LADY RIVERS
dépeint son caractère si on ne les comprenait pas sans peine.
La maladie que nous verrons moissonner les uns après les autres les quatre fils de Lady Rivers (et dont aucune de ses huit filles ne fut jamais atteinte) n'était point un mal soudain et rapide. C'était une diminution graduelle de leur force musculaire, commençant vers l'âge de quatre ou cinq ans, faisant prévoir dès le premier jour le malheur qui, pour tous, devait s'accomplir avant qu'aucun d'eux eût atteint Tàge de dix-huit ans. Et si nous parlons ici de ces faits c'est pour bien faire comprendre la portée du passage que nous venons de citer.
C'étaient, en effet, on le voit, des chagrins exceptionnels qu'il s'agissait de consoler, et lorsque Suzanne Pitt parle du don que possédait sa tante de communiquer la volonté de supporter ZVpreuve quelle qu'elle fut, ces paroles ont ici un sens, que ce que nous venons de dire peut seul faire mesurer ! Lady Rivers, appuyée sur sa sœur, porta en effet sa lourde croix avec l'héroïsme d'une chrétienne qui, à travers tout^ sait reconnaître et bénir la miséricordieuse main qui l'impose . — Calme et résignée au milieu de cette vie d'angoisses, ses amis l'entendirent souvent, avec attendrissement, se fortifier et se consoler^ en songeant que l'infirmité physique de ses fils (dont les facultés intellectuelles demeurèrent toujours intactes) ,
grandissait leur valeur morale, les préservait des dangers de ce monde, et leur assurait au terme de leur courte vie une récompense glorieuse et certaine !
Dans ce temps où de communes douleurs les unissaient ainsi plus que jamais, Lady Georgiana écrivait à sa sœur :
Ma bien chère Susey,
Ne vous étonnez pas de raccablement où vous êtes. — C'est le résultat de tout ce que vous avez récemment traversé. Vous avez cruellement souffert, ma bien-aimée sœur! et vous avez été trop occupée des autres pour vous apercevoir de votre propre fardeau ; avant de pouvoir chercher pour vous-même un peu de repos, vous avez eu à vous occuper de mille soins, à faire des arrangements et à prendre des décisions, à faire des projets]... Il n'est réellement pas surprenant que le poids de vos sollicitudes journalières, de vos espérances, de vos craintes, de vos soins incessants se fasse maintenant sentir... Je prie pour vous et les vôtres plus ardemment que jamais... Votre voie est rude et difficile, ma bien-aimée ! l'alternative entre la crainte et l'espérance est souvent plus difficile à supporter que le malheur sans espoir lui-même ! [sans espoir, je veux dire relativement à la terre, et à son bonheur passager) !...
Je suis honteuse de vos louanges, quoique touchée que vous me les adressiez. Dieu sait que le courage dont vous parlez, ainsi que la cause qui le produit, sont des dons entièrement gratuits et immérités de ma part.
Que Dieu vous bénisse! ma sœur, si tendrement
chérie. — C'est vous que j'admire ! vous, qui, au milieu de tant de peines, savez si courageusement et fidèlement iiccomplir tous vos devoirs î...