‹ L’Acuité Visuelle: Étude Physique et CliniqueChapitre 34 sur 36 · CR € D · texte numérisé non relu

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On voit par là qu’à mesure que les nombres représentant les différentes valeurs de l’acuité vont en diminuant, ceux qui éxpriment la grandeur du diamètre pupillaire vont au contraire en croissant. D’où cette loi expérimentale prévue déjà par le

calcul : L’acuité visuelle d’un œil emmétrope à l’état statique varie en raison inverse du diamètre de la pupille.

On peut aller plus loin et représenter cette variation par une courbe. Il suflit de porter en ordonnées les différentes valeurs de l’acuité, et en abscisses celles du diamètre de la pupille. On obtient ainsi des points qui permettent de construire la courbe ci-dessous :

Courbe de la variation de l’acuité visuelle avec le diamètre de la pupille.

Acuité

La question de la détermination de l’acuité visuelle par la méthode dite du trou d’épingle trouve naturellement sa place dans ce chapitre.

Lorsqu'on place, en effet, une ouverture sténopéique devant l'œil, on produit un rétrécissement artificiel de la pupille, rétrécissement beaucoup plus grand que celui qui correspond au diamètre minimum de la pupille. Cette méthode a été proposée par Giraud-Teulon (t) dans le cas des anomalies de la réfraction. Le faisceau lumineux émanant des objets-types est alors très mince; il rencontre les différents dioptres oculaires en des portions si petites, que la forme des surfaces réfringentes a une influence presque nulle sur la marche des rayons. Les images rétiniennes ainsi obtenues ont une netteté à peu

() Instruction pour l'emploi d'une échelle régulièrement progressive, Paris, 1863.

près égale pour tous les yeux, emmétropes ou amétropes ; cette netteté est due à ce que les cercles de diffusion sont très diminués par l’interposition de l’ouverture sténopéique.

On peut constater facilement l'efficacité de ce procédé : si on regarde au trou d’épingle des caractères d'imprimerie placés entre le punctum proximum et l'œil, on peut très bien les distinguer; dans ces conditions, il y a un rapprochement apparent du punctum proximum. Nous croyons utile de faire remarquer que cette expérience permet d'expliquer pourquoi certains vieillards (qui ne pouvaient se passer de lunettes au commencement de leur presbytie) y voient à l’œil nu, aussi bien et même mieux qu'avec l’aide de leurs verres positifs. Chez ceux-là, on constate un myosis considérable qui transforme leur pupille en un véritable trou d’épingle; leur vision de près est ainsi améliorée : tout se passe comme si leur proximum était rapproché de l’œil.

Quoi qu’il en soit, la mesure de l’acuité visuelle au trou d’épingle donne des résultats erronés, car la petitesse de l'ouverture diminue l'intensité lumineuse de l’image rétinienne, et l'influence des troubles produits sur la vision par les milieux réfringents de l’œil est supprimée en partie.

Cette détermination de l’acuité au trou d’épingle donne cependant d’utiles renseignements sur l’état de l’appareil nerveux de réception et de transmission au cerveau des impressions lumineuses. On doit ensuite compléter ce renseignement par une exploration objective du fond de l'œil à lophtalmoscope.

La mesure de l’acuité est influencée par l’éclairement de l'échelle d’acuité, c’est-à-dire par la quantité de lumière qui tombe sur cette échelle; et aussi, comme nous venons de le voir, par la grandeur du diamètre de la pupille.

À notre avis, il ne faut pas considérer ces deux facteurs séparément lorsqu'on cherche à faire une bonne mesure d’acuité, mais, au contraire, faire marcher ces deux causes de front.

Ainsi, il ne suffit pas d'éclairer fortement l'échelle ; il importe en même temps de régler la quantité de lumière qui tombe sur l'œil, de façon que la pupille ait un faible diamètre destiné à diminuer l'étendue des cercles de diffusion.

On devra donc, pour déterminer exactement l’acuité visuelle, donner à l'échelle optométrique et à l'œil le même éclairage ; on devra chercher l'adaptation de l’œil pour l’éclairement de l'échelle.

