‹ L’Acuité Visuelle: Étude Physique et CliniqueChapitre 35 sur 36 · EN · texte numérisé non relu

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Le point important et inattendu de nos résultats est la forme de la courbe dans les premières années de la vie. Nous venons de dire que lacuité allait en croissant jusqu’à un âge qui semblait être celui de la puberté.

Pour vérifier cette loi, un moyen simple s'offrait à nous : celui de faire chez les filles les mêmes déterminations que nous avions faites chez les garçons. On sait, en effet, que la puberté apparait chez les filles vers 11-13 ans, tandis que chez les garçons elle a lieu vers 14-15 ans. C’est ce que nous n’avons pas manqué de faire.

C’est encore grâce à l'appui que nous a prêté M. le professeur Layet que nous avons pu effectuer ces mensurations. Nous lui adressons encore une fois nos plus vifs remerciments.

Le tableau suivant résume nos déterminations faites à l’école des filles de la rue des Ayres (1), sur 410 jeunes filles.

AGES vue si RE ur mi Us De 8à 9ans.... Must 178,5 0 4,45 De 9 àx10 ans... 20 73,3 6,6 1,2 De 10 à 11 ans... 25 75 0 1,25 De 11 à 12 ans... 20 80 0 1,34 De 12 à 13 ans... 41,6 50 8,3 | 4,44 De 13 à 14 ans... 20 80 0 1,4 De 14 à 15 ans... 57,8 42,1 0 1,36

En prenant pour ordonnées les valeurs de l’acuité moyenne correspondant à chaque année, on détermine une série de points qui permettent de construire la courbe représentant la variation de l’acuité avec l’âge chez les jeunes filles. On constate ainsi que la courbe s'élève parallèlement à celle des garçons

(2) Nous prions la Directrice de cette école, Mile Trichard, de recevoir nos remerciments sincères pour la complaisance avec laquelle elle nous a secondé dans nos expériences.

jusqu’à l’âge de 12-13 ans, mais avec des ordonnées plus petites. Ce qui indique que le maximum d'acuité, chez les filles, est atteint entre 12 et 13 ans, au lieu de 14 à 45 ans. Or, nous avons vu que la puberté se produit chez ces dernières précisément à cette époque.

A partir de ce moment, la courbe devrait suivre une marche parallèle à celle qui correspond à la variation de l’acuité chez l'homme; mais plusieurs déterminations d’acuité faites sur des femmes d’un âge compris entre 60 et 80 ans nous ont montré que la valeur de l’acuité était à peu près la même que chez les hommes de même âge. En sorte que les courbes tendent à avoir les mêmes ordonnées, dans les deux sexes, à l’âge de l'extrême vieillesse. Jusqu'à ce moment de la vie, lacuté est plus faible chez la femme que chez l’homme.

Quoi qu’il en soit, il y a une relation nette entre le maximum de l’acuité visuelle et l’âge de la puberté.

L'âge de la puberté qui sépare la deuxième enfance de l'adolescence n’est point un âge de convention. Ce moment de la vie correspond en effet à des modifications profondes de l'organisme, et l’on conçoit que ces modifications puissent produire une augmentation du degré de l’activité rétinienne, c’est-à-dire rendre opfima la foncticn visuelle, et en particulier la finesse de la vue, l’acuité.

Lorsqu'on rapproche de la variation de l’acuité telle que nous l’indiquons, la variation de l'amplitude d’accommodation, on peut s'étonner au premier abord de ce que ces deux phénomènes ne suivent pas une marche parallèle. Mais il n’y a entre ces deux phénomènes biologiques aucune relation.

En effet, l’accommodation est produite par l’augmentation du diamètre antéro-postérieur du cristallin qui, par la contraction ‘des fibres circulaires du muscle ciliaire, tend à prendre la forme sphérique. Or, la fluidité de la substance cristallinienne est évidemment maxima chez l'enfant. Il n’est donc pas étonnant de voir le pouvoir accommodatif décroître depuis la première enfance jusqu’à la vieillesse.

