TRAVAIL LITTÉRAIRE
reuses et bienfaisantes, procurant à l'esprit un plaisir et un repos dont, hélas! on ne pourrait peut-être parler aujourd'hui en France, sans faire sourire la plupart de nos lecteurs, et probablement de nos lectrices ! Les connaissons-nous en effet aujourd'hui, chez nous, ces fictions, qui émeuvent et élèvent l'âme, dont l'intérêt est assez puissant pour stimuler l'imagination, sans être de nature à amollir le cœur, et qui savent même parfois lui donner une pâture salutaire, produisant une vigueur et un courage que n'obtiendraient pas toujours des pages écrites plus directement dans le but de les stimuler ? De la vertu, de la morale, dans le sens qu'avaient autrefois ces vieux mots, on n'en veut plus dans nos romans d'aujourd'hui ; de l'intérêt même, il n'en faut pas davantage. Il paraîtrait que la vie humaine n'en offre plus, au temps où nous voici parvenus. Il paraîtrait que la lutte, le remords, l'héroïsme, la douleur, la tendresse, la pitié, l'amour lui-même, ces thèmes immortels, ces cordes vibrantes de l'âme des siècles écoulés (et n'en doutons pas, des siècles à venir) sont dans le nôtre devenues muettes ou sont brisées. Et Ton appelle cette grande insulte à la nature humaine, le Naturalisme!... Mais ce n'est que pour un temps. La poésie, la vertu et la beauté ne peuvent mourir, non plus que la vérité où elles vivent ensemble, et nous pouvons prédire à leurs détracteurs, sans crainte
88a CHAPITRE XY — (1867-1889)
d'être démentis par l'éclat futur de leur renommée, que la postérité dira d'eux :
Non rag^onam di loro, ma guarda e passa !...
Les ouvrages les plus remarquables de Lady Georgiana pendant cette période, indépendamment de Madame de Bonneval et de Rose Leblanc, écrits en français, furent : 1* Trop étrange pour n'être pas vrai^, récit fondé sur une légende de la cour de Russie dans le siècle dernier;
2"* Une Vie orageuse ^ qui a pour sujet la destinée tragique de Marguerite d'Anjou, fille du roi René et femme de l'infortuné Henri VI d'Angleterre ;
3* Constance Sherwood, qui eut moins de succès que les autres par la raison qu'ayant donné à un récit du seizième siècle la forme d'une autobiographie, l'auteur avait dû adopter et maintenir d'un bout à l'autre le langage du temps d'Elisabeth et de Jacques V^y et malgré tout le talent dont elle y fit preuve, il résulta de cet effort une contrainte qui nuisit à l'intérêt du livre. On comprend cependant qu'elle n'avait pu affronter cette difficulté et tenter de la vaincre, sans de nombreuses et longues études du temps et des lieux où elle avait placé le personnage avec lequel elle s'était identifiée. Cette étude n'était pas seulement historique et littéraire, ce fut surtout une étude reli*