‹ Lacordaire orateurChapitre 16 sur 30 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Dans la carrière oratoire de Bossuet, la critique distingue trois périodes différentes. Les sermons de Metz appartiennent à la première, qui est l'époque de la formation. On y trouve déjà « des traits de génie » ; mais, « il y a trop de citations plaquées, trop de raisonnements en forme, un mélange de sèche logique et de grande rhétorique ».

Quand il arrive à Paris, Bossuet entre dans la seconde période. Il devient « maître de son talent ». Son éloquence s'atténue peu à peu sans s'amoindrir ; « elle se subtilise, se fait plus délicate, plus limpide, plus dégagée d'éléments matériels, étonnante de lumière abstraite et de pureté intellectuelle ». C'est le temps des chefs-d'oeuvre.

Devenu évéque de Meaux, Bossuet entre dans la dernière période de sa prédication. Désormais, il n'a plus à s'adresser à des grands du monde ; il prêche « à des humbles d'esprit et de fortune » ; « il fait taire sa science et laisse couler de son cœur des homélies familières, exquises et efficaces dans leur petitesse volontaire ^ ».

Ces différentes considérations peuvent être appliquées, presque traits pour traits, à Lacordaire. Comme chez Bossuet, on remarque dans sa carrière oratoire trois périodes distinctes.

^ G. Lanson, Histoire de la littérature française, p. 572 et s.

Il y a l'époque des débuts, qui va de 1825 à 1840. Le jeune prêtre cherche le genre, qui lui convient le mieux. Dans ses premières conférences, il y a déjà des qualités qui révèlent le talent; on y trouve surtout de la jeunesse dans la forme et l'expression des idées, de l'originalité pittoresque et de la passion sincère, de la poésie lyrique et des théories sociales, d'où l'orateur tire toute une nouvelle apologétique. Le conférencier étonne par les surprises et les élans aventureux, auxquels il s'abandonne. L'ordonnance et le plan laissent à désirer. Lacordaire n'est pas encore sûr de lui-même, il flotte et tâtonne, au point de vue de l'art, comme sous le rapport des vérités qu'il doit enseigner.

A la fin de 1840, Lacordaire a terminé ses études de théologie scolastique. Dans son séjour à Rome, il a acquis de la philosophie et de la doctrine, une profondeur, une sûreté de jugement, qui donne de l'autorité à sa prédication. Il peut désormais entreprendre ses campagnes oratoires à travers la France, se présenter dans les chaires de Paris et des grandes villes de la province. C'est la deuxième, la grande période, dans laquelle on peut remarquer trois classes de discours : les conférences données à Notre-Dame de Paris ; les stations pfêchées pendant l'Avent ou le Carême en dehors de la capitale ; enfin, les discours particuliers et séparés, pour lesquels Lacordaire n'avait pas de goût, mais que cependant les circonstances lui ont fait prononcer.

Cette deuxième phase va jusqu'à i853 inclusivement. Après le coup d'État du Deux Décembre, Lacordaire s'éloigne peu à peu de la capitale, où il vient d'ailleurs de terminer le cycle de ses conférences consacrées à l'exposition du dogme. Le 10 février i853, il prononce à Saint-Roch son fameux discours sur le texte Esto vii\. qui consomme le sacrifice et à la suite duquel il dit adieu à la chaire de Notre-Dame. Un instant, il caresse le dessein de continuer à Toulouse son enseignement

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apologétique ; mais après avoir donné une première série de conférences sur la vie morale et surnaturelle, il se retire dans sa solitude de Sorèze, où il fait entendre les derniers accents de son éloquence. C'est la troisième période, celle dont les souvenirs sont plus rares.

La chronologie des œuvres oratoires de Lacordaire comprend ainsi trois parties, qu'il faut étudier séparément.

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