Lettres inédites de Lamennars à ta Baronne
avec une introduction et des notes par le C' Paris, Perrin, 1910,
Cottu, publiées D'HAUSSONVILLE,
2. Voir à ce Sujet Chocarne, tome 1, ch, Y, Pussim, — Foisset, tome 1, ch. nt, vers la fin. D'Haussonville, ch. nur, 1.
3 Lacordaire était jeune avocat au Barreau de Paris quand il rencontra pour la première fois l'abbé de Lamennais. sen impression + J'avais été conduit dans une chambre obscure des bureaux de la grande aumônerie, en présence de M. l'abbé de Lamennais.
Et voici
1 vue, et son entretien n'avaient produit sur moi qu'une impression de curiosité, »
Voir Fragment de ses Wémor) à fin des Zeftres à des jeunes gens, p. 463. Ces Lettres furent recveillies et publiées par l'abbé Henri PERREYVE, en 1862,
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avait de beaux élans suivis de dépression, d'abattement, des alternatives de refroidissement et d'ardeur. Ne dira-t-il pas de lui-même plus tard : « Mon
âme est un volcan dont l4 lave ne sort que par inter-
valles, après une secousse 7» Si l'esprit de l'un était plus intensif, avait plus de profondeur et de puissance créatrice, il était plus absolu également, pour ne pas dire plus étroit, imposait despotiquement ses vues. L'autre avait de l'élévation, de l'étendue, il aimait l'air libre, il sentait que l'on ne mène pas le monde avec les idées pures, il avait je ne sais quoi de plus souple et de plus flottant, et aussi une plus grande rectitude naturelle, Les grands hommes ne sont pas toujours commodes pour leur entourage immédiat. Ils déversent sur leurs disciples les trésors de leur pensée, souvent à une condition : c'est que ceux-ci renoncent à toute indépendance intellectuelle et ne voient plus que par les veux du Maitre. L'autorité de Lamennais devait porter ce caractère d'intransigeance et par conséquent ne plaire qu'à demi à un
esprit qui n'a jamais aimé la chaîne et à qui les har-
3. Lettre à M" Swetchine, datée de Rome, S septembre Î Voir Correspondance du À. P Lacordaire avec Madaru chine, publiée par le C" de FazLoUx, 8 édit. Paris, 1868, p. 7
diesses et les vues originales souriront plus d'une
fois. De sorte que je crois bien qu'en toute hypothèse Lacordaire se fut tôt ou tard dégage de l'influence de Lamennais pour se frayer son propre chemin. Si des raisons de conscience et d'orthodoxie ne l'y eussent forcé de bonne heure, il en eût certainement trouvé d'autres, quelque jour.
Certes, ce ne fut pas sans éprouver une émotion violente qu'il s'éloigna de ce Maître. Et il
la scène d'adieu un tableau qui e
a tracé de st l'une des choses les plus senties qu'il nous ait laissées !, Mais, pour
1. Cf. la lettre déjà citée du 11 décembre 1832 à l'adresse du maître qu'il va quitter que dans le ciel combien j' crainte de vous causer de 1 « Je quittai la Chènaie seul, nais était à la promenade un certain point de
, OÙ il y a ceci « Vous ne saurez jamais ai soufert depuis un an à là seule a peine, » Et, dans ses Mémoires :
à pied, pendant que M. de Lamenqui suivait ordinairement le dîner, A la route, je l'aperçus à travers le tailli
s, avec ses jeunes disciples ; et, regardant une dernière fois te malheureux grand homme, je continuai ma fuite sans savoir
ce que
j'allais devenir, et ce que me vaudrait de Dieu l'acte que j'ac-
complissais
Voir aussi la lettre écrite de Toulouse à M" Swetchine, mars 1854, peu après la mort de Lamenn:
premier, j'entrevis sa chûte de bonne heure, mais ma plume ni ma bouche n'ont jamais rien laissé échapper que des accents de douleur et de respect à son égard. Il m'avait nui beaucoup en dirigeant mal, lui mon aîné de vingt ans par l’âge et mon aieül par le génie et la gloire, en dirigeant mal le premier feu de ma jeunesse et en m'enveloppant dans le désastre de Sa séparation,
le 31 Si « Je lui résistai le
Le É parler comme le mystérieux pèlerin d'Emmaiüs, ne Je È fallait-il pas que cela s'accomplit? Et quelle diffé- = rence, sinon dans l'essence même, du moins dans le = degré, entre sa douleur et celle endurée par Montae 1 lembert et Gerbet, par exemple, quand ils durent - | s'arracher aussi à ces bois de la Chênaie, où n'errait
plus qu'un génie dévoyé, l'ombre d'un grand nom !
1 Qu'on relise les pages où ils ont noté leur état d'ame à ces heures tragiques. Il y en a peu de plus poi- ; 1 gnantes dans toute notre littérature. C'est qu'ils 3 à étaient, eux, pris jusqu'aux moelles, et ce leur fut
une agonie atroce, un martyre que cette séparation qu'ils prévoyaient devoir être éternelle !...
as durs
J'ai insisté un peu sur cet épisode qui ne manque pas d'intérêt et qui fut si gros de conséquences pour la destinée de Lacordaire. Passons.
Cette pensée m'a soutenu contre lui, quand j'ai dû le quitter, mais je ne crois s qu'elle m'ait porté jamais à rien d'amer contre sa personne... Îl restera dans l'histoire comme un monolithe brisé... »
Corresp. avec M" Swefchine, p. 540.
2. Voir Wontalembert, Sa jeunesse, par le P. LE tout l'admirable chapitre XVII, qui a toute la beauté d'une tragédie. — 3" édit, Paris, Poussielgue, 1900.
Notre jeune abbé, ainsi mis en vedette par sa collaboration au journal L'Arvenir et par l'affaire de l'Ecole libre, non moins que par une rupture qui
ite de son
rassurait tout le monde sur la qualité parf orthodoxie, allait touver sa voie définitive dans l'éloquence sacrée et y cueillir d'éclatants succès. Ce furent d'abord des conférences au collège Stanislas !,
Il y rencontrait cette jeune:
généreuse pour laquelle il avait fait ses premières armes et à laquelle il allait aussi plus tard consacrer, avec combien d'amour ! « les restes d'une voix qui tombe »*, Là, en face de toutes ces intelligences ouvertes aux idées neuves
et brillantes et de ces cœurs prêts à frémir à des
accents où passait l'écho de leurs aspirations, Lacor-
daire se sentit à l'aise et déploya pour la première
fois ces qualités qui devaient bientôt faire reprendre
à l'élite de la France le vieux chemin de Notre-Dame.
Son christianisme, pour le fond, était bien tradition-
1. La première de ces conférences eut lieu le 19 janvier 1834. - C'était M. l'abbé Buquet, alors Préfet des Etudes au col. êge Stanislas, qui avait proposé à Lacordaire de donner ces conférences.