‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 155 sur 196 · Son amie Miss Laura Oldfield · texte numérisé non relu

Son amie Miss Laura Oldfield

profondément. Je ne pouvais m'empècher de penser à la pauvre Syro-Phénicienne et à ses clameurs qui troublaient aussi les assistants, et même les disciples, mais que le Sauveur entendit et exauça !...

...Dans le livre de Lady Herbert sur l'Espagne, j'ai trouvé aussi une anecdote touchante qui m'a fait une impression du même genre. C'est celle de l'enfant idiot qui n'avait jamais pu apprendre que trois paroles : Creo a Bios, Espero a Bios, Amo a Bios, et qui mourut en les répétant au pied de l'autel.

Ces deux sujets m'inspireraient, si j'avais encore la faculté de faire des vers...

Qui sait, en effet, si ces intelligences voilées du côté de la terre n'ont pas du côté du ciel une voie ouverte à un certain entendement des choses divines ?

Le livre de M"* Craven que vous avez enfin lu, je l'espère, a atteint sa dixième édition. Je vais, je le crois, le traduire ; c'est une entreprise difficile et ingrate, mais que j'aimerais beaucoup accomplir, étant convaincue du bien qu'il peut faire * .

Revenue en Angleterre en 1868, Lady Georgiana et M. Fullerton retournèrent à Slindon, qu'ils possédaient encore, quoique leur parti fût dès lors pris de s'en séparer. Elle passa un doux été dans cette charmante demeure, jouissant du voisinage d'Arundel, habité par la duchesse de Norfolk, et réunie à ses nièces, qui les unes

1. Il s'agissait du Récit d'une Sœur, qui avait paru l'année précédente. Ce ne fut pas toutefois Lady Georgiana qui le traduisit en anglais. Miss Emily Bowles, aidée de ses conseils et sous sa direction, fit cette traduction, que M. de Montalembert déclarait être la meilleure qu'il eût jamais lue d'aucun livre.

SLINDON 429

après les autres venaient chercher près d'elle le refuge assuré de sa tendresse. Suzanne nous parle du soin avec lequel son oncle et sa tante s'occupaient de leur procurer tous les plaisirs que comportait ce paisible séjour. Elle parle de leurs courses au château d'Arundel et aux autres lieux situés aux environs. Elle parle aussi d'une visite de M. le duc de Nemours, accompagné de M. le duc et de M™* la duchesse d'Alençon, et de la princesse Marguerite, qui passèrent plusieurs heures à Slindon, et elle ajoute qu'ils ne perdaient aucune occasion de témoigner à son oncle et à sa tante l'affectueuse considération qu'ils éprouvaient pour eux. Mais les souvenirs de Suzanne Pitt retracent plus souvent les jours tristes que les jours heureux. Elle s'en aperçoit elle-même et fait la réflexion suivante :

Je ne sais si je me suis trop souvent appesantie sur le côté grave du caractère de ma tante — si je Val fait c'est que, hélas I depuis la mort de mon cousin, je Tai vue plus souvent dans les larmes que dans la joie, et que c'est dans nos plus tristes heures que nous la voyions le plus vite accourir. Une de ses amies disait d'elle, qu'elle se rapprochait toujours plus volontiers de ceux qui appartenaient à trois catégories, commençant par un S (ihe Sick, the Sorrowful, the Sinful),

En français nous dirions que c'était la lettre M qui marquait ces trois catégories préférées , qui étaient en effet : les Malades, les Malheureux et les Mauvais...

Et cependant, poursuit miss Pitt, personne plus qu'elle ne me semblait savoir jouir de la vie. Sa religion était

riante et n'avait rien de morose. J*ai quelquefois regretté qu'elle ne m'ait pas parlé davantage sur ce sujet dans ma première jeunesse. Je crois qu'elle s'en abstenait alors de peur de me troubler.

Plus tard, après la mort de mon père et de ma mère, elle l'a fait davantage. Mais son exemple en disait plus que ses paroles. On ne pouvait l'approcher, sans remarquer à quel point la religion avait agi sur son caractère, et était parvenue à modifier tous les mouvements un peu trop vifs d'une nature impétueuse et ardente, et avait fait naître en elle,pour les plus petites aussi bien que pour les plus grandes choses, une douceur parfaite et une résignation qui s'appliquait à tout.

Aucun témoignage ne nous semble plus touchant et plus concluant que celui-là.

Miss Suzanne Pitt épousa, en 1872, M. Oldfield, et à dater de ce moment, elle fut moins souvent rapprochée de Lady Georgiana ; mais elle demeura toujours, même de loin, en intime communication avec elle.

Nous parlerons maintenant, avec quelques détails, de rinstitution qui devait être Tœuvre la plus importante de la vie de Georgiana, et dont elle conçut, vers cette époque, la première pensée. Depuis très longtemps déjà, elle sentait l'insuffisance de la seule maison de sœurs qui existât alors à Londres. « Il en aurait fallu neuf du môme genre, avait dit naguère le cardinal Wiseman, pour que tous les pauvres catholiques de Londres fussent effectivement secourus. » Pour cela, on le com-

Page 1