‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 104 sur 196 · ROME MODERNE · texte numérisé non relu

ROME MODERNE

œuvres d'art, elle n'était guère sensible non plus qu'à celles qui donnaient une forme à ses idées, ou à ses prédilections personnelles. L'art antique ou moderne, pour l'art seul^ la laissait relative^ment indifférente. C'est pourquoi, tout en ayant regardé avec intérêt tout ce qu'elle avait vu à Rome pendant son premier séjour, rien ne l'avait profondément touchée.

Mais lorsqu'elle eut commencé l'étude de ses monuments chrétiens ; lorsqu'elle fut descendue dans les Catacombes, non par simple curiosité, mais pour y vénérer les traces des martyrs; lorsqu'elle eut visité les uns après les autres ces innombrables sanctuaires consacrés, soit à la mémoire héroïque des saints, soit à la glorification de l'un ou de l'autre des grands mystères chrétiens, soit à celle de la Mère de Dieu, sous les titres divers que lui ont décernés la piété des siècles ; lorsqu'enfîn elle eut découvert les œuvres multipliées de charité auxquelles sans bruit et sans faste prenaient part, en payant courageusement de leurs personnes, beaucoup de nobles dames et de bourgeoises romaines, et aussi beaucoup d'hommes de tous les rangs, l'aspect de tout ce qui l'entourait changea pour elle, et elle comprit enfin quelle était la vraie Rome. Elle vit que, par delà toutes les richesses que découvrent les yeux des savants, des antiquaires et des artistes, il existait une région, dont assurément ni l'antiquité, ni la science, ni l'art

n'étaient exclus, mais où tout procédait d'une idée suprême à laquelle tout ramenait!... Ce fut alors seulement qu'elle connut Rome, ce fut alors qu'elle l'aima (selon sa propre expression) comme une personne^ et bientôt comme une amie et comme une mèrel...

Beaucoup de mes lecteurs ne me comprendront plus; mais j'en appelle au souvenir de ceux qui ont vécu dans cette Rome chrétienne : ils ne me démentiront pas si j'affirme, qu'après avoir plongé dans cette atmosphère lumineuse et bénie, on avait peine à supporter de vivreailleurs. On ne la quittait que pour y revenir, et de loin comme de près, elle communiquait à l'âme sa chaleur et sa clarté, et cela, sans que dans mille détails tout fut conforme au goût, ou qu'on fût devenu aveugle aux imperfections que l'on rencontrait, et même aux abus qu'il arrivait souvent de constater autour de soi... mais comme en aucun autre lieu du du monde on se sentait en pleine vérité surnaturelle^ de même que sur le sommet des Alpes on se sent en pleine nature, c'est-à-dire en pleine vérité naturelle. Là aussi on aperçoit des chemins rocailleux, on rencontre des ronces et des épines qui ne se trouvent pas dans un jardin abrité et soigné. Quel est celui cependant qui préfère un jardin, fût-il le plus beau du monde, à la vue que l'on découvre des hauteurs des Alpes, ou bien à celle des collines d'où l'œil plonge sur la

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