main mystérieuse vint

donner une orientation différente à ses aspirations, Lacordaire abandonne le monde Pour entrer au séminaire et devenir abbé !. Au reste, pour changer de but, ses moyens d'action n'allaient-ils pas rester les mêmes ? Sur ce nouveau champ, ne pourra-t-il supérieurement pratiquer l'art duquel il avait, dans ses rèves de jeunesse, attendu de la gloire? Bien plus, l'horizon de sa pensée s'élargissant de tout ce que le divin ajoute à l'humain, et son ambition se proposant désormais l'objet le plus noble qui puisse solliciter nos facultés, sa parole en acquièrerait une ardeur, un élan, un souffle capables de l'emporter autrement haut qu'elle n'aurait pu <spérer atteindre dans la lutte pour les simples intérêts terrestres, et de lui faire rendre le son de l'infini.

Pourtant, ce n'est pas dans la chaire de vérité que son talent s'est d'abord manifesté avec éclat.

Il nous est revenu un mot bien authentique prononcé par de ses parents ou de ses amis qui étaient allés entendre l'un de ses premiers sermons dans une église de Paris : « Il ne fera jamais un prédicateur ?, »

Page 1