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CHAPITRE III

Le stage à Paris. — L'avocat et le futur conférencier. — La lecture de Chateaubriand et l'influence probable qu'elle exerce sur Lacordaire.

Henri Lacordaire avait vingt ans. « Il était grand, de fier aspect; son visage beau, grave et pur, empruntait à Télévation de son esprit une expression singulièrement noble, sans que sa physionomie perdît de son attrait. » Dans le monde, il gardait la séduction de sa nature franche et brillante ; « l'élégance de sa parole ne nuisait pas à un tour de simplicité unie qui résultait de la sérénité de sa conscience ^ ».

Il venait de terminer ses études. Licencié en droit, il s'agissait pour lui de se faire une carrière. Pressée par une tante qui trouvait Dijon un théâtre trop peu digne du talent de son neveu, M'^e Lacordaire résolut, « malgré son état très gêné de fortune, de l'envoyer à Paris - ».

Avant de partir pour la capitale, le jeune juriste voulut visiter la Suisse « dont il rêvait depuis son enfance. Il v passa deux semaines », « seul, libre et infatigable ». Il visite les bords des lacs de Thoune et de Brienz ; il admire la nappe bleue du lac de Lucerne, gigantesque étoile tombée des cieux; il parcourt « ensuite la vallée de Martigny » pour atteindre les hauts sommets couverts de neiges éternelles. « Allant au-delà du visible », il demande aux cimes « qui se confondent avec les lointains de l'espace », « leur raison d'être et son esprit » s'engage dans des recherches qui n'aboutissent à rien. Son esprit glisse « encore sur les pentes de l'erreur », bien qu'on

^ Lettres nouvelles, p. xiii.

* ViLLARD, Cor. in., p. 7 et s.

« sente déjà comme* un appel involontaire au maître des choses » qui bientôt va l'emporter vers la lumière K

Rentré à Dijon, Henri Lacordaire s'apprête à prendre le chemin de la capitale. Ce n'est pas sans regret qu'il se dispose à quitter la « charmante ville » assise au pied des collines. « entre une multitude darhres qui l'entourent et d'où s'élèvent de jolies flèches » élancées dans les airs. « Là est le collège » où il a « passé sept ans de sa vie » : « la grande salle » où il a été « couronné tant de fois » ; l'église où sa « mère allait tous les jours et où » il s'est « confessé pour la première fois - ». Maintenant qu'il faut la quitter, une multitude de souvenirs affluent dans sa mémoire pour augmenter ses regrets. D'autre part, il est « entraîné par une sorte d'appel de la Providence » à laquelle pourtant il ne croit pas. « Alaric sentait quelque chose en lui qui le portait à détruire Rome»; à son tour, il sent quelque chose en lui qui le pousse vers Paris. Il est persuadé que « cette démarche doit décider » de son sort pour toujours '■'.

Le jour du départ arrivé, il fait ses derniers adieux et monte sur une diligence qui bientôt roule loin de Dijon. Porteur d'une lettre de recommandation que lui a remise M. Riambourg, président de Chambre à la cour royale de Dijon, il va se présenter à M. Alexandre Guillemin, alors avocat à la cour de Paris. La lettre parlait de la candeur du jeune licencié, « de ses heureuses inclinations, de ses brillantes études au collège et de ses succès à l'école de droit»; « elle ajoutait qu'il ne s'agissait plus que de lui donner une bonne direction » et elle finissait par engager M. Guillemin à le recevoir comme collaborateur.

« En comparant l'air décent et presque angélique du protégé de M. Riambourg avec cette candeur, qui faisait si bien partie du signalement », M. Guillemin ne douta pas qu'il « ne fût question de le faire entrer dans la Congrégation, cet asile des jeunes gens chrétiens qui arrivaient dans Babylone » et à laquelle il avait lui-même beaucoup « de grâces à rendre ».

« Il est évident », se dit-il intérieurement en contemplant le jeune homme, « que M. Riambourg m'envoie un congréganiste ».

* Lettres nouvelles, p. xiii et xiv.

- A M"* Swetchine, 24 avril i836. p. 53.

•'' Lettre à Lorain, 2 octobre 1822 ap. Lettre à Foisset, II, p. 267 et s.

Cependant, comme la lettre ne parlait pas explicitement de ce point de vue secondaire, il lui dit : « Si je comprends bien cette phrase », « il s'agit, ce me semble, de vous indiquer un bon directeur, un bon confesseur. »

A ces mots, la figure de celui que M. Guillemin croyait «un ange de piété », se colora « d'une vive surprise » et il répondit « avec une douce ingénuité : Un confesseur à moi ! « Oh! non. Je ne vais pas à confesse, et la raison en est que « je ne crois pas. Si j'avais le bonheur de croire, j'irais à « confesse : mais je ne dois pas y aller, puisque je ne crois « pas ». « Il y avait dans le ton de ces paroles » un tel charme « de franchise et de loyauté », que M. Guillemin n'eut « pas un instant la pensée de refuser la collaboration d'un jeune homme si sincère et si bien recommandé d'ailleurs. La lumière viendra sans doute », se dit-il, il ne faut pas « désespérer d'un ami de M. Riambourg, de M. Riambourg l'austérité et la vertu même ». Il reprit donc : « Cela nous empéchera-t-il de travailler ensemble? — Oh! non », répondit Lacordaire ^.

La proposition acceptée, le jeune candidat se sépare pour un instant de son maître et va s'installer rue du Dragon, N^ 3o, dans ses nouveaux lares domestiques, qui, pour l'instant, consistent en une petite chambre où cinq personnes pourraient trouver place, et dont « la fenêtre donne sur une vaste cour bien aérée ». La « coquille » est agréable et plaît au locataire, désormais dans ses meubles, ainsi que l'exige le conseil de Tordre -. Le 3o novembre 1822, Henri Lacordaire prête le serment d'avocat devant la cour de Paris et immédiatement, il se met à l'ouvrage. Le matin, il se rend chez M. Guillemin et le soir chez un avoué -K Peu à peu, il est initié à la jurisprudence des petites causes : il est chargé d'une partie des travaux et des mémoires rédigés dans le cabinet de son patron;

^ A. Guillemin, Le P. Lacordaire dans l'audace, etc., p. 76. — Cf. .MoNTROND, Lacordaire, p. 28 et s.

- Lettre à Ladey, 7 décembre 1822, p 5. — Régnier, Souvenirs, p. 8, où il y a des détails humoristiques. — En 1824, Lacordaire changera de logement et ira habiter le Marais, rue d'Orléans, 7, en face de l'église des Capucins, où il occupera un appartement plus spacieux et plus confortable. Cf. lettre à Ladey, 14 février 1824, p. 76.

^ \'iLLARD, Cor. in., p. i?.

enfin, il donne ses premières plaidoiries avant l'âge ^. Son talent est le premier passeport de sa parole.

Au mois de décembre suivant, M. Guillemin succède à une charge à la cour de Cassation et aux Conseils, qui était alors sans contredit la plus considérable. L'heureux élu propose au jeune stagiaire de le suivre dans cette « nouvelle carrière. Les « hautes questions de droit se traitent devant cette juridiction « suprême, à peu près comme les questions législatives dans « les Chambres, et le barreau de la Cour de Cassation pourrait « être nommé la tribune de la jurisprudence. L'éloquence » de Lacordaire « s'adaptait encore mieux à ce genre de discussion élevée qu'à de simples questions de fait - ».

