DIEUDONNÉ
Je suis à genoux^ les larmes aux yeux; je bénis la miséricorde de Dieu ! J'ose à peine croire au bienfait que j'obtiens ! Mon enfant ! Dieudonnét C'est ton nom dans mon ca ur ! Je t'ai donné ce nom dans mes jours d'angoisse ; je te le donne aujourd'hui dans une joie que mon âme a peine à contenir !
Sur la même page, neuf ans plus tard, le 17 juillet 1855, deux mois après la mort de son fils, elle écrivit :
Aujourd'hui, dans mes larmes, au fond de l'abtme de ma douleur, je le répète encore :
Mon enfant! Dieudonné.
Dieu reprend son trésor...
Mon Dieu ! je tous adore Mais mon cœur est brisé !..
Les années pendant lesquelles Lady Georgiana et son mari séjournèrent l'hiver à Menton, à San Remo ou à Cannes furent précisément celles où les travaux actifs entrepris par elle à Londres lui eussent fait désirer et préférer y demeurer. Non seulement Tœuvre, qui, à dater de cette époque, fut sa préoccupation principale, était, à cause de son absence, plus lente à se développer, mais toutes celles qui existaient ou se fondaient chaque jour réclamaient son concours. Lady Lothian, en particulier, ne savait comment s'en passer. Jamais les deux amies n'avaient plus ardemment désiré être ensemble!
. . . Les lettres de Lady Lothian me donnait le mal de Londres f écrivait-elle de Menton.
Et peu après, de Cannes :
... Le ciel est perpétuellement bleu. J*ai joui de mon voyage. Mais Londres et tous les intérêts que j'y ai laissés me manquent. Rome seule, à la longue, aurait pu m'en dédommager.
Maïs Rome, nous savons déjà qu'elle n'était point destinée à s'y retrouver jamais. Une fois cependant elle se crut acheminée vers ce but désiré.
Voici notre histoire, écrit-elle à cette occasion. Le 17 février, nous sommes partis de Menton pour aller à Rome. Mais comme j'étais fort souffrante alors d'une inflammation dans l'oreille et de douleurs névralgiques dans la tête, il fut résolu que nous passerions d'abord deux jours à San Remo, et, quoique j'eusse le plus ardent désir de poursuivre notre route, mon mari et le docteur décidèrent que nous n'en partirions que le 28. Ce jour-là, en effet, nous nous mîmes en route, et nous allâmes coucher à Âlassio. J'étais au troisième ciel ! me sentant enfin, après trois mois de délai, fout de bon en route pour Rome. Mais, dans cette même nuit, mon mari fut saisi de crampes violentes, suivies d'une grande prostration nerveuse, et le lendemain matin, par le conseil du médecin, notre vetturino fit retourner la tête de ses chevaux du côté par lequel nous étions venus la veille, et nous retournâmes à San Remo, où nous sommes demeurés jusqu'à présent. Ceci est assurément un désappointement, et pour plusieurs raisons presque un chagrin. Mais je sens que je m'étais attachée à ce projet avec trop de passion. Je suis sûre que tout est pour le mieux, que c'est, comme toujours, une vraie bénédiction déguisée en épreuve, . . Après^tout, c'est en Angleterre que mon plus vif désir est de retourner.