XVI'-X‘ SIÈCLE AVANT JÉSUS-CHRIST
Peu à peu les origines de l’Acropole s’élucident par la confrontation des données de la tradition écrite avec celles de l’archéologie Les plus anciens
(1) Ce résumé nous permet de compléter ici par de nouvelles données l’exposé antérieur de cette question dans notre Athènes, 4' édit., Paris, Laurens, 1923, pp. 72-99.
(2) Le travail le plus récent et le plus démonstratif à ce sujet est celui de Leicestbr B. Holland, Erechtheum Papers : I. The Pre-Erechtheum ;
vestiges d’installation humaine apparaissent à la période préhistorique dite « Helladique moyen II » ou « récent III » (entre 1600 et 1500 avant Jésus- Christ), c’est-à-dire précisément à l’époque où la tradition place le règne de Cécrops, fondateur de la première royauté athénienne. La surface du rocher était déjà entourée d’une enceinte d’appareil léger, épaisse de 1 mètre à 1 m. 50 ; le quartier royal occupait l’angle Nord-Est avec un palais ou « mégaron », contigu à un enclos sacré (Fig. 1). Une poterne, desservie par un chemin montant entaillé dans la paroi du rocher et défendue par deux bastions, s’ajoutait de ce côté, comme entrée secondaire, à l’entrée principale qui devait être à l’Ouest. La royauté avait un caractère théocratique, comme en Égypte et en Crète : Cécrops, ainsi que Minos, pouvait être identifié à un dieu, d’où la difficulté, pour ces temps primitifs, de distinguer la personnalité historique de la personnalité fictive des souverains légendaires. Le culte était encore tout naturiste : Cécrops semble avoir été l’hypostase d’un dieu des hauts lieux, analogue au Zeus crétois du Mont Iouktas : aussi donna-t-il son nom au rocher, appelé Cécropia. Une déesse de la nature, Pandrosos (la Toute-humide), personnifiait la Terre et était adorée sous les espèces d’un arbre sacré, l’olivier. Il faut y adjoindre sans doute aussi le culte de l’oiseau tutélaire de l’Acropole, la Chouette, adorée dans le « Glaukopion » et plus tard identifiée à Athéna. Par une décomposition usuelle de la personnalité divine, Pandrosos eut comme acolytes Hersé (la Rosée) et Aglauros ou Agraulos (la Terre arable), présentées comme ses sœurs dans une triade de filles de Cécrops. Tout ce stade mythologique de l’Acropole cécropienne n’est pas sans analogie avec celui de la Crète minoenne de la même époque.
L’ère cécropienne dura environ trois siècles. Dans le courant du xive siècle avant Jésus-Christ, c’est-àdire en pleine période mycénienne et du 3e âge du bronze, au moment où la Grèce achéenne et l’Attique se hérissaient de citadelles sur le modèle de Mycènes et de Tirynthe, l’enceinte primitive de l’Acropole fut reconstruite en blocs énormes sur une épaisseur de 3 à 5 mètres, d’après un tracé plus sinueux que le précédent. La poterne Nord-Est fut renforcée et l’entrée Ouest blindée d’un bastion massif qui commandait la droite de l’assaillant : dispositif qui porte la marque de la technique mycénienne. Le palais fut agrandi à l’instar d’un mégaron mycénien, flanqué d’une vaste cour peut-être bordée de casemates à la mode
II. The strong house of Erechtheus, dans American Journal of Archaeology, xxvm (1924), pp. 1-23 et pp. 142-169. — Cf. aussi d’intéressantes constatations dans Elderkin, Problems onpericlean buildings, ch. III ( The Erechtheum as bilt), pp. 19-48. Londres-Oxford, 1912, 8°.
de Tirynthe et d’une esplanade surélevée, avec loggias, pour servir de places de fêtes.