M. Guillemin trouvait en lui un concours vif et intelligent; en retour, il se « plaisait à lui facililer sa carrière en lui donnant à étudier des causes importantes » et « en lui procurant des affaires qui missent en lumière son talent •' ». Cependant, le jeune stagiaire juge bientôt que ce « qui distingue les avocats parisiens, c'est une grande aisance, non seulement dans le langage, mais encore dans le maintien; ils semblent converser avec les juges ^ ». Désireux de se faire jour parmi ses nombreux collègues, il se condamne à un dur travail. Seul et isolé, s'il se couche à lo heures, il est au travail à 5 heures du matin; il fuit les distractions et les pertes de temps qu'occasionnent les dîners; il « vit de science et d'air ^ ».

Ses grands efforts sont couronnés de succès bien propres à le satisfaire. En sept mois, il fait plus que d'autres en trois ans. Dans les plaidoiries, on l'entend avec plaisir; les regards se fixent sur sa personne et y demeurent attachés; il sent « que l'on dirait bientôt : c'est un jeune homme qui donné de belles espérances ». 11 remarque avec satisfaction qu'il a de la facilité pour la parole, de la tranquillité et du sang-froid. A peine est-il levé qu'il se sent à son aise. Il acquiert la persuasion « qu'avec

^ Guillemin, Le P. Lacordaire dans l'audace^ etc., p. 8o. — Sur les causes soutenues à cette époque, cf. Chronologie 1822-1824.

- Id., p. 80. — Cf. lettre à Foisset. 3o décembre 1822. p. 11.

^ LedoS; Lacordaire, p. 22.

* LoRAiN, p. 14.

'" RÉGNIER, Souvenirs, etc., p. 12-1 3.

le temps et le travail ». il parviendra à se « faire une réputation à Paris ^ ».

Ces heureux débuts le recommandent et le signalent à l'attention générale. M. Guillemin le présente au procureur général à la Cour de Cassation et ce magistrat éminent « charge le jeune stagiaire de lui préparer des projets de réqui- « sitoires. Veut-on plus encore ? Un jour qu'il avait eu la « bonne fortune de plaider devant M. Berryer, le grand avocat « en fut si frappé, qu'il l'invita sur le champ à venir le voir « le lendemain, causa avec lui pendant une heure et lui dit : « Vous pouvez vous placer au premier rang du barreau », « mais « vous avez de grands écueils à éviter, entre autres, l'abus de « votre facilité pour la parole - ».

L'horoscope était flatteur, surtout si l'on songe qu'il était tiré par le « prince de la tribune française ». Il est la preuve que Berrver voyait en Lacordaire les qualités rares et complexes qu'exige la profession d'avocat et que plus tard, quand il sera prêtre, il va introduire dans le sanctuaire. Content de sa première méthode, il y restera fidèle dans l'exercice de son ministère religieux et l'avocat parlera encore sous la robe du 'prêtre et du dominicain ■\ Défenseur ardent de la cause de l'Église, il prononcera des discours qu'on pourrait appeler des plaidoyers en faveur des droits de Dieu et des âmes ; et il les donnera à des auditeurs qu'il regardera moins comme des fidèles que comme les membres d'un vaste jury, remplissant la nef des cathédrales et invité à émettre une sentence et un jugement "*.

Une fois engagé dans la voie qui le mène au succès, Lacordaire veut y rester et si un jour, il est tenté de recourir à d'autres procédés, les échecs qu'il subira, le ramèneront à l'ancienne manière de l'avocat. C'est ainsi que Lacordaire devenu

^ Lettre à Ladey. 14 juin 1828, p. 36.

- FoissET, Vie, I, p. 53 et s., d'après une lettre à Lorain du 23 février 1824.

Ces paroles de Berryer ont été ensuite travesties dans un sens où l'horoscope devient de la prédiction. — Cf. Lorain, p. i5. — Foisset loc. cit. — Discours prononcé par Guizot à l'Académie française, le 24 janvier 1861, etc.

Certains biographes prétendent aussi qu'en écoutant une plaidoirie de Lacordaire, le président Séguier se serait écrié : « Messieurs, ce n'est pas Patru, c'est Bossuet. >•>

^ Joseph Brunhes. Lacordaire avocat, p. 4.

* fd., p. 3o.

prêtre, a été éloigné, dans la prédication, des procédés traditionnels. Il a éprouvé le besoin de rester fidèle à lui-même et comme il ne pouvait le faire, sans innover, il a rompu avec l'ancienne méthode.

De nos jours, nous sommes convaincus que l'éloquence sacrée n'a pas une forme unique, dont elle ne puisse se départir. L'orateur peut varier ses moyens et ses procédés : Massillon ne prêche pas comme Bourdaloue, ni Bossuet comme saint Jean Chrysostome. Les méthodes changent, une seule chose reste : le devoir de respecter scrupuleusement les droits de la vérité et l'obligation de présenter le dogme et la morale sans les exagérer, ni les diminuer.

Au commencement du XIX'^'^ siècle, on ne pensait pas de la sorte. L'éloquence de la chaire a^^^ait certaines traditions qui donnaient à tous les sermons « une fâcheuse monotonie. L'originalité du talent » échappait « elle-même très difficilement à cette tyrannique uniformité ». Il y avait « une espèce d'orthodoxie de convention qui ne rencontrait que de rares schismatiques ^ ».

Les premières années de son sacerdoce, Lacordaire a essayé de suivre les prescriptions de la tradition classique. Mais bientôt, malgré les attaques nombreuses dont il fut l'objet, il a été placé dans la nécessité, sous peine d'échouer complètement, de rompre le vieux moule ecclésiastique. Dès lors, plus de texte obligatoire, qui souvent n'est qu'un prétexte, que le prédicateur « ne commente pas et dont il tire plus ou moins arbitrairement un motif, sur lequel il joue des variations ». Plus d'exorde méthodiquement divisé en deux parties comme chez Bossuet et invariablement terminé par la « chute de VAve Mar^ia ». Plus de «. divisions et de subdivisions parallèles », pédantesques et forcées -. Enfin, plus de ce style solennel et pompeux, qui faisait penser, selon le mot de Taine, à une « majestueuse étole de pourpre et de soie » ; plus de cette expression exclusivement noble, où les métaphores dissimulaient « le mot propre

* Notice sur le R. P. Lacordaire et analyse des discours qu'il a prononcés à Tours. — Cf. d'HAUSsoNviLLE, Lacordaire, p. i3i-i32.

- Cf. d'HAUSsoN VILLE, Lacordaire, p. i3i et s. — Baunard, In siècle de l'Église de France, p. 385.

SOUS le panache des épithètes », les images consacrées et hiératiques 1 ».

Incapable de réciter un discours. Lacordaire est obligé de laisser de côté le fard et la poudre. Il va séculariser lexpression. Il ne montrera pas la vérité religieuse « dans le demi jour du sanctuaire » ; mais il la présentera dans une parole improvisée, où il v a quelque chose de « spontané, de soudain, de passionné », d'actuel et de moderne qui captive l'auditoire -.

