‹ LA̕cropole dA̕thènes, le Parthénon; (volume 2)Chapitre 6 sur 23 · VERS 560-550 AVANT JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

VERS 560-550 AVANT JÉSUS-CHRIST

On sait que la politique des tyrans, en général, s’appliquait à favoriser les cultes nouveaux et populaires au détriment des cultes aristocratiques. Pisistrate plus habile, au lieu de persécuter ceux-ci, se contenta de les rajeunir en les associant à son propre prestige. Ne devait-il pas imaginer, vers 556, de faire sa rentrée à Athènes sur un char conduit par une Athéna de parade, figurée par une belle bouquetière de banlieue? Mais il s’avisa aussi d’un procédé moins théâtral. Dès sa première prise du pouvoir en 560, il réorganisa la fête des Panathénées en panégyrie à la fois nationale et panhellénique. A cette Athéna des temps nouveaux, il fallait un temple qui ne sentît plus son moyen âge. Ainsi naquit Y Hécatompédon ou temple de 100 pieds, qui dut être commencé peu après 560. Mais

(1) Toute la série des constructions et sculptures du vi” siècle a été minutieusement étudiée par Heberdby (Altattische Porosskulptur , Vienne, 1919, in-40, avec album). Cet ouvrage, quoique d’une rédaction abrupte, précise et renouvelle nos connaissances.

Pisistrate savait qu’en matière religieuse les innovations ne doivent pas rompre trop ouvertement avec le passé. Il eut l’habileté de construire son temple dans le voisinage immédiat de l’Érechtheion archaïque et sur les ruines de l’ancien mégaron royal : celui-ci, en raison du caractère divin de la royauté primitive, restait entouré d’une vénération superstitieuse qui interdisait de le remplacer par un édifice profane <*>. Ainsi à Tirynthe et à Mycènes, des temples du vin' et du vif siècle s’étaient élevés sur les palais des Atrides. L’Hécatompédon devait donc bénéficier d’un double prestige : celui du voisinage de son aînée, la cella de l’Athéna Polias de l’Erechtheion, dont il semblait n’être qu’une filiale, et celui du souvenir sacré du mégaron royal, auquel il se substituait. Ce premier état de l’Hécatompédon se réduisait à un temple, tout en tuf, long de 32 m. 80, avec deux façades pourvues de deux colonnes in antis (Fig. 2). Il était divisé intérieurement en deux parties inégales, séparées par un mur transversal plein. Celle de l’Est, précédée du pronaos, formait un carré de 10 mètres de côté : c’était le sanctuaire ou naos. Une double rangée de trois colonnes latérales bordaient la nef centrale de deux bas-côtés. La statue de culte qui se

Fig. 3. — L’Hécatompédon in anus.

(Restauration de la façade Est, d’après Jahn-Michaélis. Celle du fronton est, pour la moitié gauche, toute fantaisiste.)

dressait au fond se distinguait sans doute, par ses attributs guerriers, de l’idole en bois d’olivier de l’Erechtheion. La partie Ouest, longue en tout de 17 mètres, se subdivisait en deux petits compartiments contigus qui communiquaient à l’Ouest avec une salle carrée, appelée par Hérodote le «mégaron de l’Ouest». On sait, par des inscriptions, que ces locaux servaient de sacristie pour le temporel de la déesse (offrandes, vêtements sacrés, trésor). Un décret de 485 prescrit aux trésoriers de les ouvrir aux visiteurs trois fois par mois.

Deux particularités distinguaient l’Hécatompédon : i° la disposition tripartite de son plan, calquée sur celle de l’enclos voisin de Pandrose-Erechthée- Athéna Polias, comme un symbole de la filiation morale des deux sanctuaires ; 20 le terme de « mégaron » conservé à la salle Ouest comme un souvenir direct de l’ancien palais. Ainsi s’affirmait sur l’Acropole une tradition architecturale, en quelque sorte rituelle, qui établira désormais un lien de parenté entre les temples successifs d’Athéna présentés comme issus de la même souche.

La décoration sculpturale en tuf polychromé, achevée vers 550, comprenait deux frontons : à l’Est, un combat d’Hercule contre le dieu marin Triton, en présence du monstre Typhon à trois corps, de chaque côté d’une figure centrale d’Athéna debout, accompagnée d’une chouette ; à l’Ouest, deux énormes serpents multicolores affrontés et déroulant leurs anneaux jusqu’aux angles, peut-être de chaque côté d’un autel ou d’un Palladion placé au centre et dont ils auraient été les gardiens : on sait qu’il y avait deux serpents sacrés entretenus comme tels dans une crypte de l’Érechtheion (Fig. 3).

(1) L’hypothèse, suggérée par Leicester B. Holland ( o . I. p. 169), que le mégaron aurait servi de demeure aux Tyrans avant et après la construction de l’Hécatompédon, soulève maintes réserves.

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