Cette transformation totale concorde sans nu] doute avec l’arrivée d’un peuple conquérant, précisément le clan thessalo-ionien personnifié par Xouthos, père de Ion, que la chronologie attique fait entrer à Athènes à la fin du xive siècle. De nouveaux dieux suivirent les envahisseurs. C’est à cette époque aussi que la tradition attique rapporte l’entrée en scène d’Érechthée, contemporain de Cadmos, et fondateur de la cité des Érechthéides (qui succède à celle des Cécropides) : il aurait, disait-on, adopté Xouthos pour gendre. Mais Érechthée, comme Cécrops, est un roidieu : il préside aux eaux terrestres et s’installe en cette qualité sur l’Acropole, près du tombeau de Cécrops et du Pandroseion ou enclos de l’olivier sacré. Son symbole est une petite mare ou citerne où stagnent les eaux de pluie : elle s’appellera la Mer Érechthéis.
Enfin, vers la même époque, Athéna vint, apportée par le même clan. Déesse céleste de l’orage, fille de Zeus, elle a les attributions guerrières d’une Walkyrie
En noir, sècos amphiprostyle formant l’Hécatompédon in antis : à l’Est, cella d’Athéna (A); à l’Ouest, le < mégaron de l’Ouest » avec deux chambres intérieures (C, C) et une grande salle (B). En grisé, la colonnade ou féristasis, après la transformation de l’édifice in antis en périptère.
hellénique ou d’une Pallas militaire : elle porte casque, lance, bouclier, égide et Gorgoneion (symboles des nuages et de l’éclair); elle protège la citadelle (polis) en qualité de Poliade. A ce dernier titre, elle s’adjoint l’oiseau vigilant des vieux remparts et devient Glaukâpis. Mais aussi, par un phénomène constant de transsubstantiation, elle absorbe l’antique déesse pacifique Pandrosos et s’assimile à elle, tout en se la subordonnant : elle lui enlève le patronage de l’olivier et, sous cet aspect, se transforme en déesse agraire. Sa première idole est dégrossie dans un tronc d’olivier. Comme productrice de l’huile, elle présidera, sous l’éphithète d ’Ergané (ouvrière), aux travaux des veillées féminines. L’attitude de cette déesse pacifique nous est connue : assise, coiffée d’un polos ou diadème, parée de pendants d’oreilles, de cinq colliers d’or, d’une égide, et d’un Gorgoneion en or, elle tenait une phiale de la main droite et une lance de la main gauche <'>.
Ces hôtes nouveaux devaient se faire place dans l’ancien sanctuaire, sans déloger leurs prédécesseurs. Aussi le Pandroseion-Cécropion primitif fut-il complété par un Érechtheion, puis par une cella d’Athéna Polias. Ce- remaniement avait déjà pris, dès la fin de l’époque mycénienne, une forme monumentale qui, d’après les vestiges récemment constatés, serait le prototype exact de l’Érechtheion classique. Ainsi s’explique à la lettre le vers d’Homère qui dépeint Athéna, arrivée de Marathon, s’installant dans la « forte demeure d’Érechthée ». Plus tard, vers le ixe siècle, à l’époque où
. (i) Frickenhaus, Athenische Mitteilungen. xxiii, 1908, pp. 17-32, fig 1-4 ; E. Pottier, Bulletin de correspondance hellénique , xxxii, 1908, p. 548.
Athènes déjà peuplée d’un afflux d’ioniens d’Achaïe, adorateurs de Poséidon Héliconios, devint une puissance navale, affiliée à l’amphictionie maritime de Calaurie, puis suzeraine d’Éleusis adoratrice de Poséidon, le dieu de la mer vint sur l’Acropole faire concurrence à Érechthée. Son intrusion n’alla pas sans quelque résistance. En fait, tard venu, Poséidon ne put déposséder son rival ni de sa popularité ni de sa cella. Il fut réduit à s’associer le nom d’Érechthée en qualité de Poseidon-Érechthée, à se contenter d’un simple autel dans l’Érechthéion et à s’attribuer, comme titres de propriété, trois trous du rocher voisins de la mer Érechthéis et présentés comme les marques de son coup de trident.