SALONS DE PARIS
Patmosphère dans laquelle ses filles se trouvèrent quelques années plus tard à leur entrée dans le monde. Mais l'heure n'en était encore venue ni pour l'une ni pour l'autre. Au dehors, le beau jardin et quelques promenades aux Tuileries et aux Champs-Elysées furent d'abord leurs seuls divertissements; et au dedans, elles n'aperçurent plus guère que les murs de leur salle d'étude où M"* Eward régnait et gouvernait sans partage, comme avant leur séjour en Hollande.
Quelque temps après leur arrivée, il leur advint pourtant une diversion sinon un amusement, sous la forme d'une visite à M"' la duchesse d'Angoulême, qui avait témoigné à Lady Gran ville le désir de connaître ses filles.
Son aspect^ dit Lady Georgiana, n'était pas attrayant. Elle avait les traits prononcés et la voix rude. En me souvenant d*elle, il me semble qu'elle avait bien l'expression d'une personne pour laquelle la vie n*a été qu'une pénible lutte...
Cette impression ne fut pas corrigée par les premières paroles de la princesse, qui, dans l'intention de leur faire un compliment, blessa sans le vouloir le patriotisme de la petite Georgiana, plus susceptible alors qu'il ne l'eût probablement été plus tard :
Vos filles sont très gentilles, dit M"** la duchesse d'Angoulème à Tambassadrice, on les prendrait pour deux petites Françaises.
Elles ftirent le même jour conduites chez M°*' la duchesse d^Berry et présentées à Mademoiselle *, âgée de six ans» et à M. le duc de Bordeaux qui en avait quatre. Tous les deux furent aussi aimables et gracieuse que des enfants de cet âge pouvaient l'être. La duchesse de Gontaut, leur gouvernante, avait connu Lady Granville pendant l'émigration et était toujours demeurée en rapport avec elle.
... Elle était, dit Lady Georgiana^ profondément dévouée à ses élèves, et surtout au jeuii« prince, qu'elle aimait tendrement. Elle raconta un jour» devant nous, qu'elle avait quelque peine à obtenir de lui [il avait quatre ans ! ) de recevoir, comme il convenait, les maréchaux de France, qui venaient lui faire leur cour une fois par mois. Le pauvre enfant était parfois tenté de se montrer très impatient pendant cette cérémonie. Alors M°® de Gontaut, qui avait découvert son faible pour une friandise qui ne lui était pas accordée tous le9 jours, lui disait tout bas : Monseigneur, souvenez-vous du pudding, et ramenait ainsi son attention distraite... Un jour, peu de temps après cette première visite, on nous conduisit au château de Saint-Cloud. Nous trouvâmes M. le duc de Bordeaux, dans le jardin, où on avait construit une forteresse en miniature, qui se nommait le Trocadéro, et qui était défendue par quelques-uns de ses petits amis, tandis qu'avec d'autres il l'attaquait, et il se livrait à cet amusement avec la plus vive ardeur...
Au nombre de ses plaisirs journaliers, elle note celui de voir passer aux Champs-Elysées, où elle