MORT DE LADY LOTHIAN
pauvres, riches, jeunes et vieux, voulurent y as* sister, et la plupart y communier.
La matinée s'écoula ainsi ; tous les assistants quittèrent enfin, peu à peu, la chapelle. Lady Herbert avait fait préparer un repas pour ceux qui ne voulaient pas s'éloigner ; mais, lorsque tout le monde fut réuni, elle n'aperçut pas Lady Georgiana. Une des personnes présentes retourna dans la chapelle pour la chercher. Elle l'y trouva en efifet seule, prosternée sur le cercueil de son amie, et, n'ayant plus de témoins, laissant sa douleur s'épancher sans contrainte I Ses larmes coulaient avec abondance, et des prières entre* coupées de sanglots s'échappaient à haute voix de ses lèvres...
Celle qui était entrée sut respecter l'explosion de douleur qu'elle venait de surprendre : elle se retira en silence, et laissa Georgiana prier et pleurer, sans troubler ses prières et ses larmes !
Dans le cours de cette vie si éprouvée, nous n'avons pu trouver que trois occasions où l'impétueux mouvement de son cœur l'emporta sur l'empire presque absolu qu'elle avait su acquérir sur elle-même. L'une, on s'en souvient, ce fut lorsqu'elle apprit la mort de sa sœur; l'autre fut celle que nous venons de lui voir auprès du cercueil de son amie; la troisième, enfin, ce fut auprès d'une autre tombe plus chère encore et plus sacrée pour elle, qu'elle visitait toujours
sans témoins, et oii, une fois seulement, elle consentit à être accompagnée.
Parmi toutes les personnes mêlées à sa vie, il en était une dont le zèle, la piété, le merveilleux talent d'organisation inspiraient à Georgiana autant d'admiration que de confiance. M^^* Teulière, dont le nom est cher et connu à un aussi grand nombre d'amis à Londres qu'à Paris, appartenait à cette phalange littéralement vouée au bien, qui a fait des pauvres sa grande et unique famille, phalange à laquelle notre pauvre France blessée et malade a donné l'essor, et qu'elle continue à aider à vivre, à grandir, à agir et à s'étendre. Peut-être Lady Georgiana avait-elle d'autres amies aussi intimes. Elle n'en avait pas qu'elle vit plus souvent et dont la présence et l'assistance journalières lui fussent plus précieuses et plus nécessaires.
Un jour, Lady Georgiana consentit à emmener M"" Teulière avec elle au lieu où reposait son fils. Elle ne pouvait lui donner une plus grande preuve de son amitié et de sa confiance. Peut-être s'étaitelle crue assez forte ce jour-là pour pouvoir y demeurer calme ; peut-être voulait-elle parvenir à être maîtresse d'elle-même là comme ailleurs et voulait-elle faire l'essai de son courage. Quoi qu'il en soit, l'épreuve dépassa ses forces : M"* Teulière la vit terrassée par l'angoisse, hors d'état de se vaincre... de maîtriser ses cris de douleur... Elle