BOssUET. Oraison funèbre de Louis de Bourbon, Prince de
Condé. Ad fincm.
Le
nel, et il y avait, dans sa voix, je ne sais quoi qui
trahissait une véritable passion pour le Christ, le eri d'une âme éprise pour la première fois, et de quel objet ! l'idéal divin. « Avant d'aimer le Christ, dirat-il, je n'avais aimé que la gloire. » Ce qu'il apportait donc à faire resplendir aux regards l'image qui l'avait séduit, c'étaient des ardeurs indépensées. Et sous quels traits rajeunis il la présentait : Tout en se tenant ferme sur le terrain de la doctrine, l'Apotre avait un tour à lui de la moderniser et de la rendre sympathique aux hommes de demain. Ses discours avaient une allure à la fois combative et sincèrement amicale. Il ne heurtait pas de front Îles préjugés, l'héritage de scepticisme encore flottant dans l'air. Véritable enfant du siècle, il en avait partagé Îles illusions, mais il savait aussi sa souffrance de ne savoir où se prendre, et, sous d'apparentes légèretés, sa nostalgie du divin; et, par-dessus les murs d'un collège, il lui jetait de ces appels chaleureux vers une religion éminemment accueillante et compréhensive de tous ses besoins, compatissante à ses folies, désireuse de fixer en elle son vague tourment d'infini. Il était persuadé qu'entre sa génération et le Christ il
y avait de simples malentendus, ou plutôt l'on ne
S'aimait pas parce que | lgnoto Deo Or, Lacordaire présentait au siècle ce Dieu inconnu ; il voulait les mettre
‘on ne se connaissait pas.
en face l'un de l'autre, absolumem sûr que le charme supérieur de mporains comme il avait agi sur lui, aussi irrésistiblement, e
son idéal agirait sur ses conte
t que tout les destinait à se rapprocher et à s'embrasser. Voilà bien, je pense, le sentiment qui |
‘a inspiré dès l'origine et tout au long de
sa carrière oratoire, et qui a marqué sa prédication d'un caractère
tout à fait unique. D'aut
voudront reprendre après lui cette attitude. Mais qui sait si elle ne convenait pas, dans une grande mesure et pour des raisons diverses, seulement à son époque, et si son Principal mérite ne venait pas de son opportunité ? A cette minute précise et psychologique de l'évolution de l'âme française, c'était bien le genre qu'il fa
ait,
Lacordaire dira en effet, dans la préface de ses
conférences :
« Les conférences que nous publions n'
appartiennent précisément ni à l'e
nseignement dogmatique ni 1. C'est de ce mot que saint Paul prit te
son fameux discours devant l'Aréopage 22 et seq.
Xte pour prononcer d'Athènes. Aez XV
Ce
à la controverse pure. Mélange de l'une et de l'autre, de la parole qui instruit et de la parole qui discute, destinées à un pays où l'ignorance religieuse et la culture de l'esprit vont d'un pas égal, et où l'erreur est plus hardie que savante et profonde, nous avons essayé d'y parler des choses divines dans une langue qui allât au cœur et à la situation de nos contemporains. Dieu nous avait préparé à cette tâche en permettant que nous vécussions d'assez longues années dans l'oubli de son amour, emporté sur ces mêmes voies qu'il nous destinait à reprendre un jour dans un sens opposé. En sorte qu'il ne nous à fallu, pour parler comme nous l'avons fait, qu'un peu de mémoire et d'oreille, et que nous tenir, dans Île lointain de nous-mème, en unisson avec un siècle dont nous avions tout aimé... Le but, le but unique de notre parole, quoig'ie souvent elle ait atteint par delà, c'est de préparer les âmes à la foi, parce que la foi est le principe de l'espérance, de la charité et du salut, et que ce principe, affaibli en France par soixante ans d'une littérature corruptrice, aspire à y renaitre, et ne demande que l'ébranlement d'une parole amie, d'une parole qui supplie plus qu'elle ne commande, qui épargne plus qu'elle ne frappe, qui entrouvre l'horizon plus qu'elle ne le déchire, qui traite enfin avec l'intelligence et lui ménage la lumière comme on ménage la vie à un être malade et tendrement aimé.
Si ce but n'est pas pratique, qu'est-ce qui le sera sur la terre ? Pour nous qui avons connu la douleur et le charme de l'incrédulité, quand nous avons versé une seule goutte de foi dans une âme tourmentée de la
magie de son absence, nous remercions et bénissons Dieu !..,»
Monseigneur l'arche èque de Paris, M. de Quélen, le comprit parfaitement. Et l'écho des conférences Stanislas vibrait encore qu'il invitait l'orateur à venir les reprendre sous une forme agrandie dans la première chaire de France et du monde. Telle fut l'origine des célèbres conférences de Notre-Dame mCe fut un grand bonheur pour Lacordaire de naître a la mesure de son temps et de rencontrer un homme qui devina si bien les affinités de son talent avec les
besoins actuels * L'on a dit que le tort de Lamen-