Il a donné à la prédication « un vêtement moins riche peut-être, mais plus souple, plus populaire ou du moins qui s'adapte mieux à toutes les conditions » actuelles ^ et qui faisait dire : celui-là nous comprend et nous le comprenons.

Ainsi les années de stage n'ont pas été inutiles à Lacordaire dans l'œuvre de sa formation oratoire. Il reste attaché au barreau par le choix des procédés, comme aussi par l'estime qu'il accorde à cette profession. Il y voit « une position indépendante et utile », préférable à la « magistrature assise et inamovible », capable « de nourrir tous les sentiments élevés et tous les goûts de l'esprit * ». A l'heure présente, il est avocat et par un côté ou l'autre, il restera toujours avocat.

Cependant, il y avait « dans l'atmosphère judiciaire je ne sais quoi » « de positif qui n'allait point à la partie délicate » de son esprit •'. Il tient à rester en contact avec la littérature. Il se sent « né pour vivre avec les Muses '^ ». Il va entendre Talma ', puis \[iie Mars et de nouveau Talma '^. Il trouve que celle-là « joue avec une perfection » enchanteresse: que celui-ci donne son rôle avec « beaucoup de naturel et de tact », qu'il est « beau dans les moments de fureur », mais qu'il « lui manque une certaine force comique qui donnerait plus de ton aux scènes

^ Balnabd, loc. cit. — Cf. Chocarne, Lacordaire, I, p. 172 et s. — Martin, Portraits des prédicateurs, p. 192.

2 Taulier, Courrier de l'Isère, 21 mars 1S44,

^ D'Haussonville, Lacordaire, p. 141. — Cf. p. 142-144. — Montalembert, Le P. Lacordaire, p. iSg et s.

^ ViLLARD, Cor.' in., p. 271. — Cruppi, Lacordaire à l'audience, p. 6.

" LORAIN, p. i5.

•^ D'Haussonville citant Lacordaire, Lacordaire, p. i3 et it3.

' Lettre à Foisset, 3 juin 1828, p. 22.

^ Lettres nouvelles, 3 janvier 1824, p. 78.

€t qui réveillerait le sentiment de l'art ^ ». Ainsi, Lacordaire est à l'affût des impressions esthétiques ; il a le souci de se perfectionner dans l'art de bien dire. Malheureusement, il n'obtient pas toujours ce qu'il désire. Les théâtres de boulevard lui déplaisent particulièrement et, malgré les billets d'entrée qui lui sont gratuitement fournis, il se lasse bientôt de « perdre cinq grandes heures à entendre de fades plaisanteries ou des déclamations ridicules ». Il a même « une très grande prévention » pour l'Odéon. Toute son estime va au Théâtre-Français, où sont représentées les pièces classiques -. Plus tard, il deviendra plus sévère encore. « Comme tous ceux dont le goût et l'imagination est vive », il pensera que rien « n'égale la représentation que l'esprit se donne à soi-même dans une lecture silencieuse et solitaire des gwnds maîtres "^ ».

C'est encore une préoccupation de l'ordre esthétique et littéraire qui lui fait sacrifier une partie de ses loisirs pour se rendre à la Conférence des jeunes avocats, présidée par Berryer luimême ^ et aux assemblées de la Société philotechnique, que fréquentaient des littérateurs distingués, parmi lesquels Casimir Delavigne ^. Mais bientôt il n'est pas satisfait des discussions, auxquelles on s'y livre, ni des travaux que l'on y présente et il interrompt ses visites. Enfin, il apprend que, place de l'Estrapade, il y avait un amphithéâtre, où des jeunes gens, destinés «au professorat ou au barreau, traitaient publiquement des questions de littérature, de science ou de droit et préludaient ainsi devant une assemblée d'amis aux difficiles fonctions qu'ils devaient remplir plus tard, en présence d'une société moins indulgente ». Sur le conseil de M. Guillemin, Lacordaire demande son admission. Dans cette maison d'études, dirigée par M. Bailly de Surcy et fréquentée par des jeunes gens de familles royalistes et religieuses, il respire une atmosphère de foi pieuse et réfléchie *' ; mais son esprit demeure

* Lettres nouvelles, 3 janvier 1824, p. 78. - ViLi.ARD, Cor. in., p. 134.

•' Œuvres, viii, p. 217.

* Annales de philosophie chrétienne, 1^44, p. 408. '' Ledos, Lacordaire, p. 23.

*' Introduction aux Conférences de Lyon, p. x et xi.

rebelle à Timpulsion de l'exemple. Aucune lumière ne lui vient de ce côté i.

On en peut dire autant de sa liaison avec l'abbé Gerbet, correspondant de la Société d'Études de Dijon -, élevé plus tard aux honneurs de l'épiscopat et auquel M. Riambourg avait cru bon de le présenter. Henri Lacordaire a l'occasion de dîner avec lui, il discute avec lui et il finit par être très lié avec le prêtre distingué, dans lequel il voit un excellent homme, très ouvert, ayant un vrai talent comme aussi beaucoup d'instruction ^. Mais ces relations agréables, quoi qu'en disent Maffre et Scherer ^, demeurèrent frappées de stérilité; elles firent connaître « l'onction évangélique du prêtre », elles établirent des liens d'amitié que le temps n'a pas rompues, mais elles ne portèrent nullement le jeune avocat à étudier la religion ''.

Ainsi, il est abandonné à lui-même comme au jour de son arrivée dans la capitale. Seul, « étranger à tout parti », sans flot pour le porter, sans lumière pour éclairer son esprit, sans amitié pour le soutenir, « sans foyer domestique » pour lui donner « le matin la perspective des joies du soir », Henri Lacordaire commence à souffrir de son complet isolement. Il se trouve faible et « solitaire au milieu de huit cent mille hommes ^ ». Son âme aimante cherche, « dans le désert de Paris, une àme » qui consente « à devenir la sœur de la sienne ' » et personne ne répond à ses appels. Il a besoin d'une main pour le conduire, et aucun homme supérieur ne fait briller à ses yeux « l'éclair de la vérité ^ ». Il doit faire « son chemin tout seul, abordant » où il peut. « sondant les écueils », mais aussi, par bonheur, « gagnant toujours à chaque essai quelque chose '• ».

Appartenant à « cette race d'esprits faits pour la certitude,

1 Notice, p. XXIII.

■^ LoRAiN, p. 17.

3 Ibid.

"* Maffre, Lacordaire, etc., p. 23. — Edmond Scherer, Études critiques, i53.

^ Maffre, loc. cit.

^ LORAIN, p. 16.

' Ricard, Lacordaire, p. 21.

^ Notice, p. XXIV.

^ A M"" de la Tour, 17 décembre 1889, p. 55.

pour croire ou tout au moins pour conclure, de ces esprits droits, fermes et décidés qui tendent au résultat », Henri Lacordaire est « occupé, en apparence, à rédiger des mémoires et à compulser des dossiers »; mais il vit plus encore « dans l'orage de Fesprit ^ ». Son incrédulité ne présente plus une surface tranquille. Il compose un écrit sur le néant et le fait lire à ses amis. S'il faut les croire, « jamais on ne donna une expression plus poignante à ces angoisses de l'àme qui se débat » entre l'incroyance et la foi. Dans ces sombres épanchements d'une âme désespérée, il y avait, à la fois « quelque chose de Pascal et de Byron - ».

