NOUVEAU SÉJOUR A PARIS
Sur le même sujet, elle écrit à son frère :
Nous avons reçu d'admirables lettres de ma chère Suzanne. Elle supporte son épreuve avec un courage et une résignation qui dépassent même ce qu'on pouvait attendre d'elle. Mais quelque poignant que soit son chagrin actuel, combien il est aggravé par ses inquiètes prévisions pour ses autres fils !... Ce sont là des alternatives de crainte et d'espoir qui semblent dépasser ce que peuvent endurer des coeurs brisés... La profonde tranquillité qui /^^ar accompagner une douleur sans espoir, sans espoir pour ce monde, leur est refusée. Que Dieu les fortifie, les aide et les soutienne tous les deux !...
Peu après l'époque à laquelle cette lettre fut écrite, nous en trouvons plusieurs datées de Paris. Elle y fit alors et dans les années qui suivirent des séjours, plus ou moins longs, en allant et en revenant du Midi, où, soit à Menton, soit à San-Remo, elle passa avec son mari plusieurs hivers. En avançant dans la vie, toutefois, Lady Georgiana devint plus sévère qu'elle ne l'avait été pour l'heureuse période de sa jeunesse passée à Paris, et elle se reprochait maintenant le temps qu'elle disait y avoir perdu, ou donné trop largement au monde. Malgré ce scrupule rétrospectif qu'elle n'éprouva que lorsqu'elle fut parvenue à ce moment où, voyant les choses dans la blanche lumière de la vie des saints, elle se jugea ellemême avec une sévérité excessive, malgré ce scrupule, dis-je, elle aima toujours à se retrouver à Paris, et en particulier à revoir le lieu où
s'étaient écoulées son enfance et une partie de sa jeunesse.
Un jour elle voulut aller passer une ou deux heures, seulCj dans le jardin de l'ambassade d'Angleterre :
Là, écrivait-elle plus tard à Tune de ses amies, je me livrai sans contrainte à tous mes souvenirs ; je recommençai -ma vie — joies, peines, désirs, regrets, remords, douleurs... Je repassai tout ce que j'avais éprouvé dans ce lieu, et depuis que je Pavais quitté... Ce fut une vision du passé, qui me causa comme un enivrement de tristesse, mais en même temps la plus grande, la plus inexprimable reconnaissance envers Dieu î ...
Pendant les séjours passagers qu'elle fit à Paris dans cette nouvelle phase de sa vie, elle se réserva toujours le temps de faire quelques visites à ses amis, mais elle ne retourna plus dans le monde; ses journées étaient employées à visiter les hôpitaux, les écoles^ les crèches, les asiles, à s'informer du progrès et du fonctionnement des œuvres de charité qui se multipliaient alors à Paris chaque jour davantage, et qu'elle étudiait avec soin, dans le but de les appliquer autour d'elle au retour, avec cette connaissance de cause que peut seule donner une attention soutenue, et l'espèce de passion avec laquelle on poursuit une étude favorite.
Dans toutes ces explorations intéressantes, elle avait pour compagne l'amie de sa jeunesse, la