‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 156 sur 196 · FONDATION · texte numérisé non relu

FONDATION

prend, les ressources étaient entièrement insufli"santés. Lady Georgiana avait d'ailleurs en vue un autre but, que les maisons de sœurs n'auraient pas pu atteindre. Elle cherchait le moyen d'ouvrir un asile à un grand nombre de jeunes filles pieuses et pauvres, qui, ayant la vocation de servir Dieu dans une maison religieuse, n'avaient pas les moyens nécessaires pour payer la dot exigée dans toutes celles qui existaient alors en Angleterre. Ce qu'elle rêvait donc, c'était un établissement religieux soutenu par un travail industriel quelconque, auquel on appliquerait les jeunes filles qu'on y admettrait gratis, et qui acquitteraient leur dette par ce travail, tout en prenant leur part de la visite des pauvres et des autres œuvres charitables qui devaient toujours accompagner tout le reste.

Ces idées flottèrent dans son esprit bien longtemps avant qu'elle parvînt à en trouver la réali-» sation. Elles la préoccupaient de loin comme de près; à San-Remo et à Menton, où elle allait alors chaque année, comme à Londres, où elle revenait toujours au printemps. Enfin, ayant entendu parler d'une maison religieuse quf existait en Pologne, fondée dans un but analogue à celui qu'elle se proposait, elle songea d'abord à affilier à cette maison celle dont elle rêvait elle-même la fondation.

Sur ces entrefaites, une amie intimement associée à sa pensée, Miss Taylor, qui, ainsi que

Miss Stanley, avait débuté naguère dans la carrière de la charité par les apibulances de Crimée, et, comme la première, avait au retour embrassé le catholicisme, Miss Taylor, destinée à se donner tout entière à la congrégation qui allait naître, se trouva tout d'un coup mise en rapport avec un excellent prêtre, lequel, sans connaître le projet qui la préoccupait, vint spontanément lui parler, un jour, de la nécessité qu'il avait reconnue, de fonder une association dans un but précisément semblable à celui que les deux amies avaient en vue. Miss Taylor informa sans retard Lady Georgiana de cette visite, à la suite de laquelle s'engagèrent les premiers pourparlers, qui devaient préluder à l'accomplissement de leur dessein.

Avant tout, elles résolurent d'avoir recours au moyen le plus sûr pour accomplir la volonté de Dieu, c'est-à-dire, de lui demander, dans une fervente neuvaine, de la leur faire connaître. Décidées à accepter tous les moyens qui pourraient s'offrir d'effectuer leur projet, décidées aussi à y renoncer si, après avoir prié, il ne s'en présentait aucun.

Avant la fin de cette neuvaine, deux nouvelles recrues étaient venues s'enrôler. Avant la fin du mois, leur nombre était doublé. Quelques semaines encore, et elles avaient loué des chambres au cœur de la Cité. Là, les membres du pieux petit groupe, agenouillés devant une image

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de la sainte Vierge, qui fut déclarée la protectrice de l'œuvre naissante, firent, tous ensemble, l'une de ces prières qui consacrent dans la vie, d'une façon spéciale, un jour, un lieu et une heure! L'image devant laquelle cette prière fut faite se conserve avec un tendre respect dans la maison principale de l'Ordre aujourd'hui fondé et florissant.

Avant de commencer leurs premiers travaux, cependant, Lady Georgiana voulut que Miss Taylor visitât, dans le grand duché de Posen, l'ordre appelé des Petites Servantes de Marie qu'elle se proposait humblement d'imiter, car elle eût mieux aimé suivre une direction que diriger elle-même. Mais il fut reconnu que cette affiliation n'était pas praticable , et que la fondation nouvelle devait agir d'elle-même. On se mit alors sérieusement à l'œuvre; bientôt un certain nombre de jeunes filles furent réunies sous la direction de leur supérieure, Miss Taylor (alors devenue la Mère Madeleine)^ et l'ordre naissant donna les signes de cette vitalité que l'esprit de Dieu sait communiquer aux œuvres qu'il inspire. Grâce à son zèle et à son dévouement héroïque, grâce au talent d'organisation que possédait la Mère Madeleine, le travail manuel et industriel qui faisait partie de l'institution suffit en très peu de temps aux besoins de la communauté nouvelle. La maison put vivre de ses propres ressources. Bientôt on put y recevoir en assez grand nombre les pau-

vres filles auxquelles Lady Georgîana avait voulu ouvrir cet asile religieux, et, avec le temps, plusieurs d'entre elles devinrent par leur zèle, leur piété et l'utilité de leurs vies exemplaires , la source, pour leur fondatrice , des plus douces satisfactions et des joies les plus vives.

L'espace nous manque pour rendre compte ici en plus grand détail, du progrès de cette œuvre conçue par sa charité, formée par sa sagesse, soutenue par son zèle jusqu'à la fin de sa vie, et poursuivie, depuis sa mort par celui qui semble n'être demeuré ici-bas que pour compléter tout ce qu'elle n'avait pu accomplir. Mais si elle a disparu à ses regards et aux nôtres, son influence bénie semble être demeurée visiblement présente. La communauté qui a pris définitivement le nom de Pauvres Servantes de La Mère de Dieu^ approuvée et bénie depuis sa mort par le Souverain Pontife, a été encouragée à établir à Rome sa maison centrale, et un généreux bienfaiteur, qu'il est inutile de nommer, a permis à ce vœu, à peine formé, d'être réalisé.

Du moment où Lady Georgiana eut inauguré cette fondation, réservée à un avenir qu'elle n'avait pas osé prévoir, on peut se représenter avec quel intérêt elle en suivit la marche et les développements successifs. Elle ne l'avait destinée, on le sait, qu'à recueillir à Londres, surtout parmi les Irlandaises, les plus pauvres filles du

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