MARIAGE DE L'HONORABLE FANNY PITT
Que sa volonté soit faite. Seulement , qu'il me soit donné de travailler avec zèle et avec ardeur là où il me laisse, ne
fût-ce que pour quelques jours
Mon Dieu, mon âme est aujourd'hui dans un triste état. Elle se raidit contre ma volonté qui est de vous servir bien fidèlement, de vivre dans le recueillement et la fer-» veur. Et je sens ma pauvre âme, résistant à ma volonté, et languissante aussi bien que mon corps. Faites-moi la grâce de vaincre Tune et l'autre et de marcher d'un pas ferme dans le chemin de l'obéissance et de la patience.
Elle eut à cette époque, presque à la fois, une grande joie au sujet du mariage de Fanny Pilt, seconde fille de sa sœur, avec Lord Carmarthen, (fils aîné du duc de Leeds), et un grand chagrin causé par la mort d'un de ses plus chers amis. Nous la laisserons parler elle-même de ces deux événements.
Londres, 36 novembre 1857,
Ma bien chère Susey,
Samedi matin je suis restée à genoux bien longtemps, demandant à Dieu que ce grand bonheur vous fut accordé ! Que Dieu soit mille fois béni de m'avoir exaucée ! Mon cœur est pénétré de reconnaissance, et je puis dire avec vérité que dans ce monde où je désire maintenant si peu de choses, il n'en est pas une autre de ce genre qui pût me faire éprouver la joie que je ressens... Que Dieu bénisse cette chère enfant! Oh ! quel plaisir d'avoir à porter à ma mère cette bonne nouvelle, lorsque j'irai la voir cette après-midi... J'avais très souvent rêvé, en dernier lieu, que cet événement s'accomplissait, et m'étais réveillée avec un grand mécompte que ce ne fût qu'un rêve !... Enfin aujourd'hui cela est vrai, je ne rêve pas
Le jour qui m'a apporté cette joie m'a aussi apporté une
dtt CHAPITRE XIV — (1865-18S7)
douleur, furëvoe depuis longtemps, mais qui n'eu a pas été moins vive, celle de la mort de notre si cher ami le duc de Norfolk... Elle a eu lieu hier au soir, si doucement que sa femme et James Hope qui étaient seuls près de lui n*oiit pu s'apercevoir du moment où il a expiré. Je ne m'attends point k ce qu'elle m'envoie chercher ; je suis sûre que sa douleur sera aussi calme qu'elle sera intense et inconsolable. Victoria ', plus encore qu'autrefois, sera pour elle une amie autant qu'une fille... Même si je partais, ma mère ne resterait pas seule, mon mari ne la quitterait pas, et d'ailleurs elle sera si heureuse de la nouvelle d'aujourd'hui que je ne crains pas pour elle d'accès de mélancolie en ce moment... J'envoie encore à ma chère Fanny nos plus tendres félicitations, j'ai hâte de renouveler connaissance avec G. (Lord Carmarthen) que je n'ai pas revu depuis son enfance. Que Dieu vous bénisse, ma Suzey chérie !
Après avoir pénétré dans quelques-uns des secrets de la vie intérieure de Georgiana^ il sera intéressant pour nous d'étudier, dans sa vie extérieure, les efTets des résolutions énergiques et répétées, que nous lui avons entendu formuler dans ses prières.
Pour cette étude, les faits ne nous manquent pas, et notre difficulté serait de les consigner tous dans quelques pages; car, en réalité, un volume entier ne suffirait pas pour parler en détail des œuvres qu'elle entreprit ou seconda. Mais ces détails ne sont pas nécessaires pour faire
1. Lady Victoria, fille aînée du duc et de la ducbesse de Norfolk, mariée alors récemment à M. Jamet Hope.
CHAPËL STREET 36»
oomprendre l'emploi et les enseignements de cette vie si généreusement chrétienne, et c'est là surtout ce qu'il est important pour nous de cennaitre, et surtout d'imiter, dans la niesure de nos forées.
