‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 185 sur 196 · BOULOGNE · texte numérisé non relu

BOULOGNE

n'ai pu m'empêcher de sourire en lisant vos paroles sur la béatitude terrestre avec laquelle fai du me retrouver à Paris. J'ai assurément été heureuse de revoir mes amies* J*ai joui de me retrouver dans les églises que je préfère, et il est bien vrai que J'aime la France, et qu'y être, est pour moi un grand plaisir. Mais, ma chère Fauny, entre mes inquiétudes d'abord et ensuite mes propres souffrances, puis la mélancolie avec laquelle, à soixante-dix ans, on revoit les lieux qui réveillent très vivement les souvenirs du passé, le cœur ne se sent plus joyeux que d'une seule chose : c'est d'avoir, au milieu de sa vie, atteint le vrai port du salut.

Peu de jours après, en eflPet, les voyageurs se mirent en route pour Boulogne, avec l'intention de franchir le détroit sur-le-champ et d'aller achever Tannée à Walmer Castle , où ils étaient attendus Mais leur traversée, ajournée d'abord à cause du mauvais temps, le fut ensuite de jour en jour sans aucun motif apparent. Au moment de quitter la France pour toujours, Lady Georgiana s'y attardait sans déplaisir. Les semaines s'écoulèrent. L'année s'acheva et le commencement de l'année nouvelle la trouva encore à Boulogne.

Sa santé s'était améliorée pendant ce séjour, et elle put jouir des nombreuses ressources religieuses qui se trouvent dans cette ville où la vie catholique est active et fervente. Elle connaissait la maison des sœurs de la Charité, l'ayant visitée en 1864, et profitant sans délai de ses forces recouvrées, elle s'y rendit pour s'informer du

nom et de la demeure des 'plus pauvres , afin de pouvoir, selon sa coutume en tous lieux, leur porter elle-même des secours. — La sœur, à laquelle elle s'adressa, ne la reconnut pas, quoique ce fut celle que Lady Georgiana avait vue autrefois dans cette même maison, mais elle n'en donna pas moins tous les renseignements demandés , et après les avoir reçus^ sa visiteuse allait se retirer, lorsque voyant la porte de l'école ouverte, elle y entra et s'assit au coin du feu en attendant la fin de la classe qui s'achevait. Lorsque tous les enfants furent partis, elle demanda à la sœur s'il lui serait permis de leur donner à tous un dîner ou un goûter. Cette permission lui ayant été facilement accordée, elle se mit en devoir d'énumérer tous les mets dont devait se composer le repas , ajoutant qu'elle donnait , à la sœur, « carte blanche», mais qu'elle voulait que ce fût un vrai régaL La sœur, tout en la remerciant, regardait avec un peu d'hésitation le modeste costume dont nous avons plusieurs fois parlé, et elle finit enfin par lui dire qu'elle exécuterait ses ordres bien volontiers, mais « qu'elle se croyait obligée de lui faire remarquer qu'un repas tel que celui qu'elle commandait, dépasserait peut-être ses moyens ». Lady Georgiana se mit à rire et ce fut alors seulement qu'elle lui dit son nom , et lui rappela sa première visite dix-huit ans auparavant. La bonne sœur, fort confuse, s'excusa,

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