IV.-- Action de la colchicine sur le cancer humain
Quand nous disions, à la fin du chapitre V, que le problème de l’action sur les mitoses néoplasiques, pour un agent chimique comme la colchicine, est avant tout un problème de pénétration et de toxicité, nous posions les bases sur lesquelles viendront s’appuyer nos expériences. Il faut d’abord connaître parfaitement le problème à résoudre, pour ne pas attendre de la colchicine plus qu’elle ne peut donner.
Le cancer se ramène-t-il à un problème de prolifération cellulaire? Certainement, mais pas exclusivement. La multiplication désordonnée des cellules est le propre
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de toute tumeur, même bénigne; ce qui caractérise les malignes, c’est aussi la possibilité qu’a la cellule néoplasique de vivre dans des conditions impropres à la nutrition de la cellule normale différenciée, par exemple dans le sang. La cellule cancéreuse est donc caractérisée avant tout par sa propriété d’émigrer dans les tissus voisins (envahissement de proche en proche) ou par les vaisseaux dans les organes lointains (métastase). Si donc on arrête la prolifération d’une tumeur maligne là où elle se développe, aura-t-on arrêté le processus néoplasique? Non, s’il reste la possibilité pour celui-ci de reprendre ailleurs son développement. Mais si nous arrêtons la croissance de ce tissu cancéreux au point où il est né, nous pouvons espérer laisser aux facteurs de destruction la chance de l’emporter sur les facteurs d’hyperplasie. L’espoir d’agir directement sur la cellule cancéreuse par des toxiques qui l’empêchent de se diviser est donc parfaitement fondé. Par ailleurs, ils peuvent constituer un adjuvant utile des traitements physiques, pour les raisons que nous venons d’exposer plus haut.
Pour nos essais de thérapeutique humaine, nous ne pouvions en conscience faire courir aux malades le risque d’un traitement dont l’effet n’est pas encore connu. Nous pouvions toutefois, pendant le bref délai qui précédait l’application des traitement physiques, essayer de voir si l’action de la colchicine est identique dans les tissus normaux et les tissus néoplasiques.