Il y avait surtout du René ; car, il est incontestable que Chateaubriand a exercé une grande influence sur Lacordaire.

D'abord, il a lu les Martyres daiîs sa « première jeunesse '^ » et les impressions profondes, causées par cette lecture, ne se perdent point. Quelques années plus tard, il rappelle à Ladey l'épisode des « deux jeunes gens qui, fatigués du monde, dont « ils avaient épuisé les plaisirs, se rencontrèrent un jour dans « la plaine de Rome, sur le tombeau de Scipion, et là, s'entre- « tenant des vanités humaines, devinrent peu à peu chrétiens « et se donnèrent tout entiers à une religion que toutes les « âmes élevées comprennent et qui accueille tous les grands « ennuis et les grandes infortunes ^ ».

Ailleurs, il rappelle l'unique regret de « Cymodocée prête à être baptisée par saint Jérôme dans les eaux du Jourdain », le commentaire ajouté par le « brillant écrivain » et la belle métaphore des « deux lyres suspendues à la même branche » et qui mêlent « ensemble, au souffle du vent, les accords du mode d'Eolie et du mode Dorien •'• ».

Il serait aisé de multiplier les exemples. Henri Lacordaire cite volontiers Chateaubriand, dont il a, dit-il, « bonne' mémoire '• », et qui restera toujours son auteur français de

' Sainte-Belve, Causeries^ I, p. 177.

- Annales de philosophie chrétienne, 1844, p. 408-409. ^ Œuvres, ix, p. 290.

•• Lettres nouvelles, p. 160.

" Id., p. 166-167.

^ Id., p. i36. — Cf. lettre à Foisset, 24 avril 1825 et 25 avril 1826,. p. 65 et I 12.

prédilection K Dans sa correspondance et dans ses autres œuvres, il parle sans cesse avec admiration de celui qui est pour la génération actuelle, avec O'Connel, Ozanam et Tocqueville, un « père » et un « conducteur » d'hommes. A ses yeux, Chateaubriand restera « le J.-J. Rousseau du Christianisme, le poète mélancolique dans une prose, dont il eut le premier secret »; le devin qui « frappa au cœur de sa génération comme un pèlerin revenu des temps d'Homère et des forêts inexplorées du Nouveau Monde - ». Ce grand homme a exercé, en effet, un prestige à nul autre pareil. Au commencement du siècle, «. aucune voix populaire » ne s'élevait « dans la tempête » en faveur du Christ délaissé ; les écrivains et les orateurs de l'Eglise marchaient tous, « bannière déployée, dans le sens contraire à « celui qui emportait la nation. La voix du comte de Bonald, « du comte de Maistre, de l'abbé de Lamennais ne parvenait « à la foule que comme l'écho perdu d'un passé sans retour. «C'était la plainte de Cassandre sur les ruines de Troie... Un « seul homme, le vicomte de Chateaubriand avait conservé, « malgré sa foi de royaliste et de chrétien, un immuable ascen- « dant sur l'opinion... : sorte de lépreux haï des siens, et por- « tant au front le Génie du chi^istianisme comme une cicatrice « immortelle, qui ne parlait que pour lui

Curieux d'éprouver, à la fin de sa vie, l'impression qu'il en ressentirait, Lacordaire reviendra à la lecture des Martyrs. Jadis « les échos de cette poésie » l'avaient transporté. Allait-il s'émouvoir encore ? « A peine eut-il ouvert le livre » et laissé son âme cueillir une à une les impressions éveillées par le texte, que « les larmes » lui « vinrent aux yeux avec une abondance » extraordinaire. Alors, rappelant ses souvenirs sous le charme de cette émotion, il constata que loin d'avoir perdu de sa « tendresse littéraire, elle avait gagné en profondeur et en vivacité ». Lors de la première lecture, les Martyrs n'avaient parlé qu'à son « imagination » et à son « goût de jeune homme » ; maintenant, ils trouvaient dans sa foi un second abîme ouvert à côté de « l'autre et c'était le mélange de deux

^ A M"" Swetchine, 8 septembre i836, p. 72; 16 juin 1844. p. 878; 3i mars 1854. P- ^22. — Œuvres, vu. p. 201-202.

2 Œuvres, viii, p. 354.

mondes, le divin et l'humain, qui, tombant à la fois » dans son « âme. l'avaient saisie sous l'étreinte d'une double élo- « quence, celle de l'homme et celle de Dieu. Aucun écrivain, « avant M. de Chateaubriand, n'avait eu cet art au même

« degré Il se remuait tout vivant dans la magie de son

« style, et jamais le christianisme n'avait eu pour prophète « une âme, où le monde eût tant d'éclat et Jésus-Christ, tant

« de grandeur Dieu nous l'avait donné aux confins de deux

« siècles, Tun corrompu par l'infidélité, l'autre qui devait essayer « de se reprendre aux choses divines, et sa muse avait reçu le « même jour, pour mieux nous charmer, la langue d'Orphée « et celle de David ^ ».

Ces éloges indiquent évidemment un admirateur enthousiaste. Lacordaire a lu Chateaubriand dans sa « première jeunesse - » ; cet aveu mérite d'être retenu : il va nous aider à expliquer les voies mystérieuses, par lesquelles Dieu a voulu le faire passer pour éclairer son esprit et guérir son cœur.

Vers 1822, Henri Lacordaire est donc comparable à René, mais à un René qui devient peu à peu chrétien sous l'influence de deux principaux facteurs.

Comme chez Chateaubriand, mais plus lente et moins soudaine, il y a d'abord l'action du cœur et de la sensibilité. Pendant son stage, Henri Lacordaire éprouve du malaise et du désenchantement; il est agité d'une secrète inquiétude. Il se trouve « faible, découragé, solitaire » ; il n'éprouve plus « de plaisir à regarder ces fêtes publiques, dont le soleil est toujours membre obligé, depuis le flatteur distique de Virgile, nocte pluit iota »... Une tristesse progressive remue « en silence le fond de son àme que rien du monde » ne peut remplir. Sa « pensée est plus vieille qu'on ne croit » et il sent « ses rides à travers les fleurs dont son imagination » la couvre. Il a « peu d'attachement pour l'existence »; il est « rassasié de tout sans avoir rien connu ''' ».

Arrivé à Paris plein de vigueur et d'enthousiasme, il avait nourri la légitime ambition de faire épanouir son talent : il

^ Œuvres, ix, p. 291-292.

- Ici., p. 290.

3 LORAIN, p. 16.

s'était abandonné à son rêve d'indépendance et de « vie sans limites sur un sol sans possesseur, il avait interrogé Chactas » dans son àme oppressée et la réalité n'avait pas répondu à ses espoirs i. Les honneurs, la richesse et la gloire ne sont « qu'une espèce de fumée », « une sorte de mirage qui frappe les yeux », mais qui ne « cache rien de rien, si ce n'est un précipice ». — Il ne faut qu'un « jour à une âme élevée pour dévorer le « monde. Alors, elle s'indigne contre cette création immense, « où elle est à l'étroit. Elle va sans cesse de l'instant de sa vie « à l'instant de sa mort et se trouve pressée entre ces deux « grands mystères sans rien trouver dans l'intervalle qu'une «vaine représentation, qui l'amuse quelquefois, qui l'attire « souvent et qui lui pèse toujours par un sentiment invincible « de son inutilité - ».