. £n même temps que Slindon, qui était leur habitation de campagne, M. FuUerton et Lady Georgiana en avaient conservé une à Londres, située Chapel Street, Park Lane, pour venir y séjourner chaque année. Ces séjours périodiques furent consacrés par Lady Georgiana à ce mouvement actif de la charité auquel elle se donna à cette époque, cœur, corps et âme : mouvement qui a son tourbillon tout comme celui du monde, et auquel il faut aussi savoir résister pour le contenir dans une certaine mesure, et Tempôcher de tout entraîner avec lui. Cet entraînement, quelque excusable qu'il eût été, n'arracha jamais à Lady Georgiana une seule minute du temps réservé à son mari, ou destiné à sa famille ; et elle sut aussi toujours en conserver une part, petite ou grande, pour le travail littéraire, que, malgré ses tentations et ses scrupules, elle poursuivit avec persévérance jusqu'à la fin de sa vie. L'ordre et la régularité lui firent accomplir le miracle de la multiplication des heures de sa journée.
Considérant le nombre des œuvres dont elle s'occupa sans cesse, on ne peut assez s'étonner
de la largeur de ce temps libre (comme on dît dans les règlements des communautés) qu'elle accordait à ses amis et à ses proches, et dont ils profitaient sans se douter des prodiges d'ordre et d'exactitude [qu'il lui fallait pour le leur réserver; de même qu'en se trouvant à une table bien servie, on ne se doute pas quelquefois des miracles d'ordre et d'économie qu'il a fallu accomplir pour effectuer la belle ordonnance du repas qui nous est offert.
Nous allons maintenant en juger par nousmêmes, en suivant Lady Georgiana dans les chemins nombreux et divers parcourus par sa charité, et entrer avec elle dans ce monde des pauvres qui devint le sien, et où Dieu sut lui rendre, au centuple, la joie perdue de sa vie !
Dévouement croissant aux pauvres. — Chapelle bavaroise de Warwick street. — Les sœurs de la Charité appelées en Angleterre. — Mist Stanley. — > Lady Fitzgerald. -« Visites aux pauvres. <— Les pauvres Irlandais. — Les pauvres enfants. — Œuvres diverses. — Amies et auxiliaires de lady Georgiana. — Travail littéraire. — Lettre au R. P. Faber.
Lady Georgiana, nous le savons assez, n'avait pas attendu jusqu'au temps où nous voici par* venus pour s'occuper activement des pauvres. Il serait plutôt vrai de dire que, depuis de longues années, elle y pensait et s'en occupait toujours, puisque son travail littéraire lui-même n'était qu'un détour pris pour les mieux secourir. En un mot, il y avait déjà longtemps que la charité était l'accessoire obligé de 'sa vie. Maintenant, elle en devint la grande et la principale affaire.
Mais cette affaire, bien véritablement grande, puisqu'elle embrasse celles de tous ceux qui souffrent dans leur corps ou dans leur âme, cette affaire devient sans peine envahissante, ainsi que le savent tous ceux qui ont tenté, le moins du monde sérieusement, d'y mettre la main. Aussi, dès le premier moment, nous l'avons dit, il nous faut autant admirer la fermeté avec laquelle Georgiana sut réserver une partie de son temps.
que la générosité avec laquelle elle en prodigua le resle.
 peine établie à Londres, elle s'était mise en rapport avec le clergé de sa paroisse (la chapelle bavaroise de Warwick streel) pour connaître les besoins des pauvres catholiques du quartier qu'elle habitait. Elle commença dès lors à les visiter régulièrement elle-même quand elle le pouvait, ou, lorsqu'elle en était empêchée, se faisant remplacer par une amie, ou bien encore, comme une seconde bonne œuvre, elle défrayait^ pour prendre sa place, une pauvre et ho&néte personne qu!elle chargeait, en certains jours^ de son mandat de charité, préférant même quelquefois qu'il en fut ainsi, afin de se mieux cacher elle-même et de faire apparaître une autre comme l'auleur des bienfaits qu'elle-répandait.
Ce fut dans une visite de ce genre à une pauvre femme alitée depuis un grand nombre d'années, que quelques-uns des procédés charitables de Lady Georgiana furent révélés à l'une de ces remplaçantes. Celle-ci, après avoir déposé sur le lit de la malade l'argent et le contenu d'un panier de provisions dont elle était chargée, se retirait aprè» quelques bonnes paroles, lorsque la pauvre femme, après l'avoir remerciée^ lui dit d'une voix triste :
« Vons vous en allez, Madame?...
— Mais oui. Cela vous étonne ?