LE PREMIER PARTHÉNON
(506-480 AVANT JÉSUS-CHRIST j
Pour corriger cette erreur, deux conditions s’imposaient : se libérer des liens du passé et créer le libre espace indispensable à tout temple périptère. Seul un gouvernement légal et assuré du concours moral de la Cité pouvait obtenir cet affranchissement et cet effort onéreux. Ce fut l’œuvre de la démocratie modérée, inaugurée en 308 par la constitution de Clisthène, premier statut régulier d’Athènes. Le souci de réagir contre les souvenirs des Tyrans et d’affirmer le caractère de plus en plus national de la fête des Panathénées et du culte d’Athéna suggéra le projet d’un nouveau temple qui fût une offrande directe de la Cité à sa Protectrice. Conçu par Clisthène dans les dernières années du ve siècle, le projet comportait d’abord l’amé¬
nagement difficile d’un soubassement sur la déclivité du rocher entre la crête du plateau et le mur mycénien du Sud. Là, il fallut compléter le roc et y asseoir une vaste plate-forme rectangulaire de pierres, dont la hauteur devait atteindre, au Sud, 10 m. 50 pour se trouver au niveau naturel du côté Nord (Fig. 5). Sans doute ralenti dès 490 par la première guerre médique, ce travail préparatoire dut être repris après la victoire de Marathon sous le gouvernement d’Aristide. Lorsqu’éclata dix ans plus tard la seconde guerre médique, en 480, le soubassement était terminé avec vingt-deux assises en poros sur le côté Sud, dont les quatorze dernières devaient rester visibles sur une hauteur de 7 mètres, après avoir été soigneusement ravalées au ras d’une entaille de réglage encore visible de chaque côté de l’arête Sud-Est. Les huit assises inférieures devaient être cachées par une rampe montant vers l’Ouest et soutenue au Sud par un mur d’appareil polygonal, aujourd’hui retrouvé, qui allait rejoindre à l’Est le rempart mycénien, situé en contre-bas : un escalier percé dans ce soutènement polygonal descendait sur la crête du rempart aménagée en chemin de ronde. L’espace enclos entre ces deux murs devait rester libre pour former un intervallum, car de part et d’autre les parements qui s’y font face sont travaillés pour être vus (Fig. 6).
Sur la plate-forme du soubassement, un promenoir dallé, en marbre de l’Hymette, large de 2 mètres, était ménagé le long des quatre côtés et sans doute pourvu d’une balustrade sur les bords à pic*1). Quant à la
(1) Cette explication, proposée par Heberdey (o. I., p. 239), rend compte du retrait anormal des degrés du stylobate par rapport aux arêtes du soubassement, particularité qui a suggéré à MM. Dœrpfeld etHillles combinaisons
superstructure, elle a disparu lors de la construction du Parthénon de Périclès. Lorsque, à la veille de la bataille de Salamine, vers le 25 septembre 480, les Perses pénétrèrent sur l’Acropole, ils trouvèrent le stylobate déjà installé avec quelques tambours inférieurs de colonnes doriques dégrossis, mais non cannelés, posés à leur place, le' tout couvert d’échafaudages et de madriers dont ils firent un immense bûcher. Les traces de cet incendie sont encore visibles sur quelques-uns des tambours calcinés, retrouvés au cours des fouilles de 1885 à 1890.
Sur le plan et le dispositif intérieur de cet édifice, on est réduit aux conjectures. M. Dœrpfeld supposeun périptère de 75 m. 06 sur 29 m. 60, avec 8 colonnes sur les façades et 19 sur les côtés longs, et une division intérieure tripartite, calquée sur celle de l’Hécatompédon. M. Hill opine pour un périptère de 67 mètres sur 23, avec 6 colonnes en façades et 16 sur les côtés longs, et un plan intérieur bipartite analogue à celui du Parthénon de Périclès. Entre ces deux combinaisons, dont Tune se rattache au passé et l’autre annonce l’avenir, le choix n’est dicté par
aucune raison décisive. Le plus sûr, c’est que ce
soutènement polygonal 2 (à gauche) (deuxième état des trayaux). - III. Premier remblai de Cimon destinée à doubler la rampe supérieure (II) par
conséquence (3) (troisième état des travaux). - 4. Rempart de Cimon à trois
établis les locaux dits « atelier de Phidias » (agence des travaux), qui
exhaussement du mur Sud avec les huit assises supérieures figurées en ponctué clair (5 à gauche) et terrassement V qui recouvrit les fondations de l’agence
temple, inachevé et réduit à son infrastructure, peut être désigné comme l’ancêtre immédiat du Parthénon. Il devait être tout en marbre pentélique, d’ordre dorique et de dimensions plus que doubles de celles de l’Hécatompédon in antis, qu’il était appelé à remplacer. Le projet fut exécuté d’une seule traite entre 506 et 480, sans modification : il n’y a donc pas eu deux Parthénons archaïques successifs, l’un en tuf, l’autre en marbre, mais un seul. Nul doute que, s’il eût été achevé, ses sculptures n’eussent reflété le style de l’archaïsme mûr, représenté au Musée de l’Acropole par les figures de la « Boudeuse » et de « l’Ephèbe blond ». Probablement aussi la statue de la cella aurait été une Polias colossale et armée, en bronze rehaussé de dorures.
résumées dans le livre de M. Collignon {Le Parthénon, pp. 28-37) et en Part'e périmées. En particulier, l’hypothèse d’un premier Parthénon en poros ne semble plus nécessaire.