‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 115 sur 196 · GUERRE DE GRIMÉE · texte numérisé non relu

GUERRE DE GRIMÉE

Quel» tristes détails nous venons de lire sur les ravages du choléra, dans le& armées alliées 1 D'après les lettres de quelques ofUciers, camarades de Granville, les récits du correspondant du Times sont exagérés, mais lors même qu'il en serait ainsi, il en demeure assez pour qu'on se sente pénétré d'horreur et de terreur à la pensée de la durée possible de cette désolante guerre !

La guerre de Crimée, dont elle parle avec ce frémissement, avait été pour Lady Georgiana l'occasion d'une si grande souffrance, que, même le malheur de sa vie accompli, elle disait encore « qu'elle n'en avait jamais éprouvé de plus vive ». Le régiment de son fils devait faire partie de l'expédition, et malgré les trop justes appréhensions qui s'étaient réveillées depuis quelque temps pour sa santé, elle dut se résigner en silence à le laisser partir. Lady Georgiana, par sa disposition naturelle, n'eût assurément point été une de ces mères craintives qui cherchent à détourner leurs fils des périls où les engage le devoir ou l'honneur. Mais un trop sûr instinct l'avertissait de la gravité d'une rechute qu'il avait subie à Rome, passagère il est vrai, mais indiquant l'existence d'un mal toujours menaçant, et elle savait que l'âme énergique de son enfant lui prétait physiquement une force factice.

Elle n'osa point cependant exprimer sa terreur, et elle attendit en silence, et dans une inexprimable angoisse, l'arrêt décisif des médecins qui

338 CHAPITRE Xlil — (1853-1835)

devaient trancher la question. Elle le fut dans un sens contraire aux désirs du jeune Fullerton. Sa mère fut ainsi délivrée de tout ce que l'éloignement et les dangers de la guerre eussent ajouté aux inquiétudes rarement apaisées dans son cœur; mais cette décision elle-même venait les confirmer, et, non moins que l'amer mécompte de son fils, contribua à troubler les derniers jours de sécurité relative qu'elle était destinée à connaître ici-bas 1

Assurément, si cet enfant bien-aimé eût été frappé sur un champ de bataille, ou si la maladie, plus meurtrière que le feu, l'eût atteint dans une ambulance lointaine, le désespoir de ses parents eût été aggravé par l'infranchissable distance, aussi bien que par la pensée dévorante d'une responsabilité encourue. Ce surcroit de douleur leur fut épargné. Néanmoins ils furent privés de la consolation d'être auprès de lui à son dernier moment! Ce fut pendant une courte absence, à la fin d'un séjour à Rushmore, chez son oncle Lord Rivers, qu'il devait quitter le lendemain. Ce fut là que le 29 mai 1855, avant qu'il eût atteint sa vingtet-unième année, la mort vint frapper subitement ce fils unique et adoré, et ouvrir dans le cœur de ses parents une blessure que rien sur la terre ne devait jamais guérir !

<c Les plus longues années n' effacent point le

Page 1