Il entra au séminaire d'Issy le 12 mai
2. Cf. Foisser, tome I, c. vi, p. 281, au bas. — Ce sermon que
Lacordaire avait écrit et qu'il manqua complètement, fut pro-
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L'on voit bien ce que ces bonnes gens voulaient signifier. Mais leur parole contient peut-être un sens qu'elles n'avaient pas voulu y mettre et va bien au delà de leur pensée. En effet, Lacordaire ne fera jamais un prédicateur au sens ordinaire et tradition nel du mot. [Il ne sera jamais à l'aise dans ce moule du sermon tel que le grand siècle l'avait inventé et légué à l'avenir, dans ce genre froid et compassé où tout est combiné selon une méthode rigoureuse, où il semble que tout soit prévu, où le cœur ne peut avoir que le mouvement qu'on lui a déterminé à l'avance, et où par conséquent n'a pas été réservée la plus petite place pour ces illuminations soudaines, et comme ces jaillissements de pensée, ces frissons d'émotion, qui peuvent venir d'un contact avec un auditoire réel, Ce mode-là ne pouvait s'harmoniser
avec son tempérament, Lacordaire ne sera jamais un
it et pouvait être mieux que cela. Il brisera le cadre
prédicateur à cette manière antique, parce qu'il de rigide de la rhétorique ancienne, et s'en construira un
noncé en l'église Saint-Roch, le dimanche, 3 mai 1833. L'insuccès fut tel que tout le monde, y compris lui-même, douta de son talent oratoire, [Il écrivait peu après à Montalembert, le 30 juin 1833 : « Il m'est évident que je n'ai... ren asses de ce qu'il faut pour être un prédicateur dans la force du terme, »
plus large et plus flottant dans lequel il coulera l'es-
sence de sa méditation sur tei point de dogme ou de morale, y laissant exprès des vides et des lacunes qui se rempliront d'eux-mêmes dans le feu de l'action oratoire, sous l'influence des veux fixés sur celui qui parle, grâce à ces mille intuitions que la réflexion solitaire n'a pu inspirer, mais qui se forment, se précisent au moment où le verbe intérieur se crée vraiment et devient lumière et vie. Dans ce genre si personnel, il laissera loin derrière lui les meilleurs prédicateurs de son temps et sera inimitable. Ce n'est pas une méthode classique qu'il invente, un procédé à l'usage de tous. C'est une manière propre à son génie, et qui ne serait bonne à d'autres qu'autant qu'ils auraient un talent oratoire égal au sien, et non seulement égal, mais de même nature, de même famille. Et c'est beaucoup supposer.
Ce n'est donc pas, disais-je, en exposant ou en défendant la vérité religieuse que Lacordaire s'est d'abord révélé; e’est dans la fameuse affaire de l'Ecole libre. Il s'était lié avec Lamennais, Montalembert et
autres pour fonder L'Avenir, et avait ouvert !, de con-
16 octobre 1830.
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cert avec eux, une école indépenante où la jeunesse serait enseignée selon les larges doctrines qu'ils pronaient dans leur journal d'avant-garde. C'était anticiper sur les promesses de la charte de 1830. Le gouvernement s'en émut et les cita à sa barre. Lacordaire, pour un, présenta la défense de l'action com-
mune dans un discours !
qui est resté célèbre et qui commence par ces mots: « Je regarde et je m'étonne. » Les nobles Pairs furent plus étonnés encore, sans doute, de ce langage à la fois si digne et si hardi sur les lèvres d'un ministre de la foi, dans une question qui ne leur paraissait pas être proprement de son ressort. Mais la liberté n'est-elle pas une religion
aussi ? Et le jeune abbé n'avait pas cru avec raison
devoir prendre une attitude humble et confuse pour revendiquer un principe qui lui était aussi droit et aussi sacré que la doctrine évangétique ; il pensait rester dans son rôle auguste en défendant une liberté, Et il mit dans son plaidoyer toutes les ressources que pouvait lui fournir son expérience du barreau augmentées de l'autorité et des lumières qui lui venaient
de son nouveau caractère. Ce fut un triomphe, en