Ainsi dévoré du même mal que René, Henri Lacordaire subit une lente transformation. « Il s'éloigne des réalités de la vie comme d'une prison où son cœur étouffe »: il commence à lever son regard par-dessus les choses de la création ; sa mélancolie prend « un caractère religieux ». L'infini se remue dans son cœur. Un ami le surprend un jour dans une église, à genoux, caché « derrière un pilier », immobile, « absorbé dans une profonde méditation -^ ». L'ne autre fois, dans sa petite chambre, il est assis à son bureau, l'évangile de saint Mathieu devant lui; la lecture du saint livre l'émeut profondément; il se met à pleurer. La transformation touche à son terme. Bientôt Lacordaire pourra dire, à l'exemple de Chateaubriand dans la préface du Génie du chrisîiajiisme : « J'ai pleuré, j'ai cru. » A l'heure présente, il ne tient pas encore ce langage; mais peu de temps après, dans une de ses lettres, il laissera échapper, avec une variante dans l'expression, un aveu semblable : « Quand on pleure, on croit bientôt ^. »

Le deuxième facteur est la nature spéciale du travail qui s'opère dans l'esprit de Lacordaire sous l'influence de ses méditations et de ses réflexions personnelles.

^ Œuvres, iv, p. 42g et s.

^ Lettres nouvelles^ p. 140, 20 août 1825.

^ RÉGNIER, Souvenirs, etc.^ p. i3.

* Lettres nouvelles, p. 96, 22 mai 1824.

On peut ahoLftir au christianisme par divers chemins. On peut employer la méthode historique et se demander si la révélation chrétienne est bien un fait garanti par des témoignages qu'il faut admettre. On peut aussi, comme Pascal, étudier la nature humaine, ses aspirations légitimes et ses mauvais instincts : puis, on demande au christianisme une explication rationnelle, un secours particulier pour dominer les uns et le moyen capable de satisfaire les autres. Il y a, enfin, l'apologétique qui a son point de départ dans ce noble goût du beau, rencontré à l'état plus ou moins réfléchi au fond de toutes les âmes et que la religion, avec ses sublimes enseignements, est seule en mesure de pouvoir combler.

Ce troisième procédé est cher aux poètes et aux artistes. Il a tenté Chateaubriand et nous en voyons l'application dans le Géju'e du c/iristia?iis?ne. La démonstration n'est pas très rigoureuse, sa force est contestée de nos jours; elle revient à dire que le christianisme est vrai, d'origine divine, parce qu'il est beau, aimable, esthétique ; elle présente du moins l'avantage de conduire à la seconde méthode, puisque le bien est le beau moral, le beau de l'àme, plus noble en soi et plus démonstratif que celui de l'ordre physique. Aussi, dans le Génie du christianisme, Chateaubriand n'est pas resté dans le domaine des considérations poétiques ; il n'a pas été amené à considérer l'extérieur de la religion par le seul côté de la beauté artistique, il a aussi admiré les services rendus par le dogme chrétien, la vertu moralisatrice des préceptes de l'Evangile et la force communiquée à l'âme faible par les sacrements. Sans doute, son défaut de culture théologique ne lui a pas permis de mener cette dernière considération avec toute la compétence qu'il aurait fallu y apporter. Tout le monde le reconnaît. Il a eu cependant la gloire d'observer le premier dans son siècle et de signaler à ses contemporains les bienfaits du christianisme dans l'ordre moral et social.

Or, sous ces deux derniers aspects, il y a, entre Chateaubriand et Lacordaire certaines ressemblances qui portent à affirmer l'influence du premier dans la formation du second.

Notons seulement les principales.

Chateaubriand n'a pas été une cause prochaine de la conversion de Lacordaire. La lecture, qu'il a faite dans sa première

jeunesse du Génie du christianisme, n'a pas eu d'effet immédiat. Le changement a été plutôt lent, progressif i; il a commencé à Dijon dans les conversations religieuses, tenues avec Foisset et dans l'intimité. Quand il fut arrivé à Paris, ces entretiens lui revenaient à l'esprit et il se reprenait dans la longue solitude de ses soirées « à ces questions qui ont exercé les plus grandes intelligences; il les méditait assidûment dans le secret de sa conscience et sans qu'il s'en ouvrît à personne ; c'est en ce sens qu'il a pu dire qu'aucun homme vivant n'avait pris part à sa conversion - ».

On en peut dire autant de ses lectures passées, faites au Ivcée et à l'École de droit. Stagiaire, il revient aux souvenirs gravés dans sa mémoire par les auteurs favoris d'autrefois; il les revit et en pensant aux belles pages des Martyrs et du Génie du christianisme, son àme considère la beauté de l'expression et pèse la valeur des principes et des idées. Par ce travail d'intelligence, son cœur est gagné peu à peu aux enseignements d'une religion, où il découvre tous les jours de nouvelles beautés, insoupçonnées autrefois. Il avance ainsi, au hasard, le bandeau sur les yeux, sans se rendre compte du terme de sa course ; mais, à mesure qu'il marche, le voile se desserre et laisse pénétrer tous les jours un peu plus de lumière ^.

Ce travail lent ne se fait pas sous l'action immédiate d'une cause étrangère; il est plutôt l'effet d'une impression avivée, qui sommeillait au fond de son cœur. Le concours personnel reste tout entier et Lacordaire pourra dire qu'à Paris, il n'a pas lu d'ouvrages propres à former sa conviction et qu'il a trouvé la foi dans son àme, « plus comme un souvenir que comme un don nouveau, plus comme une conséquence de

* Montalembert, et après lui, le prince de Broglie ont dit le contraire. Selon ces deux écrivains, « un coup subit et secret de la grâce » ouvrit à Lacordaire « les yeux sur le néant de l'irréligion. En un jour, il devint chrétien ». (Montalembert, Le Père Lacordaire, — cf. de Broglie, Discours de réception à l'Académie, p. 7.) Cette opinion n'est pas fondée. Pour s'en convaincre, il sufifit de lire, dans les lettres à Foisset et à Lorain, les considérations auxquelles sb livre Lacordaire et qui révèlent une évolution lente et progressive. Cf. Villard, Cor. in., p. 478-483. — Lettres nouvelles, p. 89 et 95. — Notice, p. xxiv. — Lorain, p. 19, etc.

^ Foisset, Vie, 1, p. bj.

^ Cf. Lettres à des jeunes gens, p. 58-59.

principes antérieur*ement acquis que comme une création nouvelle de sa pensée ^ ».

Ce qui fait croire qu'il en a été ainsi, c'est la nature des causes logiques qui l'ont ramené à la foi de son enfance.

Comme Chateaubriand, Henri Lacordaire n'est pas impressionné, dans sa recherche de la vérité, par l'ensemble des faits miraculeux, que rapporte l'histoire du christianisme. Il le confesse clairement dans une lettre où, un peu plus tard, il relate certains prodiges dus aux prières du prince de Hohenlohe -.

