‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 17 sur 196 · BRIGHTON — LE DUC DE DEYONSHIRE · texte numérisé non relu

BRIGHTON — LE DUC DE DEYONSHIRE

même quantité pour le souper; leur diner se composait d'un peu de viande rôtie et de légumes, suivi d'un de ces puddings connus de la seule cuisine britannique, auxquels il manque toute saveur, mais qu'on ne peut soupçonner d'aucune propriété malfaisante. Quant aux bonbons, jamais elles n'en avaient goûté un seul, si ce n'est un morceau de sucre candi que leur père leur avait donné une fois. L'ignorance de Georgiana à cet égard était si grande, qu'ayant un jour, à Paris, ouvert subrepticement une boite de bonbons qui avait été envoyée à sa mère, le jour de Tan, elle y prit une pastille de chocolat et la mangea, mais elle en trouva le goût si mauvais, qu'elle en fut effrayée, et pendant quelques heures elle éprouva la plus grande appréhension, pensant, sans oser le dire, qu'elle s'était empoisonnée et se disant avec une vive inquiétutJe que si elle en mourait^ elle aurait commis un suicide L . .

Au milieu de la vie frugale et austère qu'elles menaient à Brighton,il survint néanmoins un incident mémorable qui en interrompit delà façon la plus agréable la monotone régularité. Le frère de Lady Granville, le duc de Devonshire, arriva à Brighton et y demeura plusieurs jours. Laissons Georgiana nous raconter elle-même tous les agréments que leur procura ce séjour :

, . . Tous les jours, mon oncle venait nous chercher, quelquefois deux ou trois fois dans la journée, et il nous

faisait faire les plus belles promenades, puis, il nous conduisait dans des boutiques où il nous laissait choisir les présents qu'il voulait nous faire. Une fois, il nous garda toute la journée et. nous fit dîner avec lui à cinq heures; ce jour-là nous fîmes, on le pense bien, une chère qui s*écartait fort de notre régime ordinaire... Mais ce qui peu après fut un véritable événement, ce fut que, mes parents ayant désiré que ma sœur consultât un des médecins célèbres de Londres, le duc de Devonshire nous fit venir chez lui à Devonshire House, où nous passâmes avec lui plusieurs jours de suite.

Le luxe, la magnificence et le comfort de cette belle maison, les amusements qu'il nous y procura, le grand nombre de choses intéressantes qu'il nous fit voir, aussi bien que la variété, l'intérêt et le plaisir de tant de choses nouvelles contrastaient si fort avec notre triste vie de Brighton, que quand il nous fallut y retourner, ce fut avec le sentiment qu'éprouvent les écoliers lorsqu'ils voient finir leurs vacances.

Le duc de Devonshire était un de ces hommes dont l'esprit vif et original pouvait être senti çt apprécié, même par des enfants. Quoiqu'on ne put s'empêcher de chercher à se montrer à lui sous son aspect le meilleur, on se sentait pourtant toujours à l'aise avec lui, et satisfait de lui parler et de l'entendre. Depuis cette époque lointaine, jusqu'au jour où (en 1858) nous eûmes la douleur de la perdre, le plaisir de quelques instants de conversation avec lui ne cessa jamais de compter parmi les plus grands de ma vie !

Le duc de Devonshire reparaîtra souvent dans ces pages; mais pour faire comprendre le charme dont il était doué, et l'influence qu'il exerça, il reste peu de traits à ajouter à ceux de ce portrait

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