PAUVRES SERVANTES DE LA MÈRE DE DIEU
peuple, et, restreignant son activité, à visiter, dans leurs demeures, les indigents du voisinage. Mais peu à peu cette activité s'étendit. Lady Georgiana vit avec joie l'œuvre pénétrer en Irlande, et le nombre des sœurs augmenter sans cesse. On les appela bientôt à diriger des écoles, des orphelinats et des hôpitaux. Le travail industriel qui servait à faire subsister leurs premiers établissements fut d'abord celui de vastes buanderies; depuis, on a installé des imprimeries, et ce nouveau moyen semble destiné à prospérer et à s'étendre.
Si Georgiana ne vit pas l'expansion totale de son œuvre, elle la vit cependant s'agrandir et se répandre au delà de toutes ses espérances. « Dieu a ses desseins, » disait-elle à la fin de sa vie. « En cherchant sincèrement à les accomplir, il se trouve souvent que nous agissons autrement que nous ne nous l'étions proposé au début. Nous voulions une chose, nous nous apercevons avec le temps, qu'il en voulait une autre, parfois dépassant de beaucoup nos prévisions et nos espérances. Le tout pour nous est d'être prêts à tout accepter, et de ne tenir dans nos œuvres, qu'à faire sa volonté et non la nôtre. »
Pendant cette période, dont nous n'avons pas voulu interrompre le récit, le cœur de Georgiana si affectueux pour ses frères a^ait été comblé, en 1867, d'une grande joie par le mariage de son
frère aîné, Lord Granville avec Miss Campbell of Isla ; événement qui ramena dans la vie de Lady Georgiaua un élément de bonheur, plus grand encore qu'elle ne le prévoyait, lorsqu'il s'accomplit.
En 1865, Lord Granville avait été nommé Lord Gardien des cinq Ports ^, Cette haute fonction confère à celui qui en est revêtu le droit d'habiter, sa vie durant, le château de Walmer, près de I>ouvres. Le duc de Wellington, qui pendant les dernières années de sa vie avait occupé ce poste, aimait ce séjour de prédilection, et y passait alors la plus grande partie de son temps. Ce fut à Walmer Castle, que se termina subitement et sans souffrances sa longue et glorieuse carrière.
Lord Granville, à son tour, ne se plut pas moins dans ce lieu que le plus illustre de ses prédécesseurs, et dès le premier moment, ce fut aussi celui où Georgiana aima de préférence à venir retrouver son frère, et à jouir, pour lui et pour elle-même, du bonheur qui rayonnait autour de lui, et dont le reflet illumina sa propre vie de joies vives et sans nuages.
Ceux qui se souviennent de l'expression qui
1. Lord Warden ofthe Cinque ports. Les Cinq ports sur lesquels s'étend la juridiction du Lord Gardien sont : Sandwich, Hastings^Bomney, Hythe et Douvres, y^ Hmer Castle est un des trois châteaux-forts construits par Henri VIII pour la défense des cinq ports. Les deux autres sont Deal et Sandown.
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animait ses traits lorsque quelques années plus tard elle parlait de sa jeune belle-sœur, savent assez que son affection pour elle fut le sentiment le plus profond et en même temps la plus grande jouissance des vingt dernières années de sa vie. Elle eut le bonheur de voir naître et grandir sous ses yeux les enfants de son frère, et il est inutile de dire quels flots de tendresse son cœur maternel versa sur eux. Cette lueur sereine, répandue sur la fin de sa vie, jeta aussi un doux éclat sur l'enfance et la première jeunesse de ceux auxquels le souvenir de leur chère tante Georgiana est cher, comme celui d'une amie toujours présente, dont les prières les protègent encore !
Nous reprenons maintenant le journal des an-* nées précédentes, interrompu pour donner place au récit des faits de cette période.
Journal
1866. 27 janvier, — J'ai été frappée aujourd'hui de ces paroles : v Nous ne devons rien faire avec négligence, puisque nous devons tout faire pour Dieu. » Cela ni*a fait penser à l'histoire de saint Ignace et du frère qui avait fait son ouvrage avec inattention : oc Pour qui travaillezvous, mon frère ? — Je travaille pour Dieu, répondit le frère. — En ce cas je vais vous infliger une punition plus sévère que si vous n'aviez voulu plaire qu'aux hommes. »
4 février. — Ne jamais s'arrêtel* avant de pouvoir dire avec vérité : Mon âme glorifie le Seigneur, et que ce sentiment ne remplisse chaque instant de la vie !
Plus on s'est souvent senti faible, plus on a succombé,
plus on sent la force qui peut nous faire vaincre toujours...
1868, Paris, 6 avril. — J'ai souffert depuis que je suis ici d'une grande tristesse, et de Tabsence de toute conso« lation spirituelle. — Je suis si accoutumée depuis quelque temps à la paix et à la joie intérieure, que cela me semble étrange d'en être privée. Mais plus ardemment que jamais je désire aimer et servir Dieu, et j'espère que cette épreuve sera utile à mon âme.
10 avril, Vendredi-Saint. — J'ai encore cette sensation de n'être pas tout à fait près de Dieu. Cela me rend triste, et me fait sentir hors de mon état ordinaire, je n'en discerne pas en moi la cause. Je renouvelle mes bonnes résolutions.
18 avril. — Arrivés à Douvres. — Deo Grattas /— Je respire encore une fois l'air de ma chère Angleterre!... J'ai été faire une prière dans la petite chapelle. Oh ! mon Dieu, je vous remercie de tous vos bienfaits avec une ardente reconnaissance... Je vous offre et vous remets entre les mains le temps que je vais passer dans mon cher pays. Faites que j'y travaille beaucoup pour vous.
3 aoui. WoRTHiNG. Couvent de N.-D. de Sion. — Aucune joie en commençant cette retraite, jamais je ne me suis sentie ainsi, froide, indifférente, disposée à une sorte d'irritation... Toutefois lorsque le prédicateur a dit, dans son premier sermon que le P. Segneri était entré en retraite un homme ordinaire, qu'il en était sorti un saint, j'ai senti le plus ardent désir qu'un changement semblable pût s'opérer en moi pendant celle que je commence et les paroles : « L'homme est cr(fé pour louer Dieu, » m'ont fait venir les larmes aux yeux. Mon âme, très certainement, trouve de la joie à glorifier le Seigneur, et mon esprit, d'ordinaire, se réjouit en Dieu mon Sauveur!...
4 août. — Je n'ai pas pu penser beaucoup — ma tête