‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 180 sur 196 · LADY LOTHIAN · texte numérisé non relu

LADY LOTHIAN

s'efforça de la calmer, lui serrant les mains, l'embrassant et pleurant avec elle, et la pauvre Lady Georgiana, qui se reprochait sa faiblesse^ demandait à sa compagiie de ne pas penser que ce fût de la révolte.

Qui ne pensera comme nous, que si ce cœur si tendre, si ardent, éclata ainsi extérieurement trois fois, trois fois seulement dans sa vie, c'est bien sa force et non sa faiblesse, qu'il y a lieu de remarquer !..

La vie de Lady Lothian avait été non seulement édifiante, mais à beaucoup de points de vue très intéressante. Elle n'avait pas seulement, comme Lady Georgiana, reçu de loin un reflet du mouvement d'Oxford; elle avait été témoin de ses phases diverses, elle en avail directement subi l'influence, et elle avait participé à ce grand ébran-» lement religieux avec la pieuse ardeur qui se retrouve dans un grand nombre de lettres écrites à cette époque fervente et singulière, parmi lesquelles celles de Lady Lothian auront un jour leur place à part. La vivacité de son esprit, le charme et la grâce de ses manières, son zèle débordant, sa charité mêlée, de gaieté et de ce humour qui, lorsqu'il s'allie aux qualités les plus sérieuses, jette sur tout l'ensemble du caractère un attrait spécial; tous ces traits divers, dont ses enfants ont hérité (et qu'ils se sont en quelque sorte partagés entre eux), leur inspirèrent, dès le

premier jour, le désir de les voir retracés et fixés comme ils ne pouvaient l'être que par la tendresse mêlée au talent. Vers qui devaient alors se tourner tous les yeux, si ce n'est vers celle qui, plus que personne, semblait désignée pour accomplir cette grande tâche?

LadyGeorgianane pouvait, à la fin de sa carrière littéraire, en entreprendre une qui lui fût plus douce ou qui lui parût plus digne de ses efforts. Sa santé cependant, dès lors très chancelante, semblait déjà la lui interdire. Mais elle, qui, on le sait, ne regardait jamais en avant ni en arrière, et fixait seulement sa vue sur le travail placé par Dieu devant elle, accepta celui-ci simplement, pieusement, et, à travers de grands obstacles et de grandes souffrances, le poursuivit avec courage jusqu'au jour où, enfin, les cruelles et dernières étreintes de la maladie firent tomber la plume de ses mains !....

Maladie grave de Lady Georgiana. — Tunbridge Wells. — Assassinat de Lord Frédéric Cavendish. — Dernier voyage en France. — Tours. — Marmoutiers. — Paris. — Boulogne. Ayrfield. — Dernières promenades d'automne. — Noël. — Dernière fête à Saint-Joseph's Home. — A happj and a merry Christmas.

Vers la fin de 1881 la santé de Lady Georgiana, dès lors minée par un mal dont la gravité ne se révéla que plus lard, subit une crise, qui éprouva sérieusement son courage et ouvrit devant elle la carrière de souffrances et de mérites qui devait la conduire au terme de sa vie. Une maladie vive et douloureuse se déclara, et un air plus vif que celui de Bournemouth ayant été jugé nécessaire à son rétablissement, elle fut transportée au commencement d'avril à Tunbridge Wells, où, après une longue convalescence, elle recouvra graduellement et lentement ses forces. Elle était cependant encore trop faible, un mois plus tard, pour qu'on osât lui apprendre la mort de son cousin Lord Frédéric Cavendish, tombé à Dublin, le 6 mai 1882, sous le coup des assassins. Cette lugubre nouvelle ne lui fut communiquée que quelques semaines après. Elle devait lui causer une double affliction. La fin tragique de Lord Frédéric n'était

pas seulement un malheur pour sa famille et pour tous ceux auxquels il était justement cher, mais aussi pour le pays où s'était accompli ce lâche attentat, car c'était un cœur brûlant de sympathie généreuse pour l'Irlande, qui venait d'être frappé par des Irlandais. Il y avait là une amère et décourageante douleur pour les amis de l'Irlande, et on sait si Lady Georgiana était de ce nombre.

Toutefois, malgré ces secousses morales et physiques, le séjour de Tunbridge Wells eut sur sa santé un effet si salutaire, qu'on put presque la regarder comme rétablie, et vers le commencement de l'automne, il lui fut permis de songer à faire avec son mari le pèlerinage de Lourdes, que, depuis longtemps, ils désiraient vivement et pieusement accomplir.

Ils traversèrent donc encore une fois ensemble le détroit, et après sept ans d'absence Georgiana revit la France, et revint à Paris. Ses liens avec la société brillante et nombreuse du passé étaient rompus. Mais elle y conservait deux amies intimement chères — j'aurais même osé dire trois, si mes rencontres avec elle n'avaient presque toujours eu lieu ailleurs — les amies dont je parle étaient : la marquise de Salvo et la duchesse de Galliera. La première, avec la régularité claustrale qu'elle avait su imposer à sa vie active et occupée, ne s'absentait jamais, du moins pour aller plus loin que Versailles, et la joie de la revoir

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