Le meilleur moyen d'arriver à cette adaptation est de faire les déterminations d’acuité en plein air, dehors, ou en se plaçant dans une salle ou dans un couloir dont une des faces est entièrement vitrée; de cette façon, l'échelle et l’œil, placés sous la même clarté, seraient dans les conditions requises d’une bonne mesure d’acuité.

Si l’unité d’acuité a été prise si faible par Snellen et Giraud- Teulon, nous croyons qu'il faut l’attribuer non seulement à un éclairage insuffisant, mais aussi à un trop grand diamètre de la pupille des yeux placés à cet éclairage. |

Variation de l’acuité visuelle avec l’âge.

Comme nous l'avons dit au début de ce travail, l’acuité visuelle varie avec l’état de l’organe. En dehors de toute maladie de l’œil, l’acuité ne conserve pas la même valeur, pour un même individu, pendant toute la vie. Ainsi, dans la vieillesse, les milieux de l'œil, principalement le cristallin, perdent de leur transparence ; en outre, les éléments sensibles de la rétine possèdent un degré d’activité moindre; en un mot, l’état de l'organe est moins parfait que pendant les années précédentes, et l’acuité visuelle décroit.

Comme toute variation d'ordre biologique, la variation de l’acuité pendant les diverses phases de la vie doit correspondre à une loi immuable. Cette loi est signalée dans tous les traités écrits sur la question, mais une importante modification doit être apportée dans la courbe représentant cette loi.

La courbe de la variation de l’acuité visuelle avec l’âge a été construite d’après le tableau dressé par Vroesom de Haan (t). Cette courbe part de l’ordonnée 1,19 et décroît jusqu’à la valeur 0,55 qui correspond à l’âge de 80 ans. D’après cet auteur, l’acuité aurait les valeurs suivantes :

4,10 408.2 1,18 à 20 ans..... 1,15 à 30/an$:.... 1,1 à 40 ans..... 1,03 ArO0 ANS. 0,94

se . .

Ainsi, l'opinion adoptée par tout le monde est que l’acuité

(1) Helmholtz, Opt. physiol., p. 297.

visuelle ést maxima ‘dans les premiers moments de la vie, et qu'elle va en décroissant assez régulièrement.

C’est pour traduire algébriquement ces résultats que le professeur Monoyer a donné l’équation suivante :

— 1,19 — 0,001 x”, dans laquelle V est la valeur de l’acuité et x l’âge du sujet. Nous allons montrer en quoi la courbe de de Haan diffère de celle qui correspond à nos déterminations.

Lorsque nous faisions, au début de ces recherches, des mesures d’acuité, non pas avec nos échelles, mais avec celle de Snellen, nous nous sommes aperçu du fait suivant : tandis qu’un adulte de 18 à 20 ans lisait la dernière ligne à 8 ou 10 mètres, les enfants de 6 à 8 ans étaient obligés de se rapprocher à 5 ou 6 mètres pour voir cette même série de caractères.

Les quelques observations faites de cette façon nous avaient étonné, sachant que les enfants étaient réputés avoir une acuité supérieure à celle des adolescents et des adultes.

Pour bien connaître la vérité sur la valeur de l’acuité dans les vingt premières années de la vie, nous avons entrepris de faire des déterminations d’acuité dans les écoles.

Nos premières mesures ont été faites en octobre 1899, dans une école primaire du département de la Charente. Nous nous sommes servi simultanément de notre échelle décimale et de celle de Snellen, placées toutes deux au grand jour, par conséquent à un très bon éclairement.

Nous avons ainsi examiné l’acuité de plus de cent cinquante élèves de 6 à 16 ans. Nos résultats ont été exactement semblables à ceux que nous allons indiquer plus loin; mais comme l'état de réfraction des yeux était déterminé (t) seulement par

(tj Voici, d’après Sismann (Rev. gén. d’ophtalm., 1887, p. 39), les résultats obtenus sur les élèves d’une école d’Irkoutsk, par la méthode de Donders et par la méthode de l’ophtalmoscope à réfraction :

” Hypermétropes. Emmétropes. Myopes, Total.

