LA MARQUISE DE SALVO
marquise de Salvo, qui, devenue veuve, menait dès lors à Paris cette vie rigoureusement séparée du monde, dont elle ne s'est jamais départie depuis. Ceux qui aujourd'hui encore vont la trouver dans cette retraite où les arts, l'étude, et la piété vivent ensemble dans une harmonie riante et sympathique, comprendront sans difficulté Tattrait de Lady Georgiana pour cette amie si digne d'elle, et le charme avec lequel elle se retrouvait dans cette demeure où tout satisfait et repose l'esprit, l'âme et les yeux ! . . . Il y avait d'ailleurs entre elles de grands traits de ressemblance. Gomme Lady Georgiana, M"** de Salvo consacrait sa vie aux pauvres, et son rare talent pour la peinture ne servait, comme les écrits de Lady Georgiana, qu'à alimenter ses œuvres charitables. Le même intérêt les unissait, leurs occupations étaient semblables, et, lorsqu'elles étaient séparées, leurs communications étaient fréquentes. L'une secondait les œuvres de l'autre. Les merveilleux dessins de la marquise de Salvo faisaient la fortune des ventes annuelles que Lady Georgiana organisait à Londres; en retour, la marquise savait qu'elle pouvait compter sur le concours de son amie et avoir recours à elle sans scrupule dans l'intérêt des pauvres qu'elles aimaient toutes les deux également. Leur intimité ne fit que s'accroître avec les années, et nous trouverons la preuve de cette affection fidèle jusque dans ses
396 CHAPITRE XVI — (1857-l86o)
dernières paroles prononcées par Lady Georgian»^ ou tracées par sa main mourante...
Les autres personnes avec lesquelles elle demeura toujours à Paris en relations intimes sont nommées dans les passages suivants d'une lettre à son frère :
Paris, 23 jaio 1857.
... J'ai VU la princesse Wittgensteiu qui est pour moi une très chère amie, demain je dois voir Sabine* et M"^" de Gontaut. Je ne ferai pas d'autres visites, ayant déjà vu les Montalembert... Nous avons passé la soirée chez eux mercredi. Ils nous avaient dit que nous les trouverions en famille. Mais je suppose que ce terme comprenait les directeurs du Correspondant, Car nous y avons trouvé M. de Falloux et M. de Melun, avec lesquels j'ai été charmée de faire connaissance. Le dernier consacre sa vie aux œuvres de charité. Il n'est pas une institution utile aux pauvres et même presque pas un seul pauvre de Pans qu'il ne connaisse et dont il né soit connu !...
J'ai trouvé M. de Montalembert très souffrant et attristé sur sa santé, mais calme et causa^nt comme il sait le faire. J'avais craint de le trouver très violent sur la politique, mais il l'a évitée et a parlé principalement de sujets littéraires. J'ai aussi revu avec joie la duchesse de Gallîera. Son petit garçon se porte très bien, et a beaucoup embelli
Madame de Bonneval continue à trouver des lecteurs, me dit- on. M. de Sainte-Beuve doit en parler dans un prochain article. — Je suis très indignée contre un éditeur de Paris, qui a publié, sans mon consentement (et par conséquent illégalement) une traduction àeLady Birdy