‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 14 sur 196 · ÉDUCATION · texte numérisé non relu

ÉDUCATION

pauvreté l'obligeait souvent à avoir recours. Elle intéressa vivement Georgiana, et ses leçons d'italien devinrent pour elle un plaisir égal au supplice que lui avait infligé ses leçons de danse.

Une certaine chance malheureuse semble s'être attachée toutefois à ceux dont l'enseignement avait le don de la captiver, car, tout comme le professeur delà Haye, la pauvre comtesse Galvani devint folle plus tard et mourut dans un asile d'aliénées, non sans avoir continué ses leçons attrayantes, mais peut-être un peu imparfaites pendant plusieurs années. Elle fit lire Métastase d'un bout à l'autre à son élève. Elle lui fit apprendre par cœur des chants entiers du Tasse. Elle lui fit traduire en italien une tragédie anglaise, intitulée The house of Aspen, ce dont Georgiana s'acquitta si bien, que sa mal tresse s'empara de cette traduction et en emporta l'unique exemplaire. Mais jamais M*"^ Galvani, quoiqu'elle ait continué ses leçons jusqu'à ce que Lady Georgiana eût atteint l'âge de quatorze ans, ne lui fit lire une seule ligne du Dante. Elle ne semble pas même lui en avoir prononcé le nom. Disons-le en passant, cette lacune ne fut jamais comblée. L'occasion de l'étude nécessaire pour apprécier le Dante ne se représenta pas, et la noble intelligence de Lady Georgiana fut privée de l'inexprimable jouissance de connaître, d'aimer le grand poète catholique, et de repaître son cœur, son âme et sa foi de l'aliment solide

et sublime dont Pincomparable langage du Dante n'est, à vrai dire, que l'assaisonnement et la parure!...

En revanche, M"" Galvanî lui laissa ses quatre volumes de Métastase, « que pendant plusieurs années je lus et relus », dit Lady Georgiana, ^ sans aucun profit quelconque ». Cette poésie mélodieuse et affectée eut même l'inconvénient de lui remplir la tête d'idées romanesques « que jamais des romans tels que ceux de M"*® Austen, par exemple, n'y eussent fait naître ». C'est elle qui fait cette réflexion ; puis après avoir raconté que le jour où elle eut quatorze ans, on lui fit présent des œuvres de Racine, elle ajoute :

J'ai souvent eu de la peine à comprendre pourquoi, tout en nous interdisant si soigneusement ce qui avait Tapparence d'un roman, jusqu'à l'âge de dix-sept ans, je n'en avais lu qu'un seul, de Miss Edgeworth, et les Contes des Croisés de Walter Scott (que je savais, il est vrai, à peu près par cœur), pourquoi, dis-je, avec cela, on nous donnait à lire, avec une extrême facilité, des poèmes de toutes sortes, dramatiques et autres ? Dès l'âge de quatorze ans, je lus toutes les tragédies de Racine, même Phèdre, les comédies de Molière, tous les poèmes de Walter Scott, et mes premiers essais de composition furent tous calqués sur les tragédies françaises et les poèmes italiens, dont j'avais l'esprit rempli.

A cette époque de sa vie, cependant, et au milieu de ces lectures un peu irrégulières elle en fît une dont l'effet fut imprévu et profond. Ce fut

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