AU MILIEU DES PAUVRES
— Ah 1... c'est que l'autre dame ne s'en allait pas si vite..., elle faisait mon feu...
— Ohl qu'à cela ne tienne. » Et la remplaçante se mit en devoir de rallumer le feu éteint du foyer. Quand ce fut fini :
« C'est bien cela, n'est-ce pas? dit-elle.
— Oh! oui, très bien ; mais ce n'est pas tout.
— Eh bien I dites-moi le reste. Je suis venue ici pour remplacer la dame qui n'a pas pu venir aujourd'hui ; je veux faire tout ce qu'elle fait habi* tuellement elle-même. »
Elle apprit alors que Lady Georgiana, avant de quitter sa malade, balayait sa chambre, y rétablissait la plus par£adte propreté, s'occupait emsuite dans les moindres détails de sa toilette, ne semblant jamais ennuyée, rebutée ou fatiguée. Elle ne s'en allait enfin, que Iprsqu'elle s'était assurée que jusqu'à sa prochaine visite elle ne manquerait de rien, et souvent même, avant de partir, demeurait longtemps près d'elle, lui faisant la lecture, ou causant avec elle. La remplaçante fit de même, et probablement, à dater de ce jour, elle remplit son devoir auprès des pauvres avec plus de perfection qu'elle ne l'avait fait jusque-là.
Mais Lady Georgiana comprit vite que son action individuelle était insuffisante, que c'était autrement et d'une manière plus permanente et plus efficace, qu'il fallait lutter avec la misère et les maux qu'elle entraine. L'idée qui germa
promptement dans son esprit, ce fut celle d'appeler à son aide les sœurs de Saint- Vincent de PauL Mais il n'était pas facile d'y parvenir. Aucune maison dé leur ordre n'existait alors en Angleterre, et en faire venir était une entreprise qui dépassait ses moyens. Ce désir était sans cesse dans sa pensée et dans ses prières, lorsqu'elle se trouva tout d'un coup rapprochée d'une personne non moins généreuse, non moins courageuse qu'elle-même^ et à celle-ci vint bientôt se joindre une nouvelle convertie qui, avant fnéme de l'être, avait donné des preuves singulières et héroïques de sa charité. La première était Lady Fitzgerald (née Freemantle) qui, dès lors vouée aux bonnes œuvres, alla peu après s'y consacrer sans partage, dans une com-» munauté religieuse. La seconde, c'était Miss Mary Stanley, la sœur du célèbre docteur Stanley, doyen de Westminster, qui joua, on s'en souvient sans doute, un grand rôle dans le monde intellec* tuel et religieux de son temps et de son pays. La sœur avait en partage l'élévation d'esprit de son frère, la largeur et la générosité de ses vues; mais elle avait en outre, en même temps qu'un courage viril, un ferme et logique bon sens qui n'était pas fait pour demeurer toujours dans les lueurs vagues où le doyen se plaisait à habiter lui-même, appliquant sa brillante éloquence et l'éclat de son style à disperser la lumière, sans la rassembler jamais, d'une façon nette et puissante, sur aucune
HART STÂNLBT M»
image, pas même sur l'image adorable et divine du Christ ! Miss Mary Stanley, quoique aimant son frère d'une affection qui fut le sentiment dominant et unique de sa vie, ne fut cependant asservie ni par son admiration ni par son affection pour lui. Elle sut agir et elle sut réfléchir sans subir aucune influence, et je mets ici à dessein l'action avant la réflexion, parce que ce fut dans l'exercice actif d'une charité surprenante qu'elle fut frappée de la beauté logique de la vérité. Elle ne s'était pas bornée à des actes de bienfaisance ou de bonté ordinaires. Au début de la guerre de Crimée, elle fut une de celles qui partirent sous la direction de Miss Nightingale pour aller porter aux blessés des secours qui n'avaient jamais été donnés jusque-là aux soldats anglais sur le champ de bataille. Cette idée était née du réveil catholique, qui avait attiré en Angleterre, sur les sœurs de Saint-Yincent de Paul, l'attention publique à laquelle (comme tant d'autres choses) elles avaient été soustraites par le mur de préventions élevé et maintenu pendant trois cents ans autour des institutions catholiques. Mur aujourd'hui grandement démoli, sinon entièrement détruit, et qui n'empêche plus aucun de ceux qui veulent regarder, de voir ce qui se passe au delà.
Mary Stanley fit donc cette courageuse campagne, et, dans les ambulances de Grimée, elle se
trouva en contact avec les sœurs gardes-malades des blessés de l'armée française, et elle apprit non seulement à imiter leurs exemples, mais à s'inspirer de leur esprit.
A son retour en Angleterre, elle embrassa le catholicisme; l'affection de son frère pour elle n'en subit aucune altération, et elle-même n'eut point de changement à effectuer dans sa vie, dès lors toute dévouée aux pauvres; mais mieux qu'une autre, elle se rendait compte de ce qu'on pouvait attendre de l'Ordre par excellence avec lequel elle venait d'être mise en contact. On ne s'étonnera donc pas de la trouver en troisième, entre les deux amies réunies dans le but d'appeler au milieu d'elles ces puissantes auxiliaires.
Au commencement de 1859, — écrit la sœur supérieure de la maison des sœurs de Saint-Vincent, maintenant établie à Londres depuis de longues années, •— Lady Georgiana Fullerton, Lady Fitzgerald^ et Miss Stanley, écrivirent aux supérieurs de Paris, et leur demandèrent trois sœurs de la Charité, pour commencer h Londres la visite des pauvres, et pour y établir une crèche. On ne proposait encore cette œuvre que comme un essai provisoire, mais les trois dames ci-dessus nommées s'engagèrent à payer tous les frais nécessaires pour le maintien de cette maison pendant deux ans. Cette proposition fut acceptée.
Trois sœurs furent envoyées, et prirent possession ^ le 22 juin 1859, d'une petite maison, qui leur avait été "préparée par les soins de leurs protectrices, dans York- Street, Westminster,