Plus tard duchesse de Parme
yJSITES AUX TUILERIES 3i
se promenait tous les jours, la voiture desEnfaûts de France se rendant des Tuileries à Saint-Gloud, escortés d'un détachement de cuirassiers, galopant à droite et à gauche, puis rappelant tous ensemble ceux de ses souvenirs juvéniles qui se rapportent à la cour, elle poursuit :
Le mardi gras (en 1825), nous allâmes au château des Tuileries pour y voir le bœuf gras, des fenêtres d'une des dames de la cour. . . Ce cortège immémorial des bouchers de Paris venait présenter au roi et à la famille royale le bœuf couronné au concours. . . Mais on nous dit, ce jour*là, que jamais M^* la duchesse d'Angoulême n'avait pu se résoudre à venir regarder ce spectacle. Il lui en rappelait d'autres, trop affreux, vus de ces mêmes fenêtres, et dont le seul nom des « bouchers de Paris » réveillait trop vivement, dans la mémoire de la fille de Louis XVI et de Marie- Antoinette, l'ineffaçable et horrible souvenir !. . .
Je me souviens du prince qui devint si peu après Charles X, comme de l'un des hommes les plus beaux et les plus distingués que j'aie jamais vus. Son fils, M. le duc d'Angoulême, me fit un effet tout opposé. Quant au duc d'Orléans (plus tard Louis-Philippe), il me gagna le* cœur par la bonté avec laquelle il s'occupait des enfants. Il me causa cependant un grand mécompte au premier bal d'enfants où on nous conduisit au Palais-Royal, par une erreur involontaire dont je me trouvai victime. Il avait daigné, avec une condescendance toute paternelle, me conduire au buffet, et là il me demanda ce que je désirais qu'il me servît. Je jetai les yeux sur une compote qui avait l'air fort appétissant, et je répondis aussi haut que je pus : des pommes. Il comprit que je voulais des pommes de terre, et, à mon grand déplaisir, il en mit sur mon assiette, en disant à ma mère, qui me rejoignit en ce mo-
ment : a Je suis dësolé, Madame, que vos filles ne veuillent manger que des pommes de terre. » Je n'osai protester, comme de raison, étant fort timide, mais je n'en fus pas moins contrariée.
Le plaisir qu'elle aurait pu prendre à aller aux bals d'enfants fort en vogue à cette époque, et assez sagement mis de côté à la nôtre^ en faveur de matinées qui n'ajoutent pas du moins, aux incoqvénients que peut avoir ce genre de plaisir, celui de faire veiller des enfants jusqu'aux heures les plus avancées de la nuit ; ce plaisir, disje, avait pour Susanne aussi bien que pour Georgiana le grand correctif d'être précédé d'une leçon de danse qui était un vrai supplice pour les deux sœurs. Elles avaient pour maître un certain M. Deschamps, qui était aussi celui des princesses d'Orléans. Il avait le plus grand zèle pour les progrès de ses élèves. Mais les regards sévères qu'il jetait sur Georgiana, lorsqu'elle n'exécutait point les pas qu'il lui avait enseignés de manière à le satisfaire, lui causaient un effroi et une confusion inexprimables.
Je crois, dit-elle, n'avoir jamais haï personne dans ma vie, excepté ce maître de danse, mais je crois que pour lui j*éprouvais réellement de la haine. Un jour, il ne vint pas, parce qu'il avait mal à la gorge. . . Je fis les vœux les plus ardents pour que ce mal continuât. . . Si j'avais été catholique alors, j'aurais certainement eu à me confesser des sentiments qu'il m'inspirait.
M"** la duchesse d'Orléans lui sembla remplie
NE€ILLY S3
de dignité et de bonté, et elle dit qu'elle éprouva sur-le-champ pour elle une vive admiration aussi bien que beaucoup de respect. D'après ce qui suit, on verra cependant que cette princesse n'avait pas su encore inspirer à ses fils la courtoisie dont elle était douée elle-même, et que tous devaient posséder plus tard :
Ma mère nous conduisit un jour chez M"'* la duchesse d'Orléans, à Neuilly. Elle n'avait auprès d'elle qu'un seul fils, le prince de Joinville, alors un enfant de huit ans, de la plus belle figure. Elle l'envoya chercher pour faire connaissance avec nous; mais soit parce que nous n'étions que des petites filles, soit parce que nous étions Anglaises, il se montra dès le premier moment très peu disposé à se prêter à la politesse qu'on exigeait de lui. Sa mère, après quelques efforts infructueux, pour le décider à s'approcher de nous, lui mit enfin entre les mains une assiette de bonbons, et lui dit de venir nous les offrir, mais au Heu de lui obéir, il jeta l'assiette par terre, au milieu de la chambre, et s'enfuit en courant, tandis que la duchesse d'Orléans s'efforçait de le suivre et de le rappeler, en criant : « Joinville! Joinville! je le dirai à ton précepteuiM. . . »
Avant d'en revenir à l'année 1825, Lady Georgiana anticipe quelque peu sur ses souvenirs pour rassembler tous ceux de son enfance qui se rapportent aux princes et particulièrement à M. le duc de Bordeaux:
... On nous invita, pour l'un des jours de naissance du jeune prince, à assister à un spectacle où les pièces étaient jouées par des enfants... Je le vois encore à l'heure on
j'écris, Taîr si animé, si heureux ! applaudissant de toutes ses forces. . . , et cette vision est triste à rappeler en ce moment où cette vie, commencée au milieu de si ardentes espérances, vient de s'achever dans Texil I . . .
La dernière fois qu'on nous mena au bal à Paris, ce fut chez M"" la duchesse de Berry. — J'avais alors quatorze ou quinze ans. — A ce bal, je vis pour la première fois M. de Montalembert, qui était à peu près de mon âge. Il m'invita à danser avec lui le Grand-Père, danse extraordinairement animée, dont depuis lors je n'ai plus jamais entendu parler. J'étais fort enrhumée, ce jour-là, et je fus bien vite fatiguée. Je demandai à m'arrêter, mais il ne le voulut pas. Non, non, me dit-il, je ne pourrais pas trouver une autre danseuse. En sorte que ma première impression, sur mon cher et grand ami des temps à venir, fut peu favorable à sa courtoisie et me laissa celle d'un jeune garçon fort peu galant I. . .
En 1827, M. le duc de Bordeaux passa, selon l'expression consacrée, entre les mains des hommes. Le premier jour où il quitta l'appartement de M"^* de Gontaut, pour être transféré dans celui de son gouverneur, le duc de Rivière, elle en fut très malheureuse, et elle était seule, le soir, pleurant à chaudes larmes, lorsque l'excellent duc frappa à sa porte et l'appela pour lui donner la consolation de venir regarder dans son sommeil l'enfant royal auquel elle était si tendrement dévouée.
En rassemblant ainsi à la fois tous le3 souvenirs disséminés de plusieurs années, on pourrait penser que les amusements avaient été plus fréquents qu'elle ne semblait le trouver. Mais malgré quelques visites ajoutées à ces bals d'enfants, la vie de tous les jours à l'ambassade pendant cette