Le temps n'est pas encore bien éloigné, dil-11 •'. où ces faits n'auraient produit aucune impression sur mon esprit, lors même que je ne les eusse pas révoqués en doute. Et cependant je n'aurais pas cessé d'être de bonne foi. C'est une chose à laquelle j'ai déjà réfléchi plusieurs fois, que l'aveuglement des incrédules et je le regarde comme l'un des mystères les plus profonds du coeur humain. Ils ne demandent qu'à voir pour devenir croyants: ils disent comme les pharisiens : Nous n'eussions pas mis à mort les prophètes; et quand ils voient, ils ne croient pas... Oui, je suis sûr que les miracles, dont je vous entretiens, ne m'eussent pas frappé il y a deux ans: je ne puis concevoir ce que j'ai moi-même éprouvé. Il y a là un repli de l'àme qui m'échappe.

Peu frappé des faits miraculeux, qui ont lieu dans le christianisme, Lacordaire tourne ses regards dans une autre direction. A l'exemple de Chateaubriand, il (Considère le monde moral et, par l'examen des choses, il acquiert la conviction que, dans tout corps social, il est absolument nécessaire de posséder « l'ordre, la justice et la liberté ». Ces idées sont ses « premières conquêtes ». Il voit le christianisme mettre dans les institutions « un esprit de douceur et d'harmonie inconnu à l'antiquité ». La religion a fait l'Europe moderne.

L'Église a parlé de raison et de liberté, quand ces droits imprescriptibles du genre humain étaient menacés d'un naufrage commun : elle a recommandé la foi et l'obéissance, lorsqu'elle a vu la licence de l'esprit et des mœurs jeter les premiers fondements d'une révolution

^ Lettres nouvelles, 22 mai 1824, p. gS-gô. — Cf. Notice, p. xxiii. — Chocarne, Lacordaire, I, p. 53 et s.

- Au sujet de la nature de ces faits, consulter l'ouvrage très fourni de documents Miracles et merveilles au XlXme siècle, par Arthur Loth, ancien rédacteur à l'Univers, Lille-Paris, Desclée, iBgS.

3 Lettre à Foisset, 28 juin 1824, p. 42.

qui devait tuer la liberté par l'anarchie, et la raison par les autels qu'on lui dresserait. Admirable sagesse, qui sait se proportionner à tous les besoins de la civilisation ; qui tantôt presse et tantôt retarde la marche des siècles pour les amener... à ce milieu sage, où se trouvent la paix et la vérité, et dont les choses humaines s'écartent sans cesse par un tlux et un reflux inévitables ! Puissance merveilleuse dans la variété de son action et dans l'immobilité de sa force et de sa conscience, qui arrache les peuples à la tyrannie par la liberté, à l'anarchie par le pouvoir et qui, des deux extrémités opposées, les conduit au même point '.

A CCS premières conquêtes d'autres vont bientôt s'ajouter. Des généralités sociales, l'esprit de Lacordaire descend vers les importantes questions qui se rapportent plus immédiatement à l'individu et « qui tôt ou tard fixent l'attention des hommes capables de les comprendre et de les discuter ». Il se demande quelles sont les origines et quelle est la destinée de l'homme. Seules, « des têtes bien faibles » peuvent s'abandonner au torrent de la vie « sans se demander une seule fois où cela mène, sans être étonnées de ce qu'elles sont - ».

Il constate, de même, qu'il y a dans le cœur humain « un vide que rien ne peut remplir, si ce n'est la vérité ». La vérité est nécessaire. Mais où la trouver? « Hélas! les hommes poursuivent depuis longtemps ce fantôme qui leur échappe toujours; les plus beaux génies de chaque siècle se sont dévoués, presque sans fruit, à cette glorieuse investigation, et c'est à peine s'ils nous ont transmis, comme un héritage certain, l'existence de Dieu, la loi naturelle et l'im.mortalité de l'âme ■'■• ». La vérité ne se trouve pas dans la philosophie qui est « un sujet éternel de disputes » et « dont l'empire sur les mœurs est presque nul ^ ». Elle est ailleurs. Nécessaire à tous les hommes, dans tous les temps et dans tous les lieux, elle ne doit pas être le privilège d'un homme : elle doit se trouver dans un corps qui ne meurt pas avec les membres, mais qui subsiste à travers les siècles pour le bien de l'humanité.

Arrivé à cette conclusion, Lacordaire est ramené à des

1 Lettrées a des jeunes gens, p. 63 et s., i825.

■-' Lettres nouvelles, 27 mai 1825, p. i3i. — Cf. Lettres à des jeunes gens. p. 66-68, même date.

^ Lettres nouvelles, p. 182 et s., même date. * Id., p. i33.

considérations d'ordre social. Il examine la question de « l'évidence historique » du christianisme et bientôt cette vérité lui apparaît d'une façon suffisamment claire pour éclaircir les doutes « respires avec l'air de l'Université ^ ».

Avec Voltaire et Rousseau, on avait pensé qu'il y a incompatibilité absolue entre l'Église et les exigences de la société moderne. Sur ces entrefaites, Chateaubriand publie son Génie du christianisme, où il fait voir que rompre avec la religion chrétienne, c'est renoncer au culte du beau et qu'au point de vue social, c'est retourner à la barbarie. En dehors de l'idée religieuse, la société n'a pas de loi primordiale capable de servir d'assise à une sage législation. La pensée chrétienne est « l'avenir du monde »: par la stabilité de ses dogmes, elle communique de la solidité aux ^institutions sociales et par sa facilité d'assimilation, elle préside à leurs destinées temporelles. Quand le christianisme « aura atteint son plus haut point, les ténèbres achèveront de s'éclaircir ; la liberté crucifiée sur le Calvaire avec le Messie en descendra avec lui ; elle remettra aux nations ce Nouveau Testament écrit en leur faveur et jusqu'ici entravé dans ses clauses - ».

Cette conviction de l'auteur du Génie du christianisjne a fait l'objet des méditations d'Henri Lacordaire. Après un solide et sérieux examen, elle est devenue sienne. Le jeune avocat y a même trouvé ce qu'il appelle « les causes logiques de sa conversion ». Le bien ne peut provenir que de la vérité; l'erreur n'enfante que le vice et le mal, elle est incapable de produire la vertu la plus modeste et d'inspirer le moindre dévoûment. Si donc le christianisme a été bienfaisant à l'égard de l'humanité, c'est qu'il enseigne la vérité; son dogme et sa morale sont vrais: on n'y trouve point, comme dans les autres doctrines religieuses, les scories de la superstition et de l'hérésie. Peu à peu, Henri Lacordaire se convainc de la supériorité de la religion chrétienne sur toutes les autres. Il arrive « aux croyances religieuses » surtout par ses « croyances sociales ». Rien ne lui « paraît mieux démontré que cette conséquence :

^ Œuvres, t. VII, p. i23.

'^ Chateaubriand, Mémoires d'Outré-Tombe, t. II, cités par Chocarne, loc. cit., I, p. 58-59.

la société est nécessaire, donc la religion chrétienne est divine; car elle est le moyen d'amener la société à sa perfection, en prenant l'homme avec toutes ses faiblesses et l'ordre social avec toutes ses conditions ^ ».

Nous ignorons si Lacordaire s'est borné à l'examen de ces preuves. D'autres encore ont pu se présenter à son esprit dans les méditations, auxquelles il s'est livré vers i823 et 1824. Toutefois, celles que nous venons d'exposer sont les principales. Il en reste tout pénétré et elles présentent « en embryon, le plan des conférences de Notre-Dame ». L'avocat « se convertit par l'idée qui, bientôt, vêtue de sa parole magique, va enchaîner au pied de sa chaire tout ce qui alors comptait dans le pays - ».

