SEJOUR A TOURS
était toujours assurée à son amie. Il n'en était pas de même pour la duchesse de Galliera. Sa demeure habituelle était bien aussi cette ville de Paris, qui, tant de fois oublieuse*^ et ingrate, gardera cependant toujours, il est permis de l'espérer, le souvenir reconnaissant de ses bienfaits et de son nom ! Mais elle passait une partie de l'année en Italie, où d'autres devoirs (nous pourrions dire, d'autres bienfaits) réclamaient sa présence. Cette fois heureusement, cette fois qui devait élre la dernière, elles se revirent, non pas à Paris, mais à Tours, où, se dirigeant vers Lourdes, M. Fullerton et Lady Georgiana séjournèrent pendant près de quinze jours.
Lorsqu'ils y arrivèrent, la duchesse de Galliera était dans les environs de Tours, à Rochecotte, où je me trouvais avec elle. Tous ceux qui connaissent, ou visitent la Touraine, savent que dans le beau château de Rochecotte S l'hospitalité mériterait d'avoir un nom particulier. Un nom qui exprimerait quelque chose de plus encore, que la bonté, la bienveillance, la chaleur cordiale de l'accueil, de mieux enfin que ce qui se trouve ailleurs. Cette hospitalité, en partant pour Tours, où nous allions pour les revoir, nous fûmes chargées, la duchesse de Galliera et moi, d'inviter Lady Georgiana et son mari à Venir la partager.
1. Propriété de la marquise de Castellane, née Talleyrand- Périgord.
496 CHAPITRE XZ ^ (1880*1884)
Depuis leur rencontre à Nice et à Rome, en 1842-43, M"® de Castellane et Lady Georgiana ne s'étaient pas revues. Mais la vie et ses lourdes épreuves, la foi commune et la parenté qu'elle établit entre les âmes, les avaient rapprochées l'une de l'autre et peut-être se connaissaient-elles mieux maintenant que, lorsque quarante ans auparavant, Lady Georgiana avait vu M*^* de Castellane figurer dans une représentation d'amateurs, et M"* de Castellane avait vu Lady Georgiana à RoBe agenouillée dans l'Eglise du Gesù. Pour toutes les deux c'eût été maintenant une satisfaction de se revoir , mais , au vif regret de l'une et de l'autre, cette rencontre ne put s'effectuer.
Ce fut pendant ce court séjour' à Tours, où je passai deux journées auprès d'elle, que je fis avec Georgiana une visite au beau couvent de Mar< moutiers, dont M"" de Montalembert^ était alors Supérieure, et que chemin faisant, regardant autour d'elle la vue charmante que l'on découvre en traversant la Loire, elle me dit ces paroles que j'ai citées au début de ce livre : C'est étrange à quel point la seule pensée cPêtre en France me rend joyeuse L,, Son visage était en effet rayonnant de gaieté et de sérénité, et nul n'eût pu deviner ce jour-là les souffrances qui, trop souvent, l'avertissaient que la maladie qui semblait vaincue avait