Mais pour l’acuité, qui est le résultat d’une perception et d’une transmission nerveuses, on comprend que la variation se fasse en sens contraire jusqu’à un certain âge, à partir duquel, alors, les variations suivent la même allure.

Nous n’avons pu déterminer l’acuité visuelle qu’à partir de 6 ans, car en dessous de cet âge les enfants sont trop jeunes pour qu’on puisse faire une mesure sérieuse. Mais il nous parait juste de prolonger notre courbe, en lui conservant la même forme, jusqu’à l’axe des acuités. On obtient ainsi, empiriquement, il est vrai, des valeurs comprises entre 0,98 et 1,14. Ce qui semble indiquer que l’acuité croît moins rapidement pendant la première enfance (depuis la naissance jusqu’à l’âge de 6 à 7 ans) que pendant la seconde (de 7 à 15 ans).

Nous devons faire ressortir de nos résultats expérimentaux une conséquence pratique qui a son importance. Nous voulons parler de la faible acuité des jeunes enfants. Lorsqu'on emploie la méthode de Donders pour la détermination d’une amétropie, on fait passer devant l’œil des verres de numéros variables jusqu'à ce que l’acuité visuelle soit rendue maxima. Si on emploie cette méthode pour les enfants qui, d'après ce que nous avons dit, auront peine à lire la dernière ligne de Snellen, on mettra cette faible valeur de l’acuité sur le compte de la myopie si on adopte la courbe classique, et en conséquence, on prescrira des verres divergents à des sujets qui sont, de par leur âge, hypermétropes pour la plupart.

Pour se convaincre de la véracité de ce que nous avançons, il suffit de se reporter aux mesures de Sismann (page 159), qui, sur 58 élèves d’une école d’Irkoutsk, a trouvé 38 myopes avec la méthode de Donders, alors qu'en réalité il n’y en avait qu'un seul! On comprend aisément l'importance de notre remarque (1).

La courbe que nous avons construite représente des

(1) On peut se demander pourquoi les auteurs ont attribué aux enfants l’acuité maxima. D’après nous, cela tient à deux causes principales : 1° Les enfants, étant presque tous hypermétropes, ont une portée de vue très

moyennes : elle ne se rapporte donc à aucun œil en particulier, comme toutes les moyennes, d’ailleurs. Il ne faudra pas, par suite, s'étonner si pour ün âge déterminé, on trouve une äcuité ou plus grande ou plus petite que celle indiquée par la courbe.

Les acuités qui en sont les ordonnées correspondent à un seul œil, pour un même sujet.

Lorsqu'on laisse les deux yeux ouverts, on trouve une acuité toujours supérieure à celle dé chaque œil séparément : ainsi, nous avons bien souvent remarqué qué si un œil a l’acuité 4,7, par exemple, l’acuité devient 1,9 ou 2 lorsque les deux yeux visent l'échelle. Nous aurions pu faire nos déterminations pour les deux yeux à la fois, et la courbe aurait été presque tangente à la ligne horizontale de l’ordonnée 2. La mesure ainsi faite äurait eu, en somme, assez bien sa raison d’être, car notre äcuité, celle dont nous nous servons couramment, est en réalité celle qui correspond à la vision binoculaire et non à la vision monoculaire. Gette acuité, nous le répétons, est souvent trouvée voisine de 2, entre 15 et 30 ans : nos échelles, dont nous avons déjà démontré l'utilité, permettent seules de faire, dans ces conditions, des mesures exactes et d’une façon commode.

étendue ; de là à admettre qu’ils ont une acuité maxima, il n’y a qu’un pas, qui a été franchi, sans y prendre garde; par beaucoup d'auteurs.

26 Avec les échelles actuellement en usage, qui sont placées, en général, à une distance constante de l’œil examiné, il était difficile que l’attention des ophtalmologistes fût attirée de ce côté, puisqu’avec ces échelles on ne détermine presque jamais la valeur-limite exacte de l’acuité d’un œil physiologique,

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