DE 480 A 447 AVANT JÉSUS-CHRIST
C’est seulement après la victoire de Platées (août ? 479), que les Athéniens purent reprendre possession de leur ville et de l’Acropole en ruines. Tous les édifices étaient détruits. Thémistocle fit d’abord relever en hâte l’enceinte urbaine et le mur Nord, celui-ci en partie sur les arasements du rempart mycénien : comme témoins du vandalisme sacrilège des barbares, il y fit insérer, face à la ville, des fragments d’architecture en tuf et en marbre de l’Hécatompédon et 26 tambours en marbre non cannelés du premier Parthénon. Afin de pourvoir aux besoins présents, la cella de l’Hécatompédon dut être rapidement restaurée pour abriter le trésor de la déesse, et peut-être l’idole en bois d’olivier, emportée à Salamine, fut-elle réintégrée à l’Érechtheion aménagé en chapelle provisoire. Bientôt Athènes renaissait; grâce à Thémistocle, Aristide et Cimon, elle réussissait à grouper sous son protectorat les insulaires et quelques colonies d’Asie Mineure, en une confédération dont le centre était le sanctuaire de Délos. De 471 à 449, Cimon achevait de refouler les Perses en Asie. Avec le butin que lui rapporta sa victoire de l’Eurymédon en 465, il reprit sur l’Acropole l’œuvre ébauchée par Thémistocle. Il commença par reconstruire, peutêtre en vue d’une restauration du Parthénon, le rempart Sud. Il l’établit à neuf en dehors des débris de l’ancien mur mycénien, sur des substructions en belles assises de poros,- épaisses de 7 mètres à la base, et qui montaient à une hauteur de 11 mètres (Fig. 6). Le nouveau tracé décrivait un angle largement ouvert à branches rectilignes. Puis furent aménagés, entre le soubassement resté intact du Parthénon et le nouveau rempart, des terrassements en pente douce qui partaient de la 9e assise et recouvraient le soutènement polygonal et le mur mycénien. C’est probablement à cette époque, entre 465 et 456, que fut érigé en plein air, sur le rocher, le Palladion colossal en bronze, improprement appelé Athéna Promachos (qui combat au premier rang), en réalité une Athéna Enhoplos (armée). Il mesurait avec sa base 16 mètres de hauteur. Ce fut la première œuvre célèbre de Phidias (■>.
Peut-être cette offrande collective de la Cité, prélevée sur le trésor sacré, fut-elle due à l’initiative de Périclès, qui débutait alors en politique comme adversaire de Cimon, à la tête du parti démocratique. Jusqu’alors, on ne connaît d’autre consécration sur l’Acropole, peu après 479, que celle d’une statue archaïque de la déesse assise, œuvre d’Endoios, réplique en marbre de l’idole en bois de l’Érechtheion, et sans doute pieuse offrande de quelque coterie aristocratique. En 456, Périclès prit l’initiative d’un congrès panhellénique avec l’arrière-pensée d’en obtenir la création d’une caisse internationale qui contribuerait à la restauration de tous les sanctuaires détruits par les Perses. L’opposition de Sparte fit échouer le projet. Alors Périclès se retourna vers les alliés d’Athènes, qui consentirent sur le trésor fédéral de Délos un prélèvement annuel destiné à fournir un appoint au trésor de la déesse. Bientôt après, sous prétexte de sécurité, Périclès obtint le transfert sur l’Acropole de toute la réserve de Délos, et finalement, en 440, son incorporation à la caisse particulière d’Athéna.
Grâce à ces ressources, il put aborder l’exécution d’un programme méthodique et complet de restaurations. Ces projets, malgré les récriminations des alliés
(1) Dinsmoor, American Journal of Archeology, xxv , 1921, pp. 118-129; Th. Reinach, Galette archéologique, 1922, p. 15.
et des partis d’opposition, répondaient aux vœux de l’amour-propre athénien. Celui-ci avait été piqué au vif par l’empressement de certains États doriens, sortis indemnes de la guerre, à faire étalage de leur richesse et de leur gloriole à l’heure même où Athènes, ruinée, était réduite aux économies. Au lendemain de Salamine, la petite île d’Égine, repaire de pirates, qui s’étaient vaillamment conduits à Salamine, mais à Platées s’étaient surtout distingués par leur habileté à s’approprier à bon compte les plus riches trésors des Perses, avait eu l’idée de dresser sur son cap, à l’entrée du golfe Saronique, un majestueux temple à sa déesse locale Aphaia. Celle-ci, travestie en Athéna, paradait au centre des frontons sur la mêlée des Grecs et des Troyens, symbole des guerres médiques. Cette bravade d’ex-alliés douteux fut imitée, de 467 à 456, par les Éléens. Ceux-ci avaient alors achevé leur grand temple de Zeus à Olympie, inauguré en 456, peu de temps après la victoire d’une armée péloponésienne à Tanagra sur Athènes : un bouclier d’or consacré par les Lacédémoniens avec la dîme de leur butin, étincelait au faîte du principal fronton. Coïncidence significative : aussitôt Périclès lançait sa proposition de Congrès panhellénique !
Mais neuf ans de nouvelles luttes contre le Grand- Roi, contre Sparte et ses amis, contre les propres alliés d’Athènes et les partis oligarchiques, l’obligèrent à attendre la conclusion d’une double paix avec la Perse et avec Sparte, en 447, avant d’entreprendre la réalisation réparatrice. Si la gestation fut longue, l’enfantement n’alla pas sans difficultés.