Méthode de Donders....... 7 13 38 58 Méthode de l’ophtalmoscope. 55 2 il 58

nous reviendrons plus loin sur le chiffre élevé (35) de myopes trouvés par la méthode de Donders.

+ 460 = la méthode de Donders, qui ne peut pas donner de, mesures exactes, surtout pour l’hypermétropie, nous avons cherché à reprendre ces déterminations en employant une méthode objective pour la mesure des degrés d’amétropie, de façon à pouvoir faire la correction par un verre approprié.

Ces déterminations ont été faites sur les élèves de plusieurs écoles de Bordeaux. C’est grâce à la bienveilance de M. le professeur Layet que nous devons d’avoir pu obtenir l’autorisation nécessaire pour effectuer ces recherches. Je prie M. Layet de recevoir ici mes remerciements les plus sincères.

Le degré des différentes amétropies a été mesuré, à l’aide de l’ophtalmoscope à réfraction du prof. Badal, par notre ami C. Fromaget, chef de clinique ophtalmologique de la Faculté. Nous ne saurions trop le remercier du soin qu’il a mis à faire ces mesures et de la collaboration précieuse qu’il nous a fournie à cette occasion. |

L’acuité a été prise pour un œil seulement, l’autre étant masqué par un écran opaque. L’échelle optométrique employée était notre échelle décimale. |

Nos recherches ont porté sur des sujets de 6 ans à 17 ans fréquentant les écoles de la rue Paul-Bert et de la rue Pèlegrin (1). Les acuités relatives aux sujets compris entre 17 et 20 ans ont été déterminées au laboratoire de physique médicale de laFaculté sur des étudiants en médecine de première année.

Le nombre des sujets examinés pour chaque période d’une année a varié entre 15 et 20, ce qui représente un total d’environ 300 déterminations faites entre 6 et 20 ans.

Voici le résumé des chiffres trouvés, tant au point de vue dé l’état de la réfraction statique qu’à celui de l’acuité visuelle moyenne :

() Nous devons remercier vivement de leur accueil sympathique les directeurs: des differentes écoles dans lesquelles nous avons opéré nos mesures, à savoir. M. Tilhard, de Blanzac (Charente) et MM. Deschamps et Cornut, de Bordeaux.

AGES DES SUJETS Emmétropes’ | Hypermétropes Myopes En no ‘fo fe moyenne Der 6 47 Trans 0 100 0 1,14 De 7à 8ans:... 140 88,2 0 1,18 De 8à 9'ans.... 33,3 66,6 0 1,98 De 9à10 ans... 14,6 83,3 0 45 De 10 à 11 ans... 38,4 61,5 0 12 De 11 à 12 ans... 28,5 71,4 0 1,4 De 12 à 143 ans... O1 42,8 0 4,52 De 13 à 14 ans... 42,8 57,1 0 1,62 De 14 à 15 ans... 35,2 64,7 0 dv) De 15 à 16 ans... 63,6 27,2 9 1,67 De 16 à 17 ans... 64,2 28,5 FhAl 4,665 De 17 à 20 ans... 68,9 13,7 17,3 1,68

À l’aide des nombres que nous ont fournis nos déterminations d’acuité, il est facile de construire la courbe de la variation avec l’âge, en prenant pour ordonnées les valeurs de l'acuité, et pour abscisses les âges. En se reportant à cette courbe, on voit que l’acuité visuelle ne va pas en décroissant régulièrement depuis le moment de la naissance jusqu’à la vieillesse, comme l'indique la courbe classique dessinée en trait ponctué sur le graphique ci-joint, mais qu’elle augmente au contraire peu à peu jusqu'au moment où l'homme passe de la deuxième enfance à la puberté (!). Depuis ce moment jusqu’à la vieillesse, l’acuité suit une marche parallèle à celle indiquée par de Haan.

Comme nous l’avons déjà dit, l’acuité d’un œil physiologique, quel que soit son âge, est toujours plus grande que l'unité adoptée, avec un bon éclairement. Là dernière partie de la courbe obtenue en menant une parallèle à la ligne placée au-dessous répond assez bien aux valeurs de l’acuité que nous avons trouvées entre 20 et 80 ans.

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