Née de Dalberg
398 CHAPITRE XVI — (f857-1865]
l'avaient intimement rapprochée d'elle, et depuis deux ans surtout, ses grandes souffrances, sa piété toujours croissante et son admirable courage la lui avaient rendue de plus en plus chère. La douleur de son frère fut partagée par sa famille et par toute la société de Londres, aussi bien que par les amis de jeunesse de Lady Granville, qui l'aimaient comme elle savait aimer elle-même, fidèlement, chaudement, inaltérablement, sans jamais se refroidir ni oublier. Hors du grand monde où elle vivait, elle avait de nombreux amis parmi les pauvres, et elle aimait aussi à se rapprocher d'une foule d'âmes ferventes et humbles, dont les prières s'unirent assurément à celle qui fut la dernière de sa vie terrestre, et la première de sa vie éternelle, pour celui qu'elle avait, ici-bas, si profondément aimé. Ne serait-il pas permis de rattacher ainsi par un lien mystérieux le bonheur qui fut brisé par sa mort, avec celui que Lady Georgiana vit renaître plus tard au foyer de son frère, et qui répandit sur sa propre vie les plîis doux rayons dont il ait plu à Dieu de dorer ses derniers jours A ces deux grands malheurs, succéda bientôt celui qui épouvantait sa jeunesse et dont, à mesure que S'écoulaient les années, la prévision hantait sa pensée comme un fantôme : « Sa mère pourrait mourir! » Avec quelle horreur elle repoussais cette vision, à une époque où son cœur n'avait pas encore reçu une blessure encore plus profonde.