ENVIRON A 510 AVANT JÉSUS-CHRIST
A peine était-il terminé que ce temple in antis cessa de plaire, sans doute comme insuffisamment somptueux. C’était l’époque où, en Ionie, Crésus subventionnait largement à Éphèse la construction d’un immense temple diptère d’Artémis et où se bâtissait dans le même style un temple non moins fastueux à Samos en l’honneur d’Héra ; d’autre part, en Occident, une ville dorienne comme Sélinonte, sous-colonie de Mégare en Sicile, s’ornait d’un diadème de temples périptères colossaux. La comparaison était humiliante pour Athènes, et les adversaires du Tyran ne se firent sans doute pas faute de le proclamer avec ironie. Pisistrate voulut riposter par la construction dans la ville basse d’un Olympieion dorique, diptère, égal aux plus réputés: il ne fit que l’ébaucher. Mais il décida aussi, n’osant le jeter bas aussitôt après son achèvement, la transformation de l’Hécatompédon in antis en périptère, avec addition d’une colonnade en tuf et substitution du marbre au tuf dans les parties hautes de l’entablement,
(Restauration de la façade Est, d’après Jahn-Michaélis.)
telles que les cadres des frontons, la cella intérieure devant subsister sans autre modification que l’exhaussement de ses colonnes de pronaos et d’opisthodome. Le tuf devait également être conservé pour les nouveaux frontons, qui allaient devenir plus larges et plus hauts en raison de l’élargissement et de l’exhaussement imposés aux façades par l’addition de la péristasis. Ainsi fut-il fait : le fronton de la façade Ouest, en tuf, représentant un motif orientalisant (deux lions terrassant un taureau) dut être exécuté avant la mort de Pisistrate en 528 et mis le premier en place. Après 528, les fils du Tyran, sans doute stimulés par les projets de leurs rivaux politiques les Alcméonides (qui devaient obtenir en 513 l’adjudication des travaux de construction d’un nouveau temple en marbre à Delphes), résolurent d’employer le marbre pour le fronton de la façade Est : ainsi fut exécutée et placée la « Gigantomachie », dont le groupe central (Athéna terrassant Encelade), ainsi que deux figures d’angle sont conservés. Mais alors la discordance entre les deux frontons ayant paru trop anormale, on se décida à y remédier en substituant aussi le marbre au tuf sur le fronton Ouest : les reliefs de celui-ci furent soigneusement détachés et remplacés par une copie identique en marbre, dont quelques fragments nous sont parvenus. Mais cette unification toute matérielle n’atténuait guère la dissonance de style entre l’archaïsme retardataire et asianisant du fronton animalier et l’archaïsme plus nerveusement attique de la Gigantomachie (') (Fig. 4).
L’Hécatompédon périptère fut terminé entre 520 et 510, avant la chute des Pisistratides. Certes, cette
(1) Les détails de cette reconstitution sont dus aux recherches d’Heberdey (o. /., pp. 163-169), qui corrige sur ce point celles de Dôrpfeld, de Schrader et de Wiegand.
colonnade, entourée d’un brillant essaim de statues de marbre, ajoutait à l’Acropole archaïque un charme inédit ; mais, en l’espèce, l’agrandissement du temple in antis en périptère était un solécisme. Il avait dû serrer de si près le vieil Érechtheion que les deux édifices se masquaient réciproquement et contrastaient entre eux l’un par sa vétusté étriquée, l’autre par sa jeunesse débordante. L’un ou l’autre était condamné à disparaître.