‹ Lacordaire [microforme]Chapitre 6 sur 22 · Ce discours fut prononcé le 19 septembre · texte numérisé non relu

Ce discours fut prononcé le 19 septembre

somme, car les cent francs d'amende qu'imposèrent les juges étaient loin d'équivaloir à une condamnation où même à un blâme. Les nobles Pairs n'osaient PAS avouer trop ouvertement qu'ils s'étaient laissés

persuader. La légère pénalité sauvait les apparences.

J'ai mentionné tout à l'heure le nom de Lamennais.

[Il y aurait bien des choses à dire sur les relations de Lacordaire avec cet homme illustre, sur les différences de leur nature, la tournure spéciale de leur esprit, Lamennais avait, sur Lacordaire, la supériorité de l’âge, — ce qui n'est pas un mérite en soi, évi demment, — et probablement du génie. Ce dernier l'a reconnu très explicitement en tel endroit de ses écrits où il expose les circonstances qui ont amené la

rupture ?; et cela est très humble de sa part, et l'ho-

1. C7. la lettre écrite à Lamennais par Lacordaire, le 11 décembre 1832, pour lui dire un éternel adieu. E

Elle est daté» de La Chênaie même,

l'y relève cette phrase: «je respecte ses pensées (celles de l'Eglise) et les miennes. Peut-être vos opinions sont plus justes, plus profondes, et, en considérant votre supériorité naturelle sur mor, je dois en être convaincu, etc... »

Cf. également la conclusion de ses Considérations sur le SVstème philosophique de M. de Lamennars, où i dit : « luttant contre une intelligence supérieure à la mienne...» V. Edit. in-8° des Conférences de N. D. de Paris. Tome 1V, année 1851, p. 490, Paris, Sagnier et Bray, libr. édit., 1851.

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nore beaucoup, mais c'est aussi très vrai. Et le fait

est que Lamennais était extraordinaire. Non pas qu'il eut, lui, le don de la parole. Il n'a jamais pu dire un mot en public. Mais quelle verve dans sa conversation. Entre autres mérites de pensée et de forme qui plaçaient leur auteur au premier rang parmi les grands écrivains français, ses ouvrages étaient d'une éloquence irrésistible, L'abbé Frayssinous disait de son Æssas sur l'Indifférence que l'accent cen réveillerait les morts ». Et quelle emprise absolue il exerçait sur ses disciples, sur cette jeunesse « dorée » des rayons de l'intelligence, qui se pressait autour de lui à la Chénaie et qui le regardait comme un oracle !! N'était-il pas poète aussi, poète à la manière de Jean-Jacques et de Châteaubriand ? Et son cœur

était d'une incomparable sensibilité. Sa Correspon-

Et, dans le Aém. pour Le rétablissement en France de l'ordre des fr. préch., ch. L., p. 83, il a encore dit de Lamennais qu'il fût «le prètre /e plus remarquable qu'eût produit l'Eglise de France depuis Bossuet. »

1. « La terre de la Chènaie, située dans la paroisse de Plesder, à deux lieues de Dinan, appartenait aux enfants Lamennais du chef de leur mère. Maurice de Guérin, dans son Cahier vert, a merveilleusement décrit la Thébaïde de la Chênaie. »

V. Lamennaiïs et ses correspondants inconnus, par Ad. ROUSSEL, Paris, Pierre Téqui, 1912, p. 13-14.

dance avec la baronne ottu !, publiée tout récemment, achève de nous le montrer dans la diversité de ses dons merveilleux, et aussi, hélas ! dans ces erreurs de jugement qui les ont en Partie annihilés et mème rendus nuisibles à son primitif idéal.

Toutefois, de la Pléiade brillante qui entourait le Maitre et qui composait ce que l'on à appelé depuis l'école mennaisienne, Lacordaire est peut-être celui qui avait subi le moins profondément son charme étrange * Pourquoi ? Et comment trouver les vraies raisons de ces mystères psycholegiques * 2? I] devait y avoir dans leur nature quelque chose qui s'opposait. Ainsi, Lamennais était constamment brûlant, toujours sous haute pression ; tandis que Lacordaire

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