Jusque-là, dans les siècles précédents, le prédicateur s'adressait exclusivement à l'individu. <^ La vie sociale, confondue avec la vie politique, était fermée à l'empire de la loi évangélique. » Cette théorie trouva une première réfutation dans le Génie du christia?iisme, où Chateaubriand énumère les services sociaux rendus par la religion de Jésus-Christ. Le rôle modérateur de l'Eglise va trouver un second défenseur. Persuadé de l'esprit bienfaisant du christianisme, Henri Lacordaire verra dans cette pensée féconde une nouvelle source d'inspiration pour l'orateur chrétien et pour les auditeurs de Notre-Dame, de nouveaux motifs de foi. Au milieu des théories sociales, qui s'agitent de tous côtés autour de lui, il sentira l'impuissance d'un enseignement, où l'on se borne à exposer les devoirs de la vie domestique: il comprendra la nécessité qu'il y a de faire voir l'inanité des sectes politiques — saint-simoniens, phalanstériens, fouriéristes et socialistes — écloses en dehors de l'application des principes chrétiens et il voudra faire pénétrer la

' LoBAiN (p. 18) citant une lettre de Lacordaire.

Dans ses Causeries du lundi (t. I, p. 178), Sainte-Beuve a essayé de donner à cet argument toute sa force syliogistique. L'expression en est curieuse, bien qu'elle prête à de graves objections. Dans le Monde du 28 août i863, Dumont est encore beaucoup moins précis et plus infidèle. Il attribue la conversion de Lacordaire au « sentiment de la dignité humaine dans la foi de l'Église; car plus on se soumet à cette foi divine, plus on éprouve... que son joug est doux et léger ». Au fond, celui qui a le mieux saisi la pensée du corrverti et le mieux fait ressortir la puissance de cette preuve, c'est le confident ami de Lacordaire, M. Théophile Foisset. On en trouve l'énoncé dans la Vie du P. Lacordaire, t. I, p. 59, en note.

■^ Ricard, Lacordaire, p. 27.

religion dans l'élaboration des lois, les décrets des gouvernements et l£s mœurs de la société civile.

De là, cette apologétique nouvelle, où Lacordaire s'efforce d'établir que si l'individu vit difficilement en dehors de l'observation de la loi chrétienne, un peuple s'en passe encore plus difficilement; que si l'individu, dans ses misères et dans ses douleurs, a besoin des secours de la religion, la société, cette vaste communauté de faiblesses et de souffrances, en a encore plus besoin. Dans les thèmes qu'il traite, le côté social a toujours la prééminence. Il met en regard « l'Kvangile et la société » : il fait voir comment le christianisme moralise les collectivités : sans lui, « la famille se désunit, la liberté devient licence » et « l'autorité despotisme » : sans lui pas d'esprit d'humilité pour réprimer les fureurs de l'orgueil, pas de chasteté pour réfréner les instincts aveugles, pas de charité, enfin, pour inspirer les dévoùments, où l'homme vient au secours de l'homme et sacrifie son avantage individuel au bien général du pays.

Ce caractère de la prédication de Lacordaire fait naturellement songer à certains chapitres du Gétiie du chi'istianisme, où domine la même pensée. Chateaubriand, lui aussi, fait ressortir les bienfaits dont le christianisme a doté la société humaine. Il montre l'utilité sociale de la croyance en un Dieu juste qui punit les criminels, le caractère élevé de la personne de Jésus- Christ, modèle de toutes les vertus ; la bienfaisance du sacerdoce, qui semble avoir été accordé à la terre « pour soulager les misérables »; ladmirable charité des Ordres religieux, qui pratiquent l'hospitalité; le dévoùment des missionnaires, qui civilisent les sauvages: le bonheur enfin, dont jouit une république, qui sait s'inspirer des principes de la religion chrétienne ^. Tous ces bienfaits, et beaucoup d'autres, sont relevés avec une

^ Cf. les chapitres suivants : danger et inutilité de l'athéisme, t. I, p. i63; du dimanche. II. p. 77; de Jésus-Christ et de sa vie, p. ii5 et s.; Clergé séculier, hiérarchie, p. 121 et s.; des constitutions monastiques, p. 184 et s.: tableau des mœurs et de la vie religieuse, moines, coptes, maronites, etc.. p. i38 à 147: missions du Levant, p. i53 à 167; république chrétienne, bonheur des Indiens, p. 167 et s. ; services rendus à la société par le clergé et la religion chrétienne en générai, livre qui comprend une dizaine de chapitres; enfin, le chapitre XIII et dernier, quel serait aujourd'hui l'état de la société, si le christianisme n'eût point paru sur la terre, conjectures et conclusions, p. 262 et s. (édition Didot, 2 vol. in- 12, 1874.1

visible complaisance dans la dernière partie du Génie, comme ils attirent également le regard de Lacordaire, qui est emporté par le même courant.

Le but qu'avaient ces deux hommes « est identique et leurs procédés sont analogues ». Lacordaire a utilisé le livre du maître et dans la sphère de son activité propre, il lui a donné « son maximum de développement i ». Il a fait dans la prédication ce que Chateaubriand avait déjà réalisé dans la littérature -.

Au point de vue de la forme, Tinfluence de Chateaubriand n'est pas moins grande.

Nous en avons une preuve dans les sympathies, que l'écrivain et l'orateur s'accordent l'un à l'autre.

L'auteur des Maî^tyrs admire naïvement la Vie de saint Dominique. Après l'avoir lue, il en parle à M'^^^ Swetchine avec un tel ravissement, qu'il répète plusieurs fois à son interlocutrice « que personne n'était en état d'écrire les pages qu'il y admirait davantage ». « Ce n'est pas seulement, ajoutait-il, un talent hors ligne, c'est un talent unique; c'est immense comme beauté, comme éclat, je ne sais pas un plus beau style ». Une pareille perfection dans la forme doit coûter un « travail prodigieux ». Et M'"^ Swetchine de répondre timidement « afin de ne faire trop trancher la hbre effusion » de la pensée de son ami avec le « laborieux enfantement » de celle de Chateaubriand ^.

Cet éloge fait d'enthousiasme est significatif; il laisse percer la louange intéressée du maître, qui reconnaît et loue ses qualités dans celles du disciple.

De son côté, Lacordaire est reconnaissant de ces bienveillantes appréciations. Hôte, en i835, de Chateaubriand, il entendra, à Dieppe, dans les réunions de quelques intimes, la lecture de différents fragments des Mémoires ci Outre-Tombe et il émettra un jugement très favorable. « Son style, écrira-t-il à M"^e Swetchine, est toujours le même ; il est roi de l'expression ^ ».

^ Annales dominicaines, avril 1904, p. 162.

- LoRAiN, p. 71. — Beslay, Lacordaire, p. 18.

3 M"' Swetchine à Lacordaire, i3 décembre 1842, p. 33o. — Cf. Foisset, Vie, II, 3i. — LoRAiN, p. 53. — Chocarne, Lacordaire, I, 259, 320. — D'Haus- SONVILLE, Lacordaire, p. 119.

■' A M"" Swetchine. 17 et 27 juillet i835, p. 38 et s.

Dans cette affirmation, il y a un aveu, où nous est révélé l'idéal littéraire, que le jeune homme cherche à réaliser. Son ambition est d'avoir une forme pareille à celle de Chateaubriand et par certains côtés, il faut reconnaître que ses eff"orts n'ont pas complètement échoué : l'art du disciple rappelle un peu le génie du maître.

D'abord, il lui a ressemblé par l'espèce particulière de romantisme, qu'il cultive dans ses œuvres. Il est entendu que Lacordaire ne doit pas être rangé « dans le bataillon des romantiques » qui fréquentent chez V. Hugo. Son goût n'allait pas aux exagérations de la nouvelle école ; par une singularité digne d'être remarquée, « cet esprit qui s'ouvrait si volontiers aux idées de son siècle et dont le regard était toujours tourné vers l'avenir », était fermé à la littérature de son temps ^. Il professait qu'il ne faut pas se ^ laisser séduire aux écrits modernes. Presque tous sont infectés d'orgueil, de sensualisme, de doutes, de prophéties qui n'ont d'autre valeur que l'audace des poètes qui se les permettent ». Etudions « les «. anciens. Les païens eux-mêmes, tels que Platon, Plutarque, « Cicéron et beaucoup d'autres, sont mille fois préférables à la «plupart de nos écrivains modernes; c'étaient des gens reli- « gieux, pénétrés de respect pour la tradition, et n'attendant la « perfection de l'homme que de sa communication habituelle « avec la divinité... Les autres sont ennemis plus ou moins « découverts de Jésus- Christ et de l'œuvre sublime, qui a « répandu sur la terre l'esprit de pénitence et d'humilité 2 ».

Cette défiance atteignait la plus grande partie des œuvres contemporaines. Lacordaire paraît ignorer le poète des Feuilles d'automne : il a peu lu les Méditations de Lamartine et il semble n'avoir jamais jeté le moindre coup d'œil sur les Nuits d'Alfred de Musset. « Toutes ses citations poétiques » sont tirées de « Voltaire, dont le théâtre paraît lui inspirer une admiration vraiment excessive '^ ». Mais s'il fait peu de concession à la littérature contemporaine, c'est pour prendre sa revanche dans la svmpathie, qu'il ressent pour les rares élus

^ D'Haussonville, Lacordaire^ p. 143.

'^ Lettres à des jeunes gens, 10 janvier 1837, p. 81.

^ D'Haussonville, loc. cit. — Cf. Foisset, Vie, II, p. 55o.

de son choix. Parmi ceux-là, Chateaubriand tient la première place. Réfractaire au romantisme des Orieiitales, Lacordaire est très favorable à celui des Martyrs.

On sait en quoi consiste la théorie. Elle peut être définie, à certains égards, « l'invasion du moi dans la littérature ». Lacordaire accepte la nouvelle doctrine énoncée en ces termes et il la met en pratique. Il n'a pas, il est vrai, « le mauvais goût de se mettre lui-même en scène et de prendre ses auditeurs pour confidents comme les poètes lyriques prenaient pour confidents leurs lecteurs »; tout ce qu'il se permet, c'est une allusion aux troubles, par lesquels il a passé, aux tentations qu'il a pu connaître. Mais alors ce qu'il aime à exposer, c'est le moi humain, avec ses saines aspirations, avec ses faiblesses et ses déchéances, la vie de la génération, à laquelle il appartient et dont il comprend les espérances, les inquiétudes, et les passions. Sa voix était un écho et cet écho renvoyait à chacun les paroles qu'il « s'était adressées à lui-même dans le secret de son cœur ^ ».

A l'exemple de Chateaubriand, Lacordaire est ensuite romantique par le lyrisme, qu'il a introduit dans son style. Personne n'en disconvient. Ses adversaires ont même dit qu'il est un « oiseau mélodieux, que tout bruit fait chanter - ». Cela est vrai, si l'on ajoute qu'à la hauteur « où il se place, il entend quelque chose des célestes concerts, qui se donnent au-dessus de cette vie -^ ».

On s'est encore contenté de l'appeler un « poète » toujours prêt à tendre les cordes de sa Ivre ^. Mais la dénomination n'est pas injurieuse; c'est plutôt un hommage rendu à sa virtuosité. Elle montre que Lacordaire a su se plier aux exigences littéraires de son temps. On voulait du lyrisme et l'orateur a satisfait à cette condition. Par son imagination créatrice, il a fait voir qu'il savait exprimer sa pensée en des images, qui la rendaient vivante ■'. Étincelant dans le tableau, son style a semé, dans les phrases et les périodes, des « mots qui brillent

^ D'Halsson VILLE, Lacordaire, p. 144 et s.

2 Galerie des contemporains illustres, p. 70.

^ Charles Sainte-Foi.

^ LoRAiN, p. 75.

^ ViLLARD, Cor. in., p. 88.

comme des émeraucles ^ ». Il a un peu tous les tons et tous les genres de coloris, dont Chateaubriand a donné le magnifique exemple -.

Comme son maître, il sait trouver le détail caractéristique; il a « l'art de grouper et d'encadrer une scène qui redouble la vivacité de la peinture en la distribuant et en la limitant ». Ses comparaisons sont neuves et originales ; elles « sont des tours de pensée au lieu de n'être que des procédés de style ». Il est porté « à rapprocher d'un état de l'âme un objet matériel qui devient ainsi un symbole ». Il possède aussi le nombre. Il a « le don de présenter la pensée, même quand elle n'est point « pittoresque et n'a aucune harmonie de la nature à exprimer « sous une forme pleine, sonore, pondérée, et où l'oreille trouve, « avant l'esprit, et une excitation et un plaisir. C'est l'harmonie « de la pensée elle-même, de la pensée qui se développe et se « déroule avec la grâce facile et la démarche rythmique des « êtres heureusement nés et bien faits •' ».

Ainsi, sous le rapport du style, Lacordaire a subi l'influence poétique de Chateaubriand. Il admire la prose fleurie du maître, comme il en adopte les tendances et les idées. Le Génie du christianisfue n'a pas été étranger à sa conversion ; cette œuvre a contribué pour une certaine part à lui faire voir dans l'Eglise la nacelle qui conduit au port et la colonne au pied de laquelle s'arrêtent les flots du doute :

Haec est cymba qua tuti vehimur Hoc ovile quo tecti condimur Hase columna qua firmi nitimur, Veritatis K

^ At, Apologistes français^ p. 76.

- Au sujet du romantisme et du lyrisme de Lacordaire, voir Delpech. Éloge du R. P. Lacordaire, p. 53 et s. — Foisset, Vie, II, p. 546 et s. — D'Hausson VILLE, Lacordaire, p. 142 et s. — Lorain, p. 69. 72 et s. — Lettres nouvelles, p. 117, où Lacordaire s'avoue romantique.

3 Emile Faguet, Dix-tieuvième siècle, p. 66-68 et s. — Au sujet des analogies et des différences qui existent entre Lacordaire et Chateaubriand, voir Foisset, Vie, II, p. 55i. — Mgr Touchet, Éloge de Lacordaire, p. 25.

^ Hymne citée par Ledos, Lacordaire, p